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Le procès de la colonisation française et autres textes de jeunesse, Hô Chi Minh

Le Temps des Cerises, deuxième édition omplétée, 2012.
Par Alexis Coskun
Présenté par Alain Ruscio et réédité pour la première fois en 1999, cet ouvrage constitue à la fois un document d’histoire très riche et un texte politique toujours pertinent.
Décortiquant méthodiquement les injustices du processus colonial français, celui qui deviendra le leader de la lutte des Vietnamiens pour leur indépendance livre un témoignage précis. Chaque chapitre renvoie à un ensemble d’humiliations exercées par l’État colonial français à l’encontre des Annamites (dénomination des Vietnamiens de l’époque) et des autres peuples soumis à l’impérialisme tricolore, de la patente imposée aux enfants cireurs de chaussure du marché d’Alger aux sévices sexuels et corporels brutaux infligés aux femmes « indigènes ». Les faits consignés sont datés et circonstanciés et constituent une mine d’informations pour le lecteur féru d’histoire. L’analyse tranchante est complétée par les textes de jeunesse, biographie et articles du dirigeant vietnamien reproduits en introduction et en conclusion de l’ouvrage. Après ce réquisitoire, on ne peut que partager l’avis d’Hô Chi Minh battant en brèche la soi-disant mission civilisatrice de la colonisation et soulignant avec amertume que « lorsque l’on a la peau blanche, on est d’office un civilisateur. Et lorsque l’on est un civilisateur on peut commettre des actes de sauvages tout en restant civilisé ».
L’importance politique de l’œuvre de celui que Kateb Yacine nommait « l’héritier direct de Lénine » transparaît notamment au travers de deux éléments.
Le premier tient à l’ancrage du texte dans le contexte de la Révolution d’Octobre et de la fondation du Parti communiste français lors du congrès de Tours. Hô Chi Minh y était le délégué pour l’Indochine et choisit de voter en faveur de l’adhésion à la Troisième Internationale. Plusieurs chapitres reviennent sur l’importance de ce tournant historique pour la lutte anticolonialiste. Pour l’auteur, il s’agit d’une évolution majeure du mouvement ouvrier international, qui crée les conditions d’une solidarité internationale active. Prenant appui sur Lénine et son ouvrage L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Hô Chi Minh estime que ce n’est que par le renversement du capitalisme que les peuples colonisés pourront définitivement se libérer et accueille avec enthousiasme la création de l’Union soviétique et du collège d’Orient à Moscou dont il détaille le fonctionnement.
Surtout, le caractère politique et contemporain de ce Procès de la colonisation française est affiché dès les premières pages, Hô Chi Minh soulignant que son texte permettra à « l’humanité future, que nous espérons meilleure et plus heureuse » de « juger la croisade coloniale à sa véritable valeur ». De quels échos résonnent aujourd’hui ces lignes, tandis que la droite réactionnaire tente par tous les moyens, que ce soit au travers de la loi inscrivant les côtés positifs de la colonisation ou des édiles municipaux proches des milieux pro-Algérie française, de réhabiliter la colonisation !
Une lecture nécessaire donc pour répondre à la nostalgie d’une partie de la droite française. Sans s’effrayer de la somme considérable d’informations livrées, ce texte est à conseiller, tout comme la courte biographie placée en introduction et relatant le parcours de l’auteur de l’indépendantisme au communisme.

La Revue du projet, n° 22, décembre 2012

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