La revue du projet

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Combattants d’un monde nouveau, Léo Purguette*

Le PCF enterre son enterrement avec 400 nouveaux adhérents. Reportage place du Colonel-Fabien au cœur d’une matinée d’échanges qui fera date.

Un enterrement ? À observer la mine réjouie des participants, l’ambiance ressemblait plus à celle qui entoure une naissance. Vu de l’extérieur, le ventre rond dessiné place du Colonel-Fabien par Oscar Niemeyer laissait déjà penser à un heureux événement. Une fois entré dans le siège du PCF, l’image est encore plus frappante. Baignés dans la lumière douce de la matrice architecturale qui abrite habituellement le conseil national, 400 communistes de nouvelle génération attendent à l’étroit.

Suspendus aux lèvres de Gérard Fournier, le maître des lieux, ils découvrent leur « maison » et son histoire avec un étonnement teinté d’admiration. Après une visite libre des locaux, retour sous la coupole. Ils sont là pour crier les raisons de leur engagement et ça se sent. Encouragées par Elvire, elle-même nouvelle adhérente, « une bleue » parmi les rouges s’amuse-t-elle, les demandes d’interventions fusent. Fabien, magasinier de 22 ans, se jette à l’eau : c’est le Front de gauche qui l’a convaincu de rejoindre les communistes, il a adhéré pendant la campagne de Jean-Luc Mélenchon. La volonté de transformer la société est souvent citée comme moteur de l’engagement communiste. « Le monde va mal, pour moi c’est la politique communiste qui peut tout changer », explique ainsi Youssef, jeune habitant de Champigny. « La révolution c’est dans la rue ! », s’exclame Yves qui, malgré ses 16 ans, tient le micro sans trembler. Rafik, du 18e arrondissement de Paris voit dans le PCF « le parti qui porte des solutions radicales pour les travailleurs » tout comme David, déterminé à agir pour « abolir les marchés financiers ». Alexis, dont parents et grands-parents sont communistes, a franchi le pas « parce que le PCF c’est l’Humain d’abord, c’est l’opposé du capitalisme. » Marie-Jo, syndicaliste de longue date, s’est décidée à rejoindre le PCF pour « compléter son engagement syndical », révoltée par les politiques d’austérité infligées aux peuples pour leur faire payer la crise. Patrick, agent RATP et délégué CGT, ne dit pas autre chose : en rejoignant le PCF il veut « marcher sur ses deux jambes ».
    
Partager des idées et des combats

L’envie d’être ensemble, de partager des idées et des combats est aussi régulièrement mise en avant comme par cet autre Patrick, de Bobigny pour sa part, qui après quarante ans de syndicalisme et de longues années à côtoyer les communistes, a pris sa carte le jour de son anniversaire « parce que ça me faisait plaisir », témoigne-t-il tout sourire. Anaïs du Blanc-Mesnil ne voulait plus être communiste « dans son coin. » Amina de Nogent-sur-Marne est quant à elle revenue au parti. Après avoir hésité avec le Parti de gauche « qui manque un peu d’humanité », c’est le PCF qu’elle a choisi : « J’ai retrouvé ce peuple, cette solidarité, je me suis dit ce parti-là existe, c’est ma famille. » Une façon de concrétiser « le sentiment de révolte et le désir d’organisation » qui l’animent dans la situation actuelle. Retour aussi pour Arnaud. « Quand Robert Hue est arrivé eh bien moi je suis parti », lâche-t-il sans ambages. « L’idée communiste c’est une force, une révolte contre l’injustice qui n’a pas quitté les militants sur le terrain », constate-t-il avec estime.

Plusieurs nouveaux adhérents évoquent eux aussi l’énergie, le dévouement des militants et élus communistes comme facteurs de leur engagement. Pauline, adhérente depuis un an à Villeneuve-Saint-Georges, ne votait pas avant de rencontrer les élus communistes dans son quartier « alors qu’il n’y avait pas d’élections ». Ludovic, militant CGT à Roissy, le dit clairement : « Ce qui m’a poussé à adhérer au PCF, c’est que ce sont les élus et les militants communistes qui sont aux côtés des ouvriers en lutte. » Même sentiment chez Fatima, déléguée des parents d’élèves dans le quartier parisien de la Goutte d’Or, qui a rejoint le Parti après une bataille contre une fermeture de classe où « seuls les militants communistes » étaient présents en soutien. Depuis, elle se sent à l’aise « dans le Front de gauche et au PCF. J’aime bien dire Parti communiste, parce que c’est le parti auquel j’ai adhéré », précise-t-elle.

