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Manifeste pour la psychanalyse La Fabrique, 2010 Sophie Aouillé, Pierre Bruno, Franck Chaumon, Michel Plon et Erik Porge

Par David Belden

La grande originalité de cet ouvrage c’est sa lisibilité et sa clarté. Cela est méritoire car, pour le « profane », le sujet est difficile, voire inquiétant. Parler de psychanalyse vers l’extérieur de cette communauté, et non pour elle ; parler de Lacan simplement mais rigoureusement en s’appuyant sur des concepts et des textes précis manifeste un souci peu répandu dans la communauté psychanalytique : l’ouverture et la pédagogie sans cuistrerie.
Les auteurs manifestent donc – et la visée du livre se donne à comprendre dans son titre : un manifeste pour (et non de) où il est essentiellement question des rapports de la psychanalyse, dans ses quatre composantes (la cure ; le corpus théorique ; l’objet culturel ; la communauté), avec la Cité.
La thèse directrice de l’ouvrage est relative à l’article 52 de la loi de 2004 qui entend réglementer le champ des psychothérapies, auquel les psychanalystes sont sommés de s’intégrer (et l’affaire du film Le Mur sur l’autisme justifie ce terme). Les auteurs y soutiennent que la psychanalyse est menacée de disparition, menace qui les amène à argumenter dans les quatre registres précités et à retracer une histoire succincte de la psychanalyse. Cette menace est récurrente et se manifeste dans des moments précis où l’ennemi n’est pas de même nature : la médecine en 1926 (Freud) ; la psychologie du moi en 1956 (Lacan) ; la psychologie comportementalo-cognitiviste aujourd’hui. De l’identification de ce troisième moment dérive une argumentation convaincante dont l’unique (quoique complexe) enjeu est de distinguer la psychothérapie (fondée sur le postulat que l’inconscient est ou résulte d’une erreur cognitive de jugement) et la psychanalyse. Ce qui permet cette distinction est bien d’ordre politique au sens large et c’est sur ce terrain, non délimité et en devenir, que des rencontres sont possibles, dans le respect des spécificités de chacune, entre une politique communiste, ou des communistes, et « La-psychanalyse ».
Bien entendu on reste sur sa faim sur nombre de points. Par exemple : d’où manifestent les auteurs et où ? Plus techniquement, on reste ébahi devant des affirmations comme : « Il y a chez Lacan une théorie du capitalisme », aussi bien que devant la réduction phénoménologique par Lacan du concept marxien de plus-value à une accumulation par dépossession. Ce Marx-là appartient à un moment daté : les années 1930 avec leur lecture de Marx à travers un hégélianisme vulgarisé – même chez les communistes.

 

La Revue du Projet, n° 15, mars 2012
 

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