La revue du projet

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Pour défendre les causes perdues, Slavoj Zizek

Flammarion, 2012.

Par Ivan Lavallée

« De défaite en défaite jusqu’à la victoire finale ». Cette citation de Mao Ze Dong caractérise bien cet ouvrage qui épouse l’optique « messianique » de la lutte pour l’émancipation universelle. Ce qui a été discrédité opère un retour en force. Le mérite de cet ouvrage est là, montrer que sous les cendres de l’histoire couvent les braises de la révolution et qu’elles s’enflamment ici et là avec une flamme toujours renouvelée. La dictature du prolétariat réinventée, le Parti seule organisation possible. « ... La nécessité du Parti découle du fait que la classe ouvrière n’est jamais pleinement elle-même [...] ce qu’il y a de spontané est la perception inadéquate qu’on a de sa propre position sociale, de sorte que la conscience de classe « adéquate » doit être arrachée de haute lutte » (p. 357).
La mise en perspective historique et philosophique, du roi philosophe de Platon, à la volonté de puissance de Nietzsche, à Heidegger, ou à Foucault, permet de séparer le bon grain de l’ivraie dans ces œuvres et de montrer leur part d’actualité tout en en pointant les dérives. De même, Staline est restitué dans son contexte et dans l’histoire du mouvement révolutionnaire. Pétri de dialectique hégelienne, cet ouvrage montre ce qui dans des textes à l’index de la police philosophique est à reprendre et dévoile « le potentiel émancipateur des échecs passés ». Il cherche le noyau dur récupérable pour la révolution de ces « causes perdues » et en quoi les défaites associées ont conduit certains dirigeants révolutionnaires à renier ces concepts et à perdre leur boussole révolutionnaire. Revisitant la perspective communiste contemporaine, il analyse les thèses de Negri et Hardt sur la multitude, celles de Badiou et donne une large place au « malaise dans la nature ».
Ce texte donne à réfléchir aux militants et dirigeants de la cause communiste, même si tout n’y est pas, on s’en doute, à prendre pour vérité révélée. On notera d’ailleurs ici ou là quelques sollicitations, inopportunes, de la vérité historique.

La Revue du projet, n° 21, novembre 2011
 

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