Une fierté renouvelée

Et c’est la dernière caractéristique commune à nombre de participants : la fierté renouvelée d’être communiste. Laurent du 20e arrondissement de Paris récolte un tonnerre d’applaudissements quand il lance : « Moi je n’ai pas honte de le dire, je n’ai pas adhéré au Front de gauche mais au PCF ». Pour lui, « seuls les communistes posent la question de la propriété ». Il espère un rapprochement des différents textes pour une base vraiment commune au congrès. En écho, Pierre, qui a été membre pendant sept ans de Refondation communiste en Italie, se dit « fier d’appartenir désormais au seul parti qui en France veut abolir le capitalisme. » Il propose d’exproprier purement et simplement « ceux qui nous en font baver. » Codjo, de Morsang-sur-Orge aussi est « fier d’être communiste » à la suite d’un passage au PS qu’il juge sévèrement. Les idées du PCF sont les siennes et il affirme avoir été surpris par son fonctionnement « fondé sur la démocratie, avec des décisions réellement prises par la base ». Même fierté chez un jeune adhérent qui a pris sa carte en réaction à la crise « ceux qui tombent du bateau dans la tempête ce sont les petites gens. Le PCF c’est leur parti », affirme-t-il après avoir plaisanté : « Moi, je suis sans doute communiste depuis que j’ai partagé mon premier bonbon dans la cour de récré. »

Les interventions se succèdent et Pierre Laurent engage un échange à bâtons rompus avec les nouveaux communistes. Lui a adhéré à 15 ans, en 1972 et n’a jamais quitté le PCF malgré des moments difficiles où il a vu des « camarades partir parfois pour des raisons opposées ». Aujourd’hui, à en croire son secrétaire national, le PCF a créé les conditions du rassemblement des communistes.


Un monde en devenir

Mais c’est déjà l’heure de conclure. Pierre Laurent prend place derrière un pupitre qui indique « La force du partage », tout un programme. « Nous sommes passés en dynamique offensive. Notre problème n’est pas de tenir, de sauver ou de conserver, notre ambition est de bâtir, inventer, créer une nouvelle gauche, un communisme de nouvelle génération », lance-t-il à l’adresse des journalistes. Au cours d’une allocution dense, il livre une petite leçon de dialectique sans en avoir l’air.
« Les âges anciens sont ceux de la dynamique de concurrence. Efficace à bien des égards. Le capitalisme est une force de création destructrice. L’âge nouveau qui cherche son chemin est celui du partage comme source nouvelle d’efficacité sociale et économique », explique le secrétaire national pour qui « le capital empêche l’avènement d’un nouvel ordre économique et civilisationnel fondé sur le partage et la coopération qui frappent à notre porte. »
Pierre Laurent l’affirme : les communistes ne sont pas « des observateurs ou commentateurs critiques du capitalisme, nous sommes les combattants de son dépassement. Nous sommes de ces combattants du monde nouveau en devenir. » En repartant, c’était bien ce qu’avait à l’esprit la nouvelle génération de militants, mise au monde pour le changer.

*Léo Purguette est responsable de la rubrique Travail de secteurs.

Verbatim

Anne*  : "Le PCF et la situation ont changé, moi aussi.”

