La revue du projet

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« ... et maintenant, changer vraiment »

Économie et politique
n°692-693, 2012.
Par Igor Martinache
Économie et politique : le titre de la « revue marxiste d’économie » constitue déjà en soi une interpellation tant l’économie est politique, contrairement à ce que certains décideurs essaient de faire croire. Avec l’aide de « chercheurs » orthodoxes souvent stipendiés par ailleurs par les banques qu’ils sont supposés étudier, ils s’efforcent de faire passer les enjeux économiques pour des questions purement techniques que le peuple ne pourrait pas comprendre. Rien de plus trompeur, comme suffit à le montrer la dernière livraison de la revue.

Contexte électoral oblige, la campagne du Front de gauche y occupe une place de choix, avec l’appel des économistes en faveur de la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidence de la République, mais aussi la reproduction de l’appel lancé par la « Conférence sociale de printemps » (JSC) qui regroupe une vingtaine d’organisations syndicales et du mouvement social, réunie fin mars à Bruxelles. Celui-ci dénonce la ratification de plusieurs traités européens qui bouleversent la « gouvernance » budgétaire de la zone euro, constituant de l’aveu même du président de la Commission, le conservateur Barroso, une véritable « révolution silencieuse ». Contre cette logique de l’austérité antidémocratique, la JSC appelle à une autre approche de la question de la dette, considérant la protection sociale et les services publics non pas comme des coûts à réduire mais comme des leviers pouvant servir de base à un nouveau modèle de développement pour l’Union. Un message malheureusement encore plus actuel au vu des premières décisions de la nouvelle majorité socialiste.
Un article de Paul Boccara développe les propositions du Front de gauche pour une politique monétaire alternative : en France, la (re)constitution d’un pôle bancaire public ; à l’échelle européenne, une double création monétaire par la Banque centrale européenne, afin d’abonder un Fonds de développement social et écologique ; et au plan mondial, une « refondation » du Fonds monétaire international (FMI) qui permettrait de le démocratiser (les droits de vote y sont actuellement proportionnés au PIB des États...) et de créer une monnaie mondiale assise sur les droits de tirage spéciaux déjà émis par l’organisation.
Concernant l’actuelle « crise » des finances publiques, si les feux médiatiques sont braqués sur l’Union européenne, les répercussions concrètes se jouent au local. D’où l’intérêt du long article de Jean-Marc Durand sur les collectivités territoriales. Un rappel de l’évolution des règles de gestion des collectivités territoriales au cours des deux dernières décennies permet de comprendre comment nombre de ces dernières se sont retrouvées dans l’ « œil du cyclone » de la crise financière. Insistant sur le fait que cette mise dans la main des marchés résulte de décisions politiques, l’auteur expose une série de propositions fiscales, financières et institutionnelles visant à corriger cette situation. Même tonalité dans l’article de Frédéric Rauch, qui explique comment la réduction des dépenses a conduit à une coûteuse privatisation des services publics, via notamment l’adoption des « partenariats public-privé », escroquerie équivalente pour les collectivités locales aux crédits subprime vendus aux ménages insolvables états-uniens. On sait ce qu’il est advenu par la suite...
Face à cette situation, une réforme globale de la fiscalité est nécessaire : Gilbert Ricard en explique les principaux enjeux et points de débat, en détaillant un par un les principaux prélèvements. Alain Paker rend compte de la mise en place d’une commission d’enquête au Sénat sur l’évasion fiscale et les « paradis » qui la permettent, à l’initiative du Groupe communiste, républicain et citoyen. Mais plus que d’information, c’est d’une réelle volonté politique qu’il y a besoin. Et d’un rééquilibrage du rapport de forces.

La Revue du projet, n° 19, septembre 2012
 

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