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Le « choc de compétitivité » ou simplement un choc antisocial, Alain Vermeersch

Les quotidiens nationaux et régionaux ainsi que les hebdomadaires ont publié des articles où l'on retrouve 4 429 fois le terme « compétitivité » depuis le mois de septembre.

Une offensive concertée...
Depuis début septembre, une avalanche d'articles encourageait le gouvernement à décider de la baisse du coût du travail. Les Echos (05/09) titre : « Coût du travail : une étude du Trésor souligne l'impact des allégements de charges dans l'Hexagone ». Le Figaro (11/09) choisit « Un coût du travail trop élevé et un goût au travail trop faible ».
Claire Guélaud (Le Monde 08/09) vend la mèche : « Qu'elle semble loin, déjà, la campagne de François Hollande ! Le candidat socialiste voulait en découdre avec la finance, son ennemi. Mais aussi avec ces dirigeants d'entreprise capables, en pleine crise, de s'octroyer des augmentations de rémunérations « considérables ». Il annonçait alors une taxe à 75 % sur les très hauts revenus... L'été est passé par là, avec son cortège de mauvaises nouvelles. L'industrie française n'en finit pas de perdre du terrain, la croissance est en berne, le chômage explose. Les chefs d'entreprise et leurs représentants hantent les allées du pouvoir. « Nous ne faisons pas semblant d'aller mal », précise Laurence Parisot le 29 août à l'université d'été du Medef. À Jean-Marc Ayrault, premier chef de gouvernement à avoir accepté d'ouvrir le rendez-vous patronal, elle demande d'entendre « le bien-fondé » des exigences des entreprises. Et résume leurs difficultés : un taux de marge historiquement bas, une capacité d'autofinancement qui s'effondre, un taux de prélèvements obligatoires rapporté à la valeur ajoutée des entreprises de 24,8 %... Il y a urgence, martèle la présidente du Medef, à s'occuper de compétitivité. » La même récidive  « Invité du journal de 20 heures sur TF1, il a confirmé son choix, pour 2013, d'un choc budgétaire sans précédent, le plus important depuis trente ans, c'est-à-dire depuis le tournant de la rigueur en 1983. Le président a annoncé une accélération du chantier compétitivité, ce qui satisfera les chefs d'entreprise. “Tout sera engagé dès la fin de l'année”, a dit M. Hollande. Il s'agit de faire en sorte que les salaires ne soient pas les seules bases de prélèvements pour financer la protection sociale, autrement dit, c'est un allégement du coût du travail. Au grand dam, sans doute, d'une partie du PS, M. Hollande a indiqué que la CSG pouvait “faire partie des discussions, mais pas elle seule”. »  Libération, de son côté, estime (04/10) : « Aller vite pour ne pas décourager l’opinion. Mais pas trop non plus pour ne pas brusquer les partenaires sociaux. Telle est la délicate, car contradictoire, injonction de François Hollande à son gouvernement. Jean-Marc Ayrault a convié sept de ses ministres pour parler de la future réforme en faveur de la compétitivité des entreprises. Un timing a priori très étonnant, car le chef de l’État avait déclaré qu’il présenterait ses mesures en fin d’année. Pourquoi alors une réunion à Matignon ? « Pendant toute cette période de consultation, il n’est pas interdit de réfléchir pour être en situation de verser notre contribution au débat », a défendu la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem. Par ailleurs, la fronde du patronat, et notamment des entrepreneurs contre la politique fiscale du gouvernement, a probablement incité l’exécutif à donner très vite un signal aux entreprises. Fleur Pellerin confie : « avec l’effort demandé aux Français en 2013, on ne peut pas basculer massivement des baisses de charges en une seule année sans risquer de casser le pouvoir d’achat. »

… Du FMI à l'UMP

Dans la valise du Monde diplomatique (09/10) sous le titre « Compétitivité : l'aveu de Mme Lagarde » on peut lire : « Difficile de traduire plus brutalement le mot de “compétitivité” dont, depuis des mois, se gargarisent ministres, responsables de l’opposition, chefs d’entreprises et grands médias. À la fin d’un entretien réalisé à Washington et publié jeudi 4 octobre par Le Figaro, Mme Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), se voit poser la question suivante : “Le FMI tente de faire baisser les prix à l’échelle de la zone euro pour compenser le fait qu’il [l’euro] ne puisse dévaluer. Est-ce réalisable ?” Oui, explique en substance la directrice générale du FMI, mais il faut baisser les salaires. Elle ajoute : “En faisant baisser les prix des facteurs de production, en particulier le prix du facteur travail, on espère rendre le pays plus compétitif et plus intéressant pour les investisseurs étrangers”.»< Jean Peyrelevade (Le Monde 25/09) estime pour sa part : « grâce au vote du pacte budgétaire et aux progrès de la solidarité au sein de la zone euro, verra-t-on la disparition progressive de la méfiance des prêteurs à l'égard des banques et des emprunteurs publics. Cependant, une évolution aussi favorable laissera entier le problème de compétitivité des États concernés, dont chacun demeure responsable pour lui-même. De ce point de vue, dont tout dépend, notre pays, loin de progresser, continue à reculer. Mais le “choc de compétitivité” souhaitable est sans cesse renvoyé à plus tard, alors que rien ne serait plus urgent. Comment expliquer un tel aveuglement collectif ? Nos dirigeants politiques, toutes tendances confondues, sont à l'image de l'opinion publique : ils ne comprennent pas les conditions de la création des richesses échangeables. L'entreprise est au cœur de la problématique. Un choc de compétitivité, obtenu par diminution des charges sociales dites patronales, est une condition nécessaire du redressement. Nous avons besoin d'un nouveau pacte social, en faveur des entreprises et dans chacune d'elles afin de les encourager plutôt que les sanctionner. ». François Fillon quant à lui, déclare aux Echos (11/10) : « Je milite pour des mesures d'urgence, en remettant en cause certaines dépenses sociales et en allongeant la durée du travail. Le redressement national passe par un effort de travail supplémentaire. Il faut supprimer la référence à la durée légale et autoriser une négociation collective dans les entreprises sur le temps de travail, dans les limites des règles européennes. »
 
Vers une « trajectoire de compétitivité » plutôt qu'un « choc »

« Le gouvernement proposera une “trajectoire de compétitivité” et non le “choc” réclamé par les chefs d'entreprise car un bond des taxes sur les ménages tuerait l'espoir de reprise économique » (France Inter 15/10 Yann Le Guernigou). « Après avoir annulé la TVA sociale de Nicolas Sarkozy, il veut convaincre que le coût du travail n'est qu'une partie du problème de compétitivité de la France. Le coût du travail sera bien baissé mais selon des modalités qui restent ouvertes. Dans le "choc", il peut aussi y avoir un effet choc récessif », poursuit la source. Donc plutôt qu'un choc, « on va faire une trajectoire de compétitivité. Une forte hausse de la TVA ou de la CSG qui compenserait une baisse des charges des entreprises, une piste vivement combattue au sein du PS par des économistes comme Karine Berger, chargée de l'économie, et le député Pierre-Alain Muet ou par le ministre du Travail, paraît ainsi condamnée. » Mais poursuit la source, « Rien n'est tranché à ce stade ». « Il y a différents types d'impôts et de taxes, différentes catégories, on peut jouer sur pas mal de paramètres. ». Cette décision traduit les contradictions qui travaillent l'ensemble de l'exécutif.

La Revue du projet, n° 21, novembre 2011
 

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