« Je fais partie de ces syndicalistes qui étaient en manque d’un prolongement politique à leur engagement. C’est clairement le Front de gauche qui m’a fait aller sur le terrain politique. Il m’est apparu dès le départ intéressant parce qu’il y avait le Parti communiste dedans. Je n’envisageais pas d’y adhérer mais il représentait quelque chose pour moi : j’ai grandi dans une famille communiste, dans une société où l’influence du PCF était forte. J’en avais été membre et l’avais quitté presque trente ans auparavant. Mais il constituait pour moi, par sa perspective de transformation de la société, son histoire, son corpus théorique, une sorte de garantie que la dynamique du Front de gauche ne s’arrêterait pas à une démarche réformiste. Je me suis investie à plein dans le Front de gauche en acceptant d’être candidate, notamment lors des élections régionales de 2010 où j’ai été élue après avoir conduit la liste dans les Bouches-du-Rhône. Pour moi qui étais dirigeante syndicale, ce mandat politique — un engagement inédit — constitue une responsabilité importante. J’ai poursuivi mon cheminement politique avec le Front de gauche. Mais être un électron libre, ça va un temps. J’ai fini par ressentir la nécessité et l’envie de prendre part à une organisation pour m’inscrire dans une élaboration collective. J’ai constaté que le Parti communiste avait changé sans abandonner sa raison d’être, que moi-même j’avais changé notamment vis-à-vis de l’impasse sociale-démocrate et qu’enfin, la situation avait elle aussi changé. Des rendez-vous devenaient possibles notamment grâce à l’existence du Front de gauche. J’ai adhéré à la Fête de l’Humanité. »

*Anne Mesliand,  57 ans, universitaire, syndicaliste, conseillère régionale Paca, membre du conseil national du Front de gauche, section du Pays d’Aix-en-Provence, Bouches-du-Rhône.

 

Yves* : "J’ai été invité à l’université d’été.”

« J’avais envie d’agir, de ne plus être seul dans mon coin. Ça faisait un moment que je lisais L’Humanité ou Le Monde diplomatique notamment sur les questions économiques et j’avais envie d’aller au-delà du constat, au-delà de l’indignation, pour changer les choses. La démarche du Front de gauche m’a plu, je m’y suis investi. C’était très nouveau pour moi. J’ai grandi à Toulon dans une ambiance plutôt de droite avec un papa militaire. Je n’étais pas du tout politisé au lycée ou à la fac. Et puis, au fil de mes lectures et de mes rencontres, j’ai doucement été amené à m’intéresser à la gauche. L’actualité, la crise m’ont poussé vers le Front de gauche. Ça s’est aussi bien passé avec les militants du PC que ceux du PG. Alors pourquoi le PCF ? Plusieurs choses ont joué. D’abord j’ai pris conscience de l’importance d’une grande structure pour peser sur les choix, mener le combat politique, il faut des militants, des députés, des sénateurs, une implantation territoriale… Au Parti communiste on sent qu’on aide et en même temps qu’on est épaulé. Ensuite, j’avais probablement une plus grande convergence d’idées et plus d’affinités humaines avec les militants communistes.  J’ai été invité à l’université d’été, ça a renforcé mon envie d’être au Parti. Je pense que le déclic s’était en fait déjà produit et j’ai fini par prendre ma carte. »

*Yves Boubenec,  27 ans, chercheur postdoctoral, section du 5e arrondissement de (Paris).

Florian* :  J’ai envie de convaincre, de rassembler.”

Comment as-tu adhéré au PCF ?
J’ai adhéré à la Fête de l’Huma mais ça faisait un moment que j’y pensais. J’ai toujours eu un attachement, une affection particulière pour le PCF. Son histoire, ses combats me parlent. Pour moi, le Parti communiste c’est un Parti déterminé et en même temps toujours responsable. Un Parti crédible et constructif. Je voulais voir comment ça se passe de l’intérieur, alors j’ai adhéré.
Pourquoi avoir adhéré au PCF au sein du Front de gauche ?
Le Front de gauche a contribué à me faire adhérer. J’ai choisi le PCF comme une évidence, parce que je me sentais proche de lui avant que le Front de gauche ne soit constitué. Et puis, son histoire, son nombre de militants, son implantation font de lui un Parti solide. Je suis attaché au rassemblement, y compris à l’intérieur des organisations et, de ce point de vue, le Parti communiste me paraissait répondre à ce besoin.
Le Parti a-t-il rapidement pris contact avec toi ?
Ça a dû prendre un ou deux mois. On m’a d’abord invité à me rendre à un exécutif de section pour faire connaissance et puis j’ai été ensuite régulièrement invité aux réunions et j’ai intégré l’activité.
Le Parti est-il tel que tu l’imaginais ?
Je n’avais pas vraiment d’idées préconçues, je me suis tout de suite senti intégré, accepté. Peut-être y a-t-il du travail à faire sur la transversalité au sein du Parti mais je reconnais que la question de l’organisation est toujours compliquée.
Tes attentes vis-à-vis du Parti sont-elles remplies ?
Oui, je trouve que les militants sont accueillants et je dirais que lorsqu’on a envie de s’investir, on est sollicité sans problème. Je ne me suis jamais senti mis de côté.
Comment envisages-tu ton militantisme ?
Je milite beaucoup également à la CGT. Mais comme tout le monde, j’ai une famille : c’est parfois un peu difficile de tout concilier. Je ne suis pas investi sur une question Particulière, je Participe à la bataille générale du Parti en essayant de montrer ce qu’apporte l’engagement communiste dans la lutte de classes pour la défense de l’intérêt général. J’ai envie de convaincre, de rassembler. Je pense qu’on a besoin de formation pour être encore plus efficace dans cette tâche.

