La revue du projet

La revue du projet
Accueil
 
 
 
 

Cours sur Rousseau [1972] Louis Althusser

 Le Temps des Cerises, 2012

Par Shirley Wirden

Alors que nous célébrons le tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau, paraît un inédit d’Althusser : trois cours sur Rousseau dispensés en 1972 à l’École normale supérieure étudiant le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.
Rousseau est le seul philosophe à avoir pensé à la fois dans l’origine et l’origine elle-même. Althusser dispense une compréhension du fondement de la philosophie rousseauiste : ce « mystère » de l’état de nature. L’erreur des philosophes du droit naturel soulignée par Rousseau est d’avoir pensé dans l’origine sans définir ce qu’elle était. Cela les a conduits à placer dans l’état de nature les raisonnements produits par la société, et à dessiner ainsi un cercle improductif. C’est alors que le concept fondamental de Rousseau est mis en lumière par Althusser : l’état de pure nature. Althusser nous donne l’occasion de percevoir chez Rousseau des réflexions qui sont encore les nôtres, par exemple sur le rapport de l’Homme à la nature. Rousseau ne catégorise pas l’homme comme bon ou mauvais, il définit l’homme dans son rapport à la nature : dans son rapport aux conditions matérielles objectives d’existence. Rousseau parle d’accidents qui transforment le processus de l’histoire en une nécessité. Ces changements de l’homme n’interviennent pas par une volonté humaine mais bien par des interventions extérieures. Cela fait de l’homme un être dont « la vie détermine la conscience ».
Les philosophes du droit naturel n’ont pu penser véritablement l’origine car ils étaient pris dans un cercle aliéné : incapables d’en sortir. Le philosophe du contrat social est sorti de ce cercle aliéné pour penser en dehors de toute influence de la société. Il a été jusqu’au bout de l’expérience philosophique. On doit retrouver une nature perdue. La nature est « défigurée », « dénaturée », selon les termes de Rousseau. Althusser traduit ainsi : « la nature est aliénée, elle n’existe plus que dans l’autre que soi ». Il faut donc « sortir du cercle par l’intérieur », « rentrer en soi » pour comprendre la réflexion qui a été à la fois celle de Rousseau et celle d’Althusser.

 

La Revue du projet, n° 20, octobre 2012
 

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.