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Le protectionisme et ses ennemis, les liens qui libèrent , Dominique Vidal (Dir.)

Les liens qui libèrent, 2012

Par Florian Gulli

Un petit recueil d’articles, mais une grande ambition : réinstaller la question du protectionnisme au cœur du débat à gauche.

Le rejet du protectionnisme est quasi-unanime dans les états-majors politiques. Ce rejet se fait le plus souvent sans argument, sur le mode de la diabolisation pure et simple. Le protectionnisme nous conduirait dans le meilleur des cas à la faillite et dans le pire à la guerre ; rien de moins ! Au Front de gauche, la question fait débat : protéger, oui, mais protéger qui et quoi ? Frédéric Boccara l’expliquait il y a peu dans L’Humanité[1], les protections douanières peuvent être au service de la rentabilité des capitaux, comme elles peuvent servir le développement de l’emploi et d’autres critères de la rentabilité. Mais pour cela, il ne suffit pas de réguler les échanges de marchandises : il faut aussi agir sur les investissements et la circulation des capitaux.

L’ouvrage de Dominique Vidal replace la question du protectionnisme dans l’histoire et révèle ainsi que cette question n’est pas tant théorique que pratique. Les pays capitalistes en voie de développement ont toujours utilisé des mesures protectrices puisqu’elles leur permettaient de résister à leurs rivaux ; dans ce cas, le protectionnisme était soutenu par tous les doctes. À l’inverse, les pays capitalistes les plus développés ont toujours eu tendance à vouloir imposer le libre-échange pour accroître leur profit. Le silence qui entoure le protectionnisme aujourd’hui est donc un symptôme : l’intérêt du CAC 40 est dans le libre-échange.

L’argument-massue opposé à celui qui s’obstinerait à vouloir discuter, c’est le risque des  représailles. Qui ose rompre l’égalité dans l’échange pour se protéger, commet une injustice impardonnable à laquelle ses partenaires réagiront. Cet argument présuppose que les échanges seraient actuellement égaux. Or rien n’est plus faux ! Lorsque un pays réduit à presque rien son impôt sur les sociétés, alors il rend l’échange inégal, c’est-à-dire qu’il pratique finalement une sorte de protectionnisme. Les échanges sont aujourd’hui réellement distordus du fait du dumping social, fiscal et écologique. Nous n’avons donc pas à choisir entre protection et libre-échange puisqu’il n’y a pas de libre-échange, mais des échanges inégaux. Laisser-faire, dans ce contexte, c’est favoriser les pays les plus développés et renforcer le pouvoir de leurs oligarchies.

Bref, le protectionnisme mérite une discussion sérieuse. Le protectionnisme était hier au service des intérêts des capitalismes nationaux. Il pourrait être demain un moyen pour protéger les populations contre les politiques néolibérales de mise en concurrence des peuples.

 



[1] L’Humanité des débats, 14 février 2009. « Le protectionnisme, une réponse à la crise », entretiens croisés avec Frédéric Boccara, Patrick Artus, Nicolas Baverez et Jean-Luc Gréau. http://www.humanite.fr/node/31833.

 

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