*Florian Marquis, 30 ans, informaticien, section du Hurepoix, (Essonne).

 

Anaïs* :  Il y a entre les communistes une grande solidarité, de la fraternité.

Qu’est-ce qui t’a conduit à regarder du côté du PCF ?
En avril dernier le résultat du premier tour de la présidentielle m’a déçue. J’avais le sentiment de n’avoir rien fait, d’être communiste toute seule dans mon coin. Les valeurs communistes : le partage, l’humain, la lutte contre les discriminations et l’exploitation étaient les miennes depuis toujours, c’était une évidence. À la gare du Blanc-Mesnil, j’ai rencontré des militants, on a discuté. Ils ont pris mes coordonnées.
Le Parti a-t-il rapidement pris contact avec toi ?
Une semaine après j’étais invitée à assister aux résultats du second tour à la mairie. Je me suis tout de suite intégrée aux équipes de collages pour les législatives avec Marie-George Buffet.
Pourquoi avoir adhéré au PCF au sein du Front de gauche ?
Bien sûr, c’est parce que ce sont les communistes que j’ai rencontrés mais avant cela, pour moi, les idées du Front de gauche étaient avant tout celles qui sont portées par le PCF.
Le Parti est-il tel que tu l’imaginais ?
J’ai trouvé les militants très ouverts, très dynamiques vis-à-vis de la démarche du Front de gauche à propos de laquelle j’aurais pu imaginer que des camarades âgés par exemple, soient un peu réticents. Je trouve que dans ma section une vraie place a été faite aux nouveaux adhérents. Je n’ai jamais eu l’impression qu’on me regardait en se disant « toi tu es nouvelle donc pour le moment tu te tais ». Au contraire, il y a entre les communistes une grande solidarité, de la fraternité. Si j’osais, je dirais que c’est mieux qu’à la maison !
Quelles thématiques t’intéressent ? Accepterais-tu des responsabilités ?
L’éducation est bien entendu mon thème de prédilection mais je m’intéresse à tout pour la suite. Pour le congrès, j’ai accepté d’être membre de la commission fédérale du texte.

Anaïs Debieve, 26 ans, professeur des écoles, Le Blanc-Mesnil, Seine-Saint-Denis)

 

Jean-Ludovic* : "J’ai dit oui sans hésiter.”

Comment as-tu adhéré au PCF ?
Un collègue de travail communiste m’a proposé d’être bénévole à la Fête de l’Huma de septembre dernier. J’ai dit oui sans hésiter. Pendant trois jours j’ai côtoyé les communistes et appris à les connaître. Je me suis dit que c’étaient vraiment des gens bien, qu’ils avaient l’intérêt général, l’humain en tête. Des idées qui rejoignent les miennes. Alors le lundi quand j’allais partir et qu’on m’a proposé le bulletin d’adhésion, je me suis inscrit de bon cœur.
Pourquoi avoir adhéré au PCF au sein du Front de gauche ?
Ce qui a fait la différence, je crois que c’est d’abord ce rapport que j’ai eu avec les militants, le fait de les voir directement à l’œuvre dans la Fête.
Le Parti a-t-il rapidement pris contact avec toi ?
Dès le lendemain mon secrétaire de section a pris contact par téléphone. J’ai reçu aussi des informations par mail.
Le Parti est-il tel que tu l’imaginais ?
J’ai adhéré en septembre et comme je suis entre Paris et Poitiers, je n’ai pas encore eu suffisamment l’occasion de m’impliquer dans le Parti pour me prononcer sur la question. Quand on m’a sollicité pour participer à cette initiative nationale j’ai tout de suite dit oui. Je dirais que la découverte du siège est un peu à l’image de celle du Parti. Je m’attendais à voir des bureaux carrés et identiques qui se suivent et en fait, l’architecture est impressionnante, originale. Quant aux gens, je retrouve l’ambiance de la Fête de l’Huma avec cette gentillesse spontanée et ces personnes qui, sans se connaître, discutent et ont envie d’agir ensemble.
Comment envisages-tu ton militantisme ?
J’ai envie de m’investir mais je ne sais pas encore de quelle manière. Les questions sportives m’intéressent et ça tombe bien, Nicolas Bonnet qui s’en occupe dans le Parti est mon secrétaire de section. Mais ce n’est pas tout, s’il y a des initiatives, qu’on me sollicite : je suis là.

