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Au bestiaire de ce mois-ci : le crapaud !, Patrice Bessac

Errare humanum est, perseverare diabolicum. Et pourtant... Je poursuis mon bestiaire avec, ce mois-ci, les crapauds fous. Comme vous le savez sans doute, les crapauds vivent quelque part et vont se reproduire ailleurs, appelons cet ailleurs la mare originelle. C’est donc à intervalles réguliers de vastes transhumances qui se déroulent... À part pour les crapauds fous ! Ces crapauds peu ordinaires vont ailleurs, se perdent, bref, débloquent et comme ils sont peu nombreux, ils accèdent en petit nombre à la reproduction.

« Jusque là, c’est simple. »

L’histoire se complique lorsqu’une autoroute est construite sur le chemin de la transhumance des crapauds mainstream. C’est la catastrophe : 100% périssent... Et qui sauve l’espèce dès lors ? Les crapauds fous. CQFD.

La morale de l’histoire, vous l’avez déjà saisie : en temps de crise il faut être déviant, subversif, bent disent les sujets de Sa Majesté.

Et le revendiquer. Car il faut montrer que le problème n’est pas de perfectionner, d’améliorer, de corriger ; le problème est de changer, de rendre visibles les mouvements dialectiques possibles dans les impasses actuelles.

C’est valable pour le capitalisme, c’est aussi valable pour le Parti communiste français. Laissez-moi vous entretenir de deux micro-exemples. Premier exemple vécu dans une section importante du parti : « tu comprends, on ne veux pas que tu adhères, après, on ne s’occupera plus de toi... ». Deuxième exemple tiré d’une étude empirique : une fois l’adhésion effectuée et le premier contact pris, il s’écoule plus de trois mois minimum avant que l’on propose une activité quelconque... Alors que le premier motif d’engagement, c’est l’action.

Mon propos ne vise pas à culpabiliser quiconque mais à interroger le moment dans lequel nous sommes pour la construction du parti communiste. À mon sens, c’est l’heure où le besoin de changements internes s'appuie sur trois réalités : 1. le changement fondamental de période historique, le besoin d’offensive pour le mouvement communiste et transformateur 2. la révolution informationnelle et les conséquences pour l’organisation des relations humaines, y compris donc politiques 3. l’existence d’un apport nombreux d’adhérents qui constituent une nouvelle force sur laquelle nous pouvons appuyer l’effort commun.

Et c’est donc devant un réel besoin d’expérimentation que nous sommes à toutes les échelles et ce besoin a une direction : celui de viser avec la révolution informationnelle une efficacité sociale et politique nouvelle par la mise en commun, le partage, le travail collaboratif.

Pour nous, investir en pratique le champ de la révolution informationnelle (je n’ai pas dit passer notre temps devant des ordinateurs sans plus parler aux gens, que l’on me comprenne bien), c’est répondre à des questions aussi diverses que la construction de la VIe République, l’organisation de la démocratie locale, le développement de la participation des militants à des réseaux de travail nationaux... Bref, ce n’est pas de la technique ! C’est de la politique pure, du changement civilisationnel, des forces sociales nouvelles… Un jeune homme de 23 ans a dit il y a quelques mois à sa grand-mère, je suis content d’avoir connu le monde d’avant ! Le monde d’avant, et il a 23 ans ! Le nombre de moins de 30 ans regardant les journaux télévisés (13h, 20h) est ridicule.

Bref, impossible de penser la politique d’après avec les outils de la Ve République et du système informationnel précédent. Impossible. Au mieux, on peut avoir de bonnes intuitions que l’on est condamné à ressasser. Les transformations en cours changent l’économique et l’anthroponomique, ce que nous appelons être humain en termes plus simples. La parole est une possibilité issue de la plasticité de l’esprit humain. Elle n’a rien d’instinctif, elle est le produit de la culture. Or déjà, des médecins signalent que l’influence des technologies sur les enfants fait qu’ils ne sont « pas câblés » pareil que nous.

Il faut donc faire mouvement, vite et en pratique. Ou nous serons rangés au musée. Celui de la révolution précédente. « Ce serait dommage non ? » Ironique surtout car c’est précisément un communisme de nouvelle génération qui se cherche.

La Revue du projet, n° 21, novembre 2012

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