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Répondre aux thèses du FN, Alain Hayot*

Affronter le FN c’est d’abord combattre clairement ses thèses et le dire. Projet contre projet.

«Il s’agit de tisser à nouveau des liens de solidarité entre toutes ces catégories qui sont mises en concurrence et divisées. Et bien évidemment, donner un élan beaucoup plus fort à un projet alternatif qui puisse prendre le contrepied du projet du FN, mais aussi de celui de la droite française , [...] capitaliste qui tente de créer les conditions nécessaires pour faire en sorte que le capitalisme, à bout de souffle, ne s’éteigne pas. L’immigration est accusée d’être à l’origine de la crise. [...] Il ne s’agit pas de combattre l’émigration mais de lui apporter une réponse.[...]

Un projet ne peut se dire social s’il est fondé sur la division des dominés, sur l’exclusion d’une partie d’entre eux et sur la mise en accusation du plus pauvre et de la différence. S’il n’y avait pas d’immigrés, croyez-vous que la concurrence entre les salariés et les ouvriers disparaîtrait ? Il semble que nous connaissons des pays qui n’étaient pas des pays d’immigration et dans lesquels le capitalisme était autant exploiteur.
C’était le cas des pays latins comme l’Espagne ou l’Italie qui n’étaient pas des pays d’immigration mais des pays d’émigration. Beaucoup sont partis mais très peu sont venus. L’immigration dans ces pays date seulement de vingt ou trente ans. Étaient-ils plus protégés des crises et autres ? Cette division des dominés, donc, désarme les forces populaires et les  laisse en très grande fragilité face aux dominants, aux oligarchies.
 

Reconstruire des solidarités actives

 

Pour conclure, je dirais simplement que l’entreprise lepéniste a réussi sur deux terrains : elle a ancré à droite une force politique qui a une influence réelle sur la durée mais a peut-être surtout essaimé idéologiquement ses analyses, ses valeurs, sa vision de la nation française. Ce que nous appelons la lepénisation des esprits. Elle a créé les conditions d’une hégémonie idéologique et culturelle et donc les conditions politiques d’une recomposition de la droite française sur ces bases-là. Cela fut possible grâce à la construction d’un projet politique ; et pour combattre le FN, il ne suffit pas de réduire la crise sociale et de faire reculer le chômage. Depuis très longtemps, je suis convaincu que ce n’est pas cela qui fera reculer le FN. C’est en combattant ses thèses comme celles de toute la droite aujourd’hui, c’est en reconstruisant des solidarités actives entre les dominés, c’est en élaborant et en partageant un projet alternatif, en proposant une nouvelle théorisation politique que nous ferons reculer, dans un même temps, la crise et l’influence du FN. Le FN présente une théorisation politique qui redonne sens et ambition aux aspirations populaires. À gauche, chacun sait que l’abstention autant que le vote FN sont un problème majeur pour nous. Ces deux phénomènes indiquent l’urgence d’une nouvelle théorisation politique à la mesure de cette crise de civilisation que met en avant la crise du capitalisme. Crise d’alternative que la gauche française et les communistes connaissent particulièrement depuis la chute du mur de Berlin. Il faut, selon moi, inventer et c’est ce qu’il y a sans doute de plus difficile. »

*Alain Hayot est membre du conseil national du PCF.
Extrait de Combattre le Front national de Marine Le Pen, audition du 16 mai 2011, Cahiers du LEM, n° 2, 2011.

 

La Revue du Projet, n° 17, Mai 2012

 

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Répondre aux thèses du FN,  Alain Hayot*

le 16 mai 2012

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