*Jean-Ludovic Jules, 20 ans, agent SNCF, section du 12e arrondissement de Paris

David* : Je pourrais prendre des responsabilités si on m’en confie.”

Pourquoi avoir adhéré au PCF ?
Je me suis toujours senti communiste. J’ai été adhérent à la Jeunesse communiste mais la vie m’a éloigné du militantisme. Et puis j’ai à nouveau ressenti la nécessité de m’engager, d’être affilié à une organisation. J’ai retrouvé les communistes au niveau de ma commune, nous avons pris contact : il était question de se rendre à une fête du 15 août. Je m’y suis rendu et, assez simplement, j’ai adhéré.
Le Parti a-t-il rapidement pris contact avec toi ?
Oui, je dirais dans un délai d’un mois, un mois et demi.
Pourquoi avoir adhéré au PCF au sein du Front de gauche ?
Les idées du Parti communiste sont celles qui me correspondent le plus. Dans ce Parti, la notion de partage est centrale. Il y a bien sûr l’idée de partage des idées mais aussi la volonté de bâtir une société de partage.
Le Parti est-il tel que tu l’imaginais ?
Les communistes sont très préoccupés par les difficultés concrètes qui se posent à la population, ils s’interrogent sur les évolutions de la société française. Dans ma commune, ils sont toujours là, aux côtés des habitants pour trouver des solutions à leurs problèmes. Ils font beaucoup d’efforts, beaucoup plus que n’importe quels membres d’autres partis.
Sur quels sujets as-tu particulièrement envie de militer ? De quelle manière tu aurais envie de t’investir dans le PCF ?
La politique étrangère m’intéresse beaucoup. L’interna­tionalisme est vraiment important pour moi. J’essaye de suivre de près les évolutions de la Russie ou de la Chine par exemple, les changements de leurs économies et de leurs sociétés. Je pourrais prendre des responsabilités, si toutefois on m’en confie, pour que les choses changent.

*David Ngoum-Edima, 43 ans, en recherche d’emploi, section de Noisy-le-Grand, (Seine-Saint-Denis).

 

Elvire* : J’ai adhéré pour pouvoir faire de nouvelles choses.”

