La revue du projet

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Refonder le sport, Nicolas Bonnet*

Les trentième jeux olympiques d'été de l'ère moderne auront lieu du 27 juillet au 12 août 2012 à Londres. Durant le mois de juin, le nouveau président de la République fera ses premiers pas sur le terrain du sport avec au rendez-vous le retour de l’équipe de France de football pour l’Euro 2012 en Pologne et en Ukraine ainsi que le quatre-vingt-dix-neuvième Tour de France cycliste. Autant d’événements qui cristallisent les passions et qui questionnent l’opinion publique sur la réalité sportive et les valeurs qu’elle véhicule. Bien sûr il y a beaucoup de questions dans les têtes : les salaires indécents, la médiatisation, le dopage, la corruption…L’avenir du sport est-il définitivement voué au business et à la marchandisation à tous les étages, des Jeux olympiques à la pratique quotidienne de chacune et chacun ? Le sport peut-il encore être porteur de progrès et d’émancipation pour l’être humain ? À quelles conditions ?

 

La barre est haute. D’autant que les choix politiques des dernières années ont démantelé progressivement la colonne vertébrale du modèle sportif français. Le constat est lourd : 5 000 postes de professeurs d’EPS (éducation physique et sportive) supprimés, un budget en stagnation qui n’a jamais dépassé 0,2% du budget national, la fin des directions départementales de la jeunesse et des sports et des directions régionales en perte de capacités de mission et d’action, la disparition de 15% des effectifs de fonctionnaires liée au non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite, les fermetures de huit CREPS (centre régional d’éducation populaire et de sport) mais aussi l'abandon pur et simple de métiers et de missions. Les premières enquêtes montrent une inversion de courbes quant à la pratique sportive régulière aujourd'hui en France. Les catégories sociales les plus en difficulté en sont les premières victimes. Par ailleurs, de plus en plus d'installations et de manifestations sportives sont confiées à des sociétés privées dont le but n'est souvent que la rentabilité financière.
De tels choix politiques ont conduit à opposer les pratiques entre elles et à penser leur développement uniquement dans la concurrence en mettant fin à l’unité du mouvement sportif, à la solidarité entre le sport amateur et le sport professionnel.
Il va falloir reconstruire, répondre aux enjeux d’actualité, aux aspirations des populations et porter de nouveaux progrès ayant le souci de l’humain d’abord. Cette reconstruction ne peut être conduite sans une rupture radicale avec l’idéologie dominante dans le sport qui tend à masquer la réalité des enjeux. L'avenir du modèle sportif français mérite un grand débat démocratique, avec le mouvement sportif, les parlementaires, les élu-e-s locaux et les partenaires sociaux concernés. Le changement ne peut pas venir que d'en haut mais de l'intérieur et des parties prenantes. Il faut donc vivifier les pouvoirs citoyens et notamment la démocratie dans le sport. Nous devons interroger la place des associations, la place du temps libre et la place du corps dans notre société. Toutes les doctrines d'oppression commencent par la négation ou le contrôle du corps. Le corps est un enjeu de domination et donc de pouvoir. L’enjeu politique majeur est le droit à dominer son propre corps et à l'accomplir dans toutes les dimensions de son potentiel physique et intellectuel.

Une nouvelle alternative aux politiques libérales est possible à partir de six points

• Le sport n’est pas une marchandise, c’est un droit ! La spécificité du sport comme activité créatrice de l’être humain doit être réaffirmée, nous devons sortir définitivement le sport des logiques de la concurrence marchande par une nouvelle loi cadre renforçant le service public du sport.
• Le sport ne peut pas se réduire à un instrument des politiques de cohésion sociale ou de promotion de la santé. Au-delà de sa fonction préventive, comme toute activité culturelle, le sport doit rester un outil d’éducation, de libération, permettant à chacun(e) de développer ses capacités inventives et créatrices, sa liberté.
• La vie associative est un pilier essentiel de l’organisation du sport en France. Les clubs constituent autant d’espaces de formation citoyenne. Elle doit être préservée de toutes dérives et concurrences commerciales et soutenue au regard d’objectifs éducatifs et démocratiques par une intervention publique forte et une valorisation du bénévolat.
• La démocratie doit devenir constitutive de la vie sportive. L’objectif de citoyenneté passe par la démocratisation et la maîtrise collective des structures d’organisation et de gestion du sport (clubs, fédérations, comités olympiques et sportifs, services publics, entreprises…).
• Le sport professionnel, ses manifestations et leur traitement médiatique, le recrutement des jeunes et leur charge de travail, l’appel aux joueurs étrangers doivent viser des objectifs humanistes de progrès pour toutes et tous. L’ensemble des richesses créées par la haute performance sportive, qu’elles soient culturelles, économiques ou technologiques doivent participer au développement du sport pour l'ensemble de la population.
• L’Europe doit être un territoire déterminant pour défendre la spécificité éducative du sport et lutter contre sa marchandisation.
 

La Revue du projet, n° 18, juin 2012

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