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L’émancipation des travailleurs Une histoire de la Première Internationale, Mathieu Léonard

La Fabrique, 2011.

Par Florian Gulli.
Ce livre est plus qu’une synthèse historique. La redécouverte de l’Association internationale des travailleurs (AIT), passablement ignorée en France ces dernières décennies, intéresse aussi le présent et ses combats.
Mathieu Léonard ne propose pas de redécouvrir une origine pure de toute compromission, à laquelle les socialismes en tout genre du XXe siècle n’auraient pas su rester fidèles. Il ne cherche pas non plus à identifier, au sein de l’association, un courant authentique, plus vrai que les autres, que les socialistes ultérieurs auraient eu tort de ne pas prolonger. L’intention du livre est tout autre : montrer, au delà des espoirs qu’elle a pu susciter, les limites de l’AIT ; montrer, derrière les oppositions, les points d’accord qui, à la longue, se révélèrent pourtant être autant d’impasses. Si cette histoire est passionnante, c’est d’abord pour les problèmes qu’elle nous lègue. N’en relevons que deux.
Tout d’abord, la question de la collectivisation des terres agricoles. Beaucoup de tendances, souvent présentées comme opposées, se rejoignaient sur la collectivisation, balayant d’un revers de main la possible opposition paysanne à ce genre de réforme. Ce problème, traité de façon très cavalière du fait de l’absence de tout représentant du monde agricole au sein de l’association, reviendra se poser de façon tragique au cours du siècle suivant. Impasse d’une conception trop ouvriériste de la transformation sociale ? Impasse d’une conception excessivement unificatrice de la société future alignant les réformes agricoles sur les réformes industrielles ?
Autre difficulté, non résolue, la question des relations entre appartenance sociale et appartenance nationale. Il n’y a pas eu besoin d’attendre 1914 et les gouvernements d’union sacrée pour mesurer la profondeur du sentiment d’appartenance nationale. Au lendemain de la guerre de 1870, les sentiments patriotiques des ouvriers français étaient exacerbés, et même parmi les internationalistes. Ces revirements ne suscitèrent pas de reprise théorique ; ils avaient pourtant de quoi étonner. L’antagonisme de classe, si puissant hier, passait au second plan, l’ennemi mortel devenant l’Allemand. Une historiographie partisane a longtemps gommé le caractère « national » de la Commune de Paris, empêchant de saisir les ressorts de cette insurrection. Impasse d’un universalisme abstrait s’imagi­nant que les attaches se rayent d’un trait de plume ? Ou lucidité à l’égard du potentiel destructeur de l’appartenance nationale ? Autant de questions qui continuent de hanter les luttes actuelles

 

La Revue du Projet,  n° 17, Mai 2012

 

 

 

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