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La forêt qui ne cache pas l’arbre, Léo Purguette et Côme Simien*

E  pur si muove. Et pourtant il bouge. L’affirmer revient à braver l’Inquisition libérale, à risquer le bûcher médiatique. Notre univers c’est le capitalisme, son centre c’est le profit. Fin de l’histoire.

Et pourtant il bouge ce parti hérétique, dépassé, condamné, mort et enterré. Pire, le PCF se renforce en proclamant qu’au centre, il met l’Humain d’abord. « À ceux qui me disent que le PCF est mort, je leur réponds : vous, restez idiots, moi je fais ce que je peux, je me sens utile, et ça, c’est avec les communistes », expliquait début novembre Mehdi, 27 ans, rencontré à la journée d’accueil nationale des nouveaux adhérents, place du Colonel-Fabien. Comme lui, ils sont plus de 6 500 à avoir rejoint le Parti au cours de l’année écoulée.
Le PCF attire. Contre vents et JT, des personnes y adhèrent. Plus encore en cette année 2012 de campagnes multiples, qui auraient dû consacrer (enfin) la disparition du communisme français. Évidence tant de fois prophétisée par l’expert dont l’avis fait d’autant plus autorité qu’il reposerait sur l’analyse profonde d’un processus historique de fond.
Et pourtant le Parti se renforce. C’est un fait que nul ne peut plus contester. Mais attention, ne vous y trompez pas ! Ce numéro ne se propose pas de nous lover au sein du savoureux sentiment d’autosatisfaction. L’enjeu est trop grand. Le dossier qui suit tente de faire connaissance avec ces communistes de nouvelle génération. Non contents d’aller à contre-courant, sans complexe, ils font leur cocoming out.
Alors qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Faut-il les garder ?
Pourquoi attendent-ils leur premier contact avec le Parti parfois plus longtemps qu’un rendez-vous chez l’ophtalmo ?
Nous l’espérons, ce numéro quelque peu inhabituel permettra d’offrir des pistes pour améliorer leur accueil. Pour écouter davantage les aspirations de chacun, leurs centres d’intérêts spécifiques. Tous ne seront pas des colleurs d’affiches, tous ne prendront pas un égal plaisir à rédiger des argumentaires de tracts, des projets pour les collectivités territoriales. Certains sont plus discrets que d’autres et tous ne pourront pas avoir la même implication. Nous devons être capables, localement, de faire la part des désirs de chacun. Car en fin de compte, il n’en est pas un qui n’aspire à être utile. L’expérience montre que nombre de nouveaux venus sont porteurs de pratiques nouvelles ou ont nourri, avant même de grossir nos rangs, des pensées critiques dans des domaines particuliers (urbanisme, éducation, écologie…). Richesse unique que nous devons cajoler sans cesse… et surtout mettre en commun.
Dans le même temps, tous les nouveaux communistes que nous avons interrogés sont en recherche d’un espace collectif et démocratique pour alimenter leur réflexion et donner de la force à leur capacité d’action. Leur permettre de prendre leur place, comme y invitent Laurent Péréa et Jacques Chabalier, est un enjeu de congrès et plus encore, une question centrale pour l’avenir du PCF. Ce sont eux, « les combattants d’un monde nouveau en devenir » comme l’affirme Pierre Laurent qui ne se glisse pas pour autant dans les habits d’un général. Les communistes préfèrent – semble-t-il – rallumer les étoiles plutôt que de les faire briller à l’épaule.
Tous ces nouveaux enfin, et c’est lié, voient dans le parti un espace d’apprentissage, le lieu d’une contre-éducation à recevoir. Qu’on le déplore ou pas, les écoles du parti, telles que nous les envisagions autrefois, telles que Julian Mischi nous les rappelle dans ce numéro, ne sont plus. Mais, les nouveaux militants désirant embrasser une autre culture que celle véhiculée par l’air du temps, l’effort de formation doit être régulier, permanent, sans cesse renouvelé. À ce prix, nous donnerons à tous et à chacun de nous, avec sa manière originale d’être dans le monde, les moyens d’être les promoteurs affirmés de lendemains appelés à chanter de nouveau.
En écrivant ces quelques lignes, Nazim Hikmet, poète communiste turc, disait-il autre chose ?
« Vivre comme un arbre, seul et libre,
Vivre en frères comme les arbres d’une forêt,
Ce rêve est le nôtre ! » 

*Léo Purguette et Côme Simien sont coordonnateurs de ce dossier. Léo est responsable de la rubrique Travail de secteurs et Côme est responsable de la rubrique Histoire.

La Revue du projet, n° 22, décembre 2012
 

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