La revue du projet

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Tout commence à l’école ! Claire Pontais*

L’école est le seul lieu obligatoire pour toutes et tous d’ouverture à la pratique sportive.

Lorsqu’un gouvernement souhaite faire des économies sur le dos de l’école, il est toujours tenté de commencer par l’EPS, le sport scolaire et les arts. Soit en cherchant à les renvoyer hors de l’école (accompagnement éducatif, « cours le matin, sport l’après midi ») pour remplacer les enseignants par des animateurs qui coûtent moins cher, soit en diminuant les horaires scolaires et/ou en réduisant la teneur culturelle. Ainsi, le socle commun limite le rôle de l’EPS à des objectifs de santé (version hygiéniste = bouger) et de paix sociale (sport = respect des règles).  L’éducation sportive est alors, dans le meilleur des cas, renvoyée aux collectivités locales, ou au pire à la sphère privée, sous la responsabilité des familles. Cela ne peut, à terme, que  renforcer  les inégalités sociales, géographiques, entre garçons et filles.
L’école, c’est le seul lieu obligatoire pour tous les élèves jusqu’à 16 ans (12 millions), où ils ont leur premier contact (et parfois le seul)  avec le sport et les activités physiques artistiques.
Dès le plus jeune âge, les enfants des familles favorisées font des randonnées en forêt, vont à la mer, la piscine,  dans des clubs spécifiques (bébés nageurs, baby-gym, baby-basket). Dans les milieux défavorisés urbains, nombre d'enfants ne savent pas faire de vélo en sixième, ne savent pas nager ni courir longtemps sans s'arrêter…  Sans l’école, la majorité des  enfants ne vivraient pas d’activités de pleine  nature, la majorité des garçons ne connaîtraient pas la danse,  l’immense majorité des filles ne feraient jamais de sports collectifs, etc.
L’école, c’est donc le seul lieu d’accès à la culture pour tous. Au-delà de la découverte de la culture physique, sportive et artistique, sa fonction est de faire apprendre pour permettre à chacun de développer des pouvoirs nouveaux :  des pouvoirs d’agir « par corps » qui donne une confiance en soi et une plus grande liberté, des pouvoirs pour mieux  penser la complexité de son activité et apprendre à porter un regard critique sur les faits (en tant qu’acteur, spectateur, organisateur, etc.), des pouvoirs d'agir avec les autres : écouter, donner son avis, débattre, partager, coopérer et  s'enrichir de la présence de l'autre. L’EPS est un enseignement privilégié pour réhabiliter les savoirs collectifs dans l’école d’aujourd’hui, dans lesquels l’autre est une ressource, le besoin de l’autre est une condition pour réussir.
Ces  pouvoirs nouveaux sont la condition pour que tous les élèves aient une réelle liberté de choix. Quand on se sent nul (ou nulle) dans un sport, on ne peut pas oser pousser la porte d’un club ou d’une association, d’autant que le milieu sportif n’est pas majoritairement organisé pour les adultes débutants ou les plus faibles, ni sur le plan des formes de pratique, ni sur le plan de l’encadrement.  
La mission de l’école, service public, est donc de créer toutes les conditions pour que chacun-e trouve suffisamment de plaisir ici et maintenant à apprendre et se transformer pendant le cours d’EPS, et oser poursuivre ensuite, après l’école, pendant l’enfance, l’adolescence et plus tard pour avoir une pratique sportive physique régulière.

Des mesures d’urgence

Les conditions à réunir pour que cela fonctionne sont assez simples.  De manière urgente :
• rétablir les postes « volés » par le gouvernement Sarkozy  pour assurer un enseignement à tous dans des classes à 24 élèves.
• assurer une formation de qualité aux enseignants pour qu’ils soient en capacité de faire progresser tous les élèves, en particulier ceux et celles qui n’ont que l’école pour apprendre.
• pour l’école primaire, rétablir l’épreuve obligatoire au concours pour assurer une formation initiale à tous les professeurs des écoles et une formation « à dominante EPS » plus poussée pour ceux et celles qui le souhaitent. Cela a déjà existé en formation continue, mais l’institution n’a jamais voulu s’intéresser à ces pratiques qui favorisent pourtant le travail d’équipe et assurent la polyvalence des enseignements. Le prétexte est de ne pas toucher à la polyvalence des enseignants, pourtant illusoire, notamment au CM1-CM2.
• créer un forfait horaire USEP (union sportive de l’enseignement du premier degré) pour les professeurs d'école,  comme il existe un forfait UNSS (union nationale du sport scolaire) pour les professeurs EPS.  Ces décharges USEP, déjà expérimentées, sont la seule solution pérenne pour développer une pratique sportive scolaire de masse.
• avoir une politique ambitieuse d’équipements  proches des écoles (non concurrence).

Des objectifs-horizons en débat

• augmenter l’horaire EPS à tous les niveaux de la scolarité (4 heures par semaine), et revoir l’ensemble des contenus de programmes.  Il faut enrichir le temps scolaire et non le diminuer !
• développer le dialogue entre l’école et les élus et responsables associatifs locaux pour améliorer l’offre éducative globale et la complémentarité école-hors école en respectant les missions des uns et des autres : d’un côté, éviter la substitution au sein de l’école et de l’autre, revoir les contenus des loisirs qui sont souvent excessivement « scolarisés ».

Ces mesures sont de nature à assurer une réelle entrée en culture de chaque enfant et par la même, à faire que chaque adulte, par une pratique sportive plus éclairée, contribue à faire évoluer le sport lui-même.
 

 

La Revue du projet, n° 18, juin 2012

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