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Le Peuple, la crise et la politique, Guy Michelat, Michel Simon

numéro hors-série de La Pensée, 2012.

Par Patrick Coulon.

 

Guy Michelat et Michel Simon sont patients. Depuis 1960 leurs travaux portent sur les systèmes d’attitudes, de représentation et de valeurs qui, associés aux comportements politiques permettent d’en interpréter le sens et d’en comprendre les transformations.
La présente recherche des deux sociologues s’inscrit dans la continuité de cette démarche. Elle part de l’interrogation suivante : cinq ans après les scrutins de 2007, trois ans après le début de crise et à la veille d’échéances électorales décisives, quels changements dans les préoccupations et les inquiétudes des Français, leurs visions du monde social, leurs orientations éthiques et culturelles, leurs rapports au politique ? Impossible – ici – de rendre compte de la richesse de ces 123 pages. Nous nous bornerons donc à indiquer quelques évolutions marquantes.
Les deux chercheurs montrent que si les années 1980 avaient été celles du libéralisme économique triomphant, y compris dans l’opinion, aujourd’hui le renversement est spectaculaire. En témoigne la poussée des attitudes antilibérales, à connotations souvent anticapitalistes. Si le sentiment d’appartenance à une classe est majoritaire et en hausse cela s’accompagne du déclin de l’identification à la « classe ouvrière » au profit d’une identification à la « classe moyenne ».
La perception de vivre plus mal qu’avant connaît après l’irruption de la crise une progression absolument spectaculaire, et majoritaire dans toutes les catégories sociales. Les inquiétudes et souvent les angoisses qui l’accompagnent connaissent une hausse similaire. Or dans ce contexte – et c’est nouveau – les  actions collectives se multiplient et sont soutenues par une très large majorité de la population. Après s’être effondrée dans les années 1980, l’idée que les syndicats de salariés n’ont pas assez d’influence sur la politique du gouvernement retrouve son niveau élevé de 1966. Celle que le patronat et les milieux d’affaires en ont trop progresse dans les mêmes proportions.
L’autoritarisme et le rigorisme répressif (souhait d’un retour à la peine de mort, condamnation de l’homosexualité) ont considérablement reculé. Il en va de même pour l’hostilité aux immigrés (même si une légère régression se fait jour dernièrement).
Pour deux Français sur trois, le positionnement gauche/droite continue de faire sens. Mais ce qui est nouveau c’est le niveau atteint par la crise du rapport des Français au système politique. Il ne s’agit pas de « dépolitisation » mais une très forte majorité considère que les responsables politiques se préoccupent peu de ce que veulent les «  gens comme nous ».
Bref la société française est travaillée en profondeur et ce n’est pas le renoncement à sa transformation qui domine mais, au contraire, des attentes renouvelées, exigeantes et concrètes afin d’y parvenir.
 

 

La Revue du Projet, n° 17, Mai 2012

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