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Combien d’immigrés en France ?, Michaël Orand*

C’est l’articulation des deux critères de lieu de naissance et de nationalité à la naissance qui permet un décompte sans erreur des immigrés.

Qu’est-ce qu’un immigré ? Une réponse correcte à cette question complexe doit faire intervenir deux notions proches, bien que différentes : le lieu de naissance et la nationalité. La définition adoptée par le Haut Conseil à l’Intégration définit ainsi un immigré comme une personne vivant en France, née à l’étranger et de nationalité étrangère à sa naissance.

C’est donc sa trajectoire migratoire qui caractérise l’immigré, et non pas sa situation administrative à un moment donné, dont on sait qu’elle peut varier fortement selon les contextes politiques et historiques. On trouvera ainsi parmi les immigrés aussi bien des étrangers que des personnes ayant acquis la nationalité française.

C’est bien l’articulation des deux critères de lieu de naissance et de nationalité à la naissance qui permet un décompte sans erreur des immigrés. En effet, en se fondant uniquement sur le lieu de naissance, on pourrait par exemple gonfler artificiellement les chiffres en incluant les rapatriés des colonies françaises, en particulier ceux d’Algérie, qui sont nés hors de France métropolitaine mais de nationalité française à leur naissance.

Après une période de stabilité, une hausse de la proportion d’immigrés

 

En 2008, 5,3 millions d’immigrés vivaient en France, soit 8,4% de la population totale. La répartition des immigrés sur le territoire est évidemment très inégale. Ils vivent la plupart du temps dans les grandes agglomérations, et en particulier dans l’agglomération parisienne : plus de 35% des immigrés vivent ainsi en Île-de-France. La Seine-Saint-Denis est le département avec la plus forte proportion d’immigrés (27% des habitants) et la Charente celui avec la plus faible proportion (moins de 2% des habitants sont immigrés).

À l’exception de la période de la seconde guerre mondiale, la proportion d’immigrés n’a cessé de croître en France au cours du XXe siècle (graphique 1). De moins de 3% en 1911, elle est passée à près de 7% en 1930, proportion équivalente à celle des années 1960. Entre 1975 et 2000, le nombre d’immigrés augmente légèrement, mais on observe une stabilisation de la proportion d’immigrés, autour de 7,5%. Les années 2000 marquent le retour à une croissance marquée du taux d’immigrés.
Cette évolution de la population immigrée en France peut cependant masquer les volumes des flux d’entrée et de sortie des immigrés. Ainsi, entre 1999 et 2006, le nombre d’immigrés a crû de 118 000 personnes par an environ, alors que l’Insee estimait qu’en 2003 par exemple, 250 000 immigrés étaient entrés sur le territoire français. Cela signifie que le nombre d’immigrés repartant de France chaque année reste important, de l’ordre de la moitié des entrants.

Proportion d’immigrés dans la population Française entre 1911 et 2008


 

Ces chiffres sont cependant à prendre avec circonspection, les seules sources disponibles pour mesurer les flux d’entrée étant les sources administratives (Office des migrations internationales, Office français de protection des réfugiés et des apatrides et Ministère de l’Intérieur).

Des immigrés qui sont de plus en plus des immigrées

 

Alors que jusque dans les années 1980, la grande majorité des immigrés étaient des hommes, on observe, depuis, une croissance importante de l’immigration féminine (graphique 2). Entre 1970 et 1990 le nombre d’hommes immigrés en France a stagné, voire légèrement diminué, alors que le nombre de femmes immigrées n’a cessé de croître, allant jusqu’à rattraper le nombre d’hommes en 1999.

 

Nombre d’hommes et de femmes immigrés en France entre 1911 et 2008


 

 

Une majorité d’immigrés africains

 

Parmi les immigrés vivant en France en 2008, ce sont ceux originaires d’Afrique qui sont les plus nombreux, puisqu’ils représentent près de la moitié de l’ensemble des immigrés. Les immigrés maghrébins notamment sont fortement représentés : les immigrés originaires d’Algérie représentent ainsi le groupe national le plus nombreux, avec 13% de l’ensemble des immigrés. Les immigrés originaires du Maroc les suivent de près, avec 12% de l’ensemble des immigrés, et enfin les immigrés tunisiens représentent 4% des immigrés. Au total, c’est donc près d’un tiers des immigrés vivant en France qui sont originaires du Maghreb.
La part des immigrés européens, même si elle a décliné au cours de ces dernières décennies, reste cependant importante : près de 40% des immigrés vivant en France sont originaires d’un pays européen. L’Italie, l’Espagne et le Portugal, pays d’immigration historique, représentent la majorité de ces immigrés européens. Les Portugais sont ainsi le troisième groupe national après les Algériens et les Marocains.

Des données plus précises sur les trajectoires migratoires des immigrés, comme celles de l’enquête Trajectoires et Origines de l’Ined et de l’Insee, permettent de comprendre cette répartition en retraçant l’histoire des différentes vagues migratoires. Les immigrés d’Europe du Sud et d’Algérie sont arrivés en France plutôt avant 1974. Entre 1974 et 1980, ce sont les immigrés d’Asie du Sud-Est qui sont les plus nombreux, notamment avec le phénomène des boat-people. Enfin, à partir des années 1980, on assiste à une apparition de l’immigration africaine hors Maghreb et de l’immigration d’Europe de l’Est et du Nord.

Une immigration familiale

 

Les motifs de délivrance du premier titre de séjour des immigrés vivant en France en 2008 sont essentiellement des motifs familiaux : regroupement familial (28% des cas) et conjoint de Français (12% des cas). Les immigrés arrivés en France en tant qu’étudiants représentent quant à eux 16% des immigrés, soit autant que les immigrés arrivés en tant que travailleurs. Enfin, les réfugiés représentent un peu moins de 10% des immigrés. 

*Michaël Orand  est statisticien.

 

 

 

La Revue du Projet, n° 17, Mai 2012

 

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