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L’ÉTAT-monde. Libéralisme, socialisme et communisme à l’échelle globale PUF, 2011 Jacques BIDET

Par Florian Gulli

 

Jacques Bidet essaie d’expliciter notre présent en reformulant radicalement la pensée de Marx. Loin d’un marxisme paresseux qui verrait dans la crise actuelle la première étape d’un retour pur et simple au capitalisme manchestérien et à l’impérialisme du XIXe siècle, il s’agit au contraire de comprendre ce qui est irréductible au passé dans le présent.
Le livre essaie d’exposer une « idée simple » : quelque chose émerge dans la lignée des États-nations, quelque chose comme un État-monde. L’État-monde n’a rien d’un État mondial, il n’est pas la nouvelle utopie cosmopolitique. Il est une réalité imprévue, un état de fait en gestation. Deux contresens à éviter. D’une part, cet État-monde émergeant ne remplace pas le système des État-nations. État-monde et système des États-nations s’entrelacent. Dans cette imbrication naissante cependant, l’État-monde tend à devenir le terme structurant qui impose sa logique au système de domination impérialiste. D’autre part, dans le cadre de cette réalité émergente, les État-nations conservent encore une importance stratégique car « c’est dans l’État-nation que les emprises populaires, potentiellement garantes de vie bonne, sont les plus tenaces ».
Cet État-monde se manifeste dans des organisations supranationales (l’ONU) et des institutions marchandes mondiales (l’OMC, le FMI). En elles, les valeurs de la modernité – liberté, égalité, rationalité – tendent, de manière balbutiante et non sans instrumentalisation cynique, à structurer le système des États-nations. Quelques symptômes de ce nouveau contexte? En haut, par exemple, une intervention militaire mais décidée par l’ONU. On pourra toujours dénoncer ici un néo-impérialisme, il n’empêche que ce dernier se sent obligé de se donner des couleurs démocratiques. En bas, l’émergence, non sans obstacle, de sujets politiques se dotant peu à peu d’un vocabulaire critique commun. Une nouvelle internationale qui se cherche et dont l’objectif est l’inscription de droits nouveaux dans l’espace institutionnel mondial.
Un livre ambitieux mais sans illusion, pour comprendre les mutations contemporaines.

La Revue du Projet, n° 15, mars 2012

 

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