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Le logement, au cœur des préoccupations des ménages en France, Christophe Robert*

Le logement est un véritable problème de société, tant les difficultés qu’il soulève ont des répercussions au-delà de la sphère du logement. La politique du logement doit prendre un tournant résolument social.

Loin de régresser, le mal-logement s’est profondément enraciné dans notre pays, et ses visages se sont diversifiés : du « sans abri » à toute la zone grise du non-logement (habitations de fortune, campings, chambres d’hôtel à l’année…), en passant par l’inconfort et l’habitat dégradé, on comptabilise 3.6 millions de personnes mal-logées. Et si l’on considère tous ceux qui sont en situation de fragilité de logement (impayés de loyer, menaces d’expulsion…), ce sont 10 millions de personnes qui sont touchées par la crise du logement.
Le logement est devenu une source de préoccupation majeure pour nos concitoyens. Comme si le contexte de précarité dans le champ de l’emploi gagnait aujourd’hui la sphère du logement. Alors que l’accès au logement est devenu un véritable parcours du combattant pour les plus pauvres, les jeunes en difficulté d’insertion, les familles monoparentales modestes, etc., il se complique aussi pour de nombreux ménages insérés socialement et économiquement.

Un nouveau facteur d’insécurité sociale

Facteur d’exclusion pour les ménages précaires (ils sont plus de 4 millions à vivre avec moins de 500 euros par mois après avoir payé leurs dépenses de logement), le coût du logement expose aussi et de plus en plus, les classes moyennes au risque de décrochage (pouvoir d’achat dégradé, marges de manœuvre réduites, impayés). C’est donc à un nivellement par le bas que l’on assiste à l’échelle de la société, les plus défavorisés étant « tirés » toujours plus vers le bas, tandis que les catégories qui étaient parvenues à se hisser parmi les classes moyennes, se retrouvent menacées de rétrogradation et de basculement.
Si la situation n’a pas encore explosé, c’est parce que les ménages font le « dos rond » : ils s’adaptent, acceptent des taux d’effort excessifs, diminuent leurs exigences en matière de surface, de confort… Comme ces demandeurs d’emploi qui finissent par accepter des contrats précaires, les ménages réduisent leurs aspirations par rapport au logement. Ils procèdent à des arbitrages, restreignent leurs dépenses d’alimentation et de chauffage, renoncent à se soigner… Les effets de la crise du logement peuvent être amortis grâce aux solidarités familiales, amicales, associatives… tant que celles-ci sont en capacité de s’exercer. Mais ces solidarités de proximité ne peuvent compenser l’affaiblissement général des mécanismes de protection, ni garantir la même efficacité et une égalité de traitement pour tous.

Un réel problème de société

La crise du logement actuelle est d’autant plus préoccupante qu’elle témoigne d’évolutions majeures à l’échelle de la société. Car le logement n’est plus seulement le reflet d’inégalités sociales, mais est à l’origine de nouvelles inégalités : face au coût du logement (qui pénalise avant tout les plus modestes) ; dans les perspectives résidentielles (entre les ménages aisés qui deviennent de plus en plus propriétaires, et les modestes contraints de se tourner vers le parc HLM) ; inégalités de patrimoine enfin (entre ceux qui peuvent acquérir un logement et les autres).
Le logement doit être considéré comme un véritable problème de société, tant les difficultés qu’il soulève ont des répercussions au-delà de la sphère du logement. Quand 600 000 enfants sont mal-logés, ceci a des effets sur leur santé, leur développement et leur réussite scolaire. Quand des jeunes ne parviennent pas à se loger, ce sont leurs projets de vie qui peuvent être bloqués (formation, emploi, installation en couple, choix de fonder une famille…). Pour une majorité de ménages, le logement ne permet plus de se projeter dans l’avenir. Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle remet en cause les fondements mêmes de notre pacte républicain (égalité des droits, cohésion sociale…) et de notre système de protection.

Agir face à la massification
des problèmes

Face à l’ampleur de la crise, la politique du logement est apparue singulièrement insuffisante et trop peu protectrice pour les personnes modestes. Au lieu d’une politique ambitieuse, c’est une sorte de « voiture balai » qui s’est mise en place, pour tenter de « rattraper » les plus défavorisés. Et au-delà de l’annonce de grands principes (non-remise à la rue, accueil inconditionnel, droit au logement…), la politique du logement n’a pas pris le tournant résolument social attendu.
La crise du logement ne pourra pas être enrayée tant que les pouvoirs publics ne s’attaqueront pas au déséquilibre entre l’offre et la demande de logements1. Ni tant que les dynamiques de marché continueront d’alimenter la ségrégation sociale, avec d’un côté des ménages riches qui s’agrègent par affinité sur certains territoires, et de l’autre les pauvres qui sont repoussés vers les fractions les moins valorisées du parc immobilier et des territoires.

Une stratégie globale
pour le logemen
t

La gravité de la situation appelle une autre approche que celle qui consiste à agir toujours à la marge, que ce soit pour aider les plus démunis à ne pas sombrer, ou pour limiter les excès du marché. Elle impose d’agir sur le cœur de la politique du logement, d’en repenser les orientations générales afin que le logement réponde enfin aux besoins sociaux, partout où ils existent. Pour que ce changement de cap soit possible, la fondation Abbé-Pierre, avec la participation de nombreuses organisations, a élaboré un « contrat social pour une nouvelle politique du logement » autour de quatre axes majeurs : produire suffisamment de logements accessibles, réguler les marchés et maîtriser le coût du logement, œuvrer pour plus de justice sociale et de solidarité, construire une ville équitable et durable. Ce contrat a été signé par l’actuel président de la République, qui s’est engagé à le mettre en œuvre au cours de son quinquennat. Un engagement fort que la fondation Abbé-Pierre salue, et qu’elle entend suivre dans la durée avec la plus grande attention. Et avec bien sûr une vigilance soutenue sur le sort des plus défavorisés, qui doit enfin pris en compte à sa juste mesure.  n

*Christophe Robert est délégué général adjoint de la Fondation Abbé-Pierre.

La Revue du projet, n° 21, novembre 2012
 

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