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Où est passée la critique sociale ? Penser le global au croisement des savoirs. Philippe Corcuff

La Découverte, 2012.

Par Patrick Coulon
On savait Philippe Corcuff friand des approches sociologiques originales. Le présent ouvrage le confirme. Il peut traiter de l’actualité à partir d’un court extrait de roman noir. Comme il se sert aussi de la chanson comme matériau pour ses réflexions sociologiques et philosophiques. S’y côtoieront – dans un patchwork stimulant – Rancière et Jonasz, Luc Boltanski et Eddy Mitchell, Hegel et Al Pacino, Marx, Bourdieu et quelques autres.
Le livre du maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Lyon et chercheur au Centre de recherche sur les liens sociaux se situe de plain-pied dans notre temps. D’altermondialisme en « printemps arabe », d’Indignados espagnols en Occupy Wall Street américains, de Wikileaks aux Anonymous, un vent critique refait surface à travers des mouvements sociaux vivaces. Au regard de cette nouvelle période, cet ouvrage fait l’hypothèse qu’un des enjeux principaux de la galaxie critique aujourd’hui consiste à réexaminer les « logiciels » de la critique et de l’émancipation.
L’effort de clarification théorique proposé ici se situe au croisement de différents registres intellectuels et culturels : sociologie critique, philosophie politique, critiques sociales issues des mouvements sociaux et cultures ordinaires. Il suggère également de prendre appui sur certaines tensions dynamiques au sein des théories critiques contemporaines (Foucault, Bourdieu, Rancière). Ce livre veut (selon l’éditeur) dessiner une vision globale renouvelée du monde, à distance tant des charmes nostalgiques des lectures totalisatrices d’antan que de l’émiettement « postmoderne » du sens. Une approche globale des sociétés actuelles, adossée à des engagements anticapitalistes, libertaires et altermondialistes.
J’attirerais volontiers l’attention du lecteur vers les chapitres fortement stimulants traitant de l’articulation-tension entre, d’un coté, la théorie critique de la domination de Bourdieu, de l‘autre la philosophie de l’émancipation de Rancière. Remarquons aussi le long hommage aux travaux de Daniel Bensaïd (compagnon de parti – la LCR puis le NPA – de Corcuff). Le livre – selon l’auteur lui-même – étant à vocation universitaire il demande un effort soutenu quoique agréable tellement les idées se croisent et s’enchevêtrent.
Il suggère  également : « Quatorze propositions vers une épistémologie de la fragilité ».
Un ouvrage foisonnant et (ce qui ne gâte rien) qui se termine par un extrait d’un polar nord-américain vaut de toute façon le détour.

La Revue du projet, n° 22, décembre 2012
 

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