Mon parcours est un peu particulier. J’ai été recrutée en 2008 en fin de liste (36e position) pour les élections municipales au Blanc-Mesnil. Je suis métisse d’origine haïtienne et de mère juive tunisienne. Comme je le dis toujours : il manquait une noire juive pour combler les listes. Si j’ai été recrutée pour les municipales c’est en tant que personnalité de la société civile, mais aussi par rapport à ça, parce que je regroupais en moi plusieurs minorités. En revanche, je ne voulais pas prendre ma carte, parce qu’à ce moment-là, je pensais que ce n’était pas une carte qui déterminait l’engagement politique. J’allais à la fête de l’Huma, j’y donnais des coups de main… J’aidais, mais je ne voyais pas l’intérêt d’adhérer. J’avais peur d’être enfermée dans un carcan, parce que le Parti avait très mauvaise réputation à mes yeux. En plus, il y avait énormément de personnes âgées en son sein. Je me sentais donc mieux à l’extérieur. Néanmoins, au Blanc-Mesnil, Yann Le Pollotec, quelqu’un de visionnaire et qui ne faisait pas de sectarisme, me demandait régulièrement des petits rapports sur ma vision du Parti. Il me demandait donc de réfléchir. N’étant ni dedans, ni tout à fait dehors, je pouvais porter un regard d’ethnologue sur le Parti. Mais, au fur et à mesure, la barrière entre le fait de ne pas y être et le fait de pouvoir y entrer a disparu. C’était d’abord une peur : peur de ne pas pouvoir réfléchir dans le Parti, peur qu’on me dise comment penser. C’était l’impression que j’en avais. Puis, au fur et à mesure, je me suis rendu compte que le Parti n’était pas comme ça, qu’il était au contraire un espace hyperdémocratique où l’on pouvait proposer des choses. C’est quand je me suis rendu compte que c’était un espace de « libre échange » où chacun peut proposer sa pierre à l’édifice que je me suis dit : tiens ! Pourquoi pas ne pas prendre ma carte ? Ce qui m’a définitivement poussée à adhérer, c’est mon activité militante lors de la campagne Marie-George Buffet pour les élections législatives de 2012. Dans ce cadre, je mettais à la disposition de tous, sur le site de Marie-George Buffet, des reportages sociologiques que j’avais réalisés sur le programme L’Humain d’abord (cette lecture commentée du programme est toujours en ligne). J’ai réuni une vingtaine de personnes pour faire ces vidéos : je lisais le programme et les gens en discutaient. Comme ils n’étaient pas toujours d’accord, ça permettait à Marie-George Buffet de leur répondre. Ça m’a surtout montré que les gens ne croyaient plus du tout en la possibilité de changer le monde. C’est là que je me suis dit que je voulais aller plus loin, que je voulais avoir ma carte pour être membre de ce groupe et pouvoir agir à l’intérieur de ce collectif humain. Jusqu’à présent j’avais fourni beaucoup de travail mais sans avoir ma carte. Pendant quatre ans j’ai cherché mon auto-légitimité à adhérer. Une fois que j’ai compris, que je m’étais autolégitimée, j’ai franchi le pas. J’ai adhéré pour pouvoir faire de nouvelles choses. C’est ainsi que j’ai créé un cadre d’accueil des nouveaux adhérents au Blanc-Mesnil, ou que je viens de réaliser, avec les camarades de la section, quatorze vidéos de trois minutes qui sont des lectures commentées du texte de base commune pour le Congrès (vidéos libres de droits, mises à la disposition de tout le monde). Samedi 10 novembre 2012, j’ai animé la journée nationale d’accueil des nouveaux adhérents, au siège du Parti, place du Colonel-Fabien. Ce fut un honneur qui m’a véritablement touchée et qui m’a conforté dans l’idée que j’avais vraiment fait le bon choix en rejoignant le PCF.

*Elvire Guern-Dalbi, 40 ans, ethnomusicologue, productrice, conseillère municipale au Blanc-Mesnil, Section du Blanc-Mesnil, Seine-Saint-Denis.

 

Marianne* : "Agir et être le plus efficace possible.”

J’ai adhéré au Parti communiste il y a un an, alors que débutait la campagne pour la présidentielle et les législatives.
Mon adhésion doit beaucoup à l’existence du Front de gauche, et je pense que sans l’existence de ce front, sans cette mise en commun, cette mise en mouvement réel des forces de gauche, je n’aurais pas sauté le pas.
Mais mon adhésion est aussi le fruit d’une réflexion un peu paradoxale, puisque j’ai commencé par adhérer au Parti de gauche. Or au fil des mois, j’ai été de plus en plus convaincue de la nécessité de renforcer le Parti communiste. Je suis en effet profondément attachée à l’existence même d’un Parti communiste en France, à ce que la France doit à ce parti et à ses militants. Aussi, finalement, le développement du Front de gauche, tout en étant l’élément positif et mobilisateur qui m’a conduit à militer, est aussi ce qui m’a fait craindre la dilution de l’identité, de la spécificité communiste dans cet espace plus vaste, ce à quoi je me refuse.
Quelques conversations avec un ami (qui se reconnaîtra !) ont achevé de me convaincre que le Parti communiste était le lieu de tous les possibles, et que c’était là et pas ailleurs que je pourrais agir et être le plus efficace possible. Il avait raison…

Marianne Zuzula,  46 ans, éditrice, section de Montreuil, Seine-saint-Denis.

