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La Force de l’ordre. Une anthropologie de la police des quartiers Seuil, 2011 Didier Fassin

Par Patrick Coulon

 

L