La revue du projet

La revue du projet
Accueil
 
 
 
 

L’hôpital en réanimation. Le sacrifice organisé d’un service public emblématique, Bertrand Mas, Frédéric Pierru, Nicole Smolski, Richard Torrielli (dir.),

Éditions du Croquant, 2011.

Par Igor Martinache

 

Ce n’est pas le moindre des paradoxes de notre époque : le système de santé, et notamment l’hôpital public, est malade et sa situation ne semble guère s’arranger. On en connaît les symptômes – franchises médicales, déremboursements, pénurie de soignants, etc. –, qui compromettent toujours davantage l’accès aux soins pour tous, mais le diagnostic s’arrête trop souvent à ce stade. D’où l’intérêt d’un ouvrage comme celui-ci, issu d’un colloque organisé par le Syndicat national des praticiens hospitalier anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHAR-E).
Les 27 contributions qui le composent émanent de médecins, mais aussi de sociologues, économistes et politistes, qui décortiquent le virus qui ronge aujourd’hui l’organisation de la santé publique. Celui-ci a un nom, la marchandisation rampante, et a été inoculé par une nébuleuse d’agents bien identifiables – patrons d’assurance et de cliniques privées, hauts fonctionnaires et décideurs politiques – qui sont parvenus à réduire les enjeux de santé à une simple question d’efficacité comptable, dont la définition est elle-même largement biaisée. Les auteurs mettent ainsi à jour les soubassements des dernières « réformes » qui ont affecté l’organisation hospitalière, du plan « Hôpital 2007 » à la récente loi « Hôpital, Patients, Santé, Territoires » (HPST), dissimulés sous une  novlangue qui prolifère là aussi avec vigueur, qu’il s’agisse des Agences régionales de santé, de la tarification à l’activité ou des groupes homogènes de maladie. Un démontage clair et sans détours qui n’en reste pas moins rigoureux.
L’ouvrage vaut aussi au-delà du sujet dont il traite pour sa trop rare capacité à réunir acteurs et chercheurs, qui plus est de différentes disciplines, ainsi que pour la présentation à la fois fine et pédagogique qu’il fait des principes du  New Public Management, c’est-à-dire cette pénétration croissante des logiques gestionnaires du privé lucratif dans l’ensemble des administrations et services publics, sous couvert de la fausse neutralité d’instruments qui seraient purement « techniques ». Bref, qui dénient la dimension politique de choix qui se présentent sous le masque de la nécessité.

La Revue du projet, n° 18, juin 2012
 

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.