 

Nassima* : "Je pense qu'il y a un énorme effort d'éducation populaire à entreprendre

Qu’est-ce qui t’a conduit à adhérer au PCF ?
Quand Jean-Marie Le Pen s’est qualifié pour le second tour, ça a été un vrai choc. J’avais 14 ans dans une famille apolitique et plutôt pauvre, père chômeur, mère assistante sociale. C’est bête mais, pour moi, la gauche c’était le PS, alors j’y ai adhéré. Je n’y suis pas restée longtemps. Il n’y avait pas vraiment de démocratie et surtout j’ai pris conscience de certains clivages à gauche notamment avec la constitution européenne. J’ai milité à SUD à la fac. En 2008, on m’a contacté pour participer à la campagne de la liste d’union de la gauche qui existait dans ma ville aux municipales. C’est à partir de ce moment que j’ai noué des liens avec les communistes. J’avais été échaudée par ma première expérience dans un Parti alors, j’ai milité avec eux comme sympathisante, collage, Fêtes de l’Huma, diffusion de tracts… Je dois dire que la richesse du PCF, ce sont ses militants, on m’a accueillie à bras ouverts. J’ai fini par adhérer en février 2011.
Pourquoi avoir adhéré au PCF au sein du Front de gauche ?
Ceux qui sont sur les marchés, qui militent, qui informent le peuple, ce sont les communistes. Les militants du PG je les connais pour les avoir côtoyés au PS avant. Je n’ai pas compris qu’ils n’en partent pas en 2005. Dans le même temps, ils sont anti-PS primaires. Moi j’ai dépassé ça. Je n’ai pas aimé non plus des comportements parfois anticommunistes. J’avais envie de m’inscrire en positif dans un espace large pour militer, je l’ai trouvé dans le PCF.
Le Parti a-t-il rapidement pris contact avec toi ?
Ça s’est fait tout seul, en réalité j’étais militante avant d’être adhérente.
Le Parti est-il tel que tu l’imaginais ?
Déjà, il n’y a pas de staliniens, il faut arrêter le délire. Ensuite, j’ai appris à le connaître. On y parle beaucoup du monde du travail que je connais mal, j’ai pris le pouls, je me suis interrogée sur la cohérence avec mes idées. Le fait que j’aie adhéré constitue une réponse en soi.
Tes attentes vis-à-vis du Parti sont-elles remplies ?

Globalement oui. Bien sûr, il y en a qui ont tendance à monopoliser la parole où à fonctionner en « chasses gardées » mais c’est très minoritaire dans les relations qu’on peut avoir entre nous au sein du Parti. Je m’entends mieux avec mes camarades qu’avec mes frères.
Quelles batailles te mobilisent particulièrement ? Comment souhaites-tu t’investir ?
La société française a beaucoup bougé, il y a un vrai enjeu à intégrer dans nos combats la jeunesse souvent laissée à elle-même très tôt. Je pense qu’il y a un effort énorme d’éducation populaire à entreprendre. Les gens ne peuvent pas comprendre notre discours infiniment plus complexe que celui du capital si on ne donne pas des clefs pour analyser ce qu’est l’exploitation, la domination, la nature du fascisme…
Ça peut passer par des réunions publiques, des assemblées citoyennes. Ça passe en premier par la formation des communistes eux-mêmes. Trop peu de sections ont La Revue du projet à disposition. Il faut trouver des moyens pour que tous les communistes, surtout dans les petites sections éloignées de Paris, aient accès à tout ce que fait le Parti et qui est très riche.

Nassima Rabhi, 24 ans, étudiante en doctorat d’économie du développement, section de Noisiel-Torcy, (Seine-et-Marne).

Du côté des fédérations

Gros plan sur les Bouches-du-Rhône, la Manche, Paris et le Rhône, où des initiatives sont prises pour l’accueil et la formation des nouveaux adhérents.

