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Aliénation et émancipation, Lucien Sève

La Dispute, 2012.

Par Shirley Wirden
Passé/présent, réédition/nouveauté : Lucien Sève persiste et signe. L’idée claire, le verbe affûté : il veut faire entendre enfin l’importance de l’aliénation dans Le Capital.
L’enjeu est simple mais de poids. Les philosophes ont tendance à être d’accord sur le fait que Marx et le marxisme ne font pas qu’un. Il y aurait, d’abord, les écrits de jeunesse, dont les Manuscrits de 1844 sont un parfait exemple en raison de la carence d’analyse économique et donc de matérialisme, et par la suite, les écrits de la maturité dont Le Capital constitue l’apogée. Le Capital pour Lucien Sève « dépasse l’analyse juvénile » des Manuscrits de 1844 en y redéveloppant « un sens innovant ». En effet, les Manuscrits de 1844 développent une vision « compatissante » envers l’ouvrier tandis que le Capital expose une vraie analyse du mode de production. On y découvre alors une société aliénée dans toutes ses strates par le capitalisme. Le vocabulaire est sans doute similaire, mais l’analyse devient véritablement marxiste.
La question fondamentale qui divise est : quelle est la place de l’aliénation dans Le Capital ? La vision althussérienne (sur laquelle beaucoup de penseurs sont revenus) expose la relégation de l’aliénation au second plan, et même sa disparition dans l’œuvre. En relevant 82 textes, Lucien Sève affirme et prouve que le Capital place au cœur de sa réflexion l’aliénation et que celle-ci doit être enfin prise au sérieux pour comprendre la nécessité du communisme au XXIe siècle. L’intérêt serait de comprendre comment l’aliénation (ce dépouillement) est « l’essence même de la formation sociale capitaliste ». Elle n’est pas une dérive du système capitaliste, c’est le cœur même du système. D’où le titre : Aliénation et (ou) émancipation.

La Revue du projet, n° 22, décembre 2012
 

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