Faut-il les garder ? La réponse à cette question – saugrenue – est invariablement oui. Pour les quatre responsables fédéraux contactés par la Revue du projet, il n’y a qu’une seule interrogation qui vaille : comment les garder ? Jérémy Bacchi, responsable départemental de la campagne de renforcement dans les Bouches-du-Rhône, est catégorique : « La clef, c’est la réactivité. Quand on reprend contact avec quelqu’un qui a adhéré six mois plus tôt, il est forcément dans un autre état d’esprit. Il a sentiment de ne pas avoir été pris en compte, parfois il est passé à autre chose. » À partir de ce constat, le Marseillais a institué dans sa fédération un envoi systématique de courrier dans la semaine qui suit l’adhésion : « Une lettre du secrétaire départemental indique au nouvel adhérent que sa section va bientôt prendre contact avec lui. Elle est accompagnée d’un livret d’accueil fédéral. » De quoi s’agit-il au juste ? « C’est une plaquette qui donne des repères sur l’histoire du Parti, son fonctionnement de la cellule au Conseil national et qui permet de faire le lien avec nos élus et notre presse. », explique-t-il. Un document semblable a été conçu dans le Rhône mais « en format numérique », indique Bertrand Mantelet, chargé de la vie du Parti dans le département. « Avec un nombre croissant d’adhésions, il était indispensable d’avoir un support de présentation du Parti et de la fédération mis à la disposition des sections », précise-t-il. 110 nouveaux communistes ont rejoint le PCF du Rhône en 2011, ils sont 174 de plus depuis le début de l’année.
Du côté de la Manche, Gérard Duboscq, le secrétaire départemental, affiche quant à lui 53 nouveaux venus au compteur depuis le lancement du Front de gauche en 2009. « C’est sûr que ça peut paraître modeste comparé à des grosses fédés mais c’est beaucoup pour notre département qui compte aujourd’hui environ 300 adhérents », lance-t-il en prélude. « Nous avions l’objectif de rattraper la réalité sociologique du département. Il y avait un décalage. En 2008, notre moyenne d’âge était de 62 ans », relate-t-il. Avec le renfort « de jeunes mais aussi de militants et responsables syndicaux » c’est en train de changer. Point noir : « Il y a un vrai déséquilibre femme-homme dans les adhésions et également en matière de possibilité d’investissement militant. Malheu­reusement dans la société actuelle, les femmes disent souvent être moins disponibles que les hommes », constate-t-il. Un problème également pointé par Bertrand Mantelet dans le Rhône. Néanmoins, optimiste pour l’avenir, Gérard Duboscq se réjouit de la renaissance d’une JC qui n’existait plus depuis vingt ans dans la Manche. S’il ne cherche pas à masquer les difficultés à organiser des nouveaux adhérents, pour la plupart déjà très pris par leur activité syndicale, il tire un bilan positif de l’initiative d’accueil organisée par sa fédération en juillet dernier. « Nous avons réussi à réunir une quinzaine de nouveaux communistes pour une rencontre à la fois politique et conviviale où nous avons pu discuter des suites à donner à leur engagement dans le Parti et avec le Front de gauche. »
À Paris, c’est en avril dernier qu’une rencontre du même type s’est tenue. Dans la capitale, on mise beaucoup sur la formation pour intégrer les nouveaux qui sont au nombre de 600 depuis septembre 2011. Igor Zamichiei, le secrétaire départemental, recense une douzaine d’initiatives de formation depuis un an entre les soirées d’études et les stages d’un jour et demi. Des moments de rencontres indispensables pour créer des liens entre des nouveaux adhérents très divers, majoritairement jeunes et attirés par « un Parti communiste ouvert et rassembleur ». « Dans les cellules et les sections, on propose aux nouveaux de mettre en place un projet concret pour faire rayonner les idées communistes à partir de leur parcours personnel et professionnel, de manière à les intégrer à l’activité tout en apportant un plus au collectif », souligne-t-il.
Dans les Bouches-du-Rhône, « plusieurs nouveaux adhérents se sont portés volontaires pour participer aux équipes de renforcement qui se déploient dans toutes les grandes initiatives. C’est un fait encourageant, d’autant qu’en tant que nouveaux, ils ont souvent les mots justes pour convaincre », témoigne Jérémy Bacchi qui espère atteindre 600 adhésions pour 2012 dans sa fédération.

Prochaine étape pour les responsables fédéraux interrogés : permettre aux nouveaux venus de prendre des responsabilités à l’occasion du 36e congrès. 

 

La Revue du projet, n° 22, décembre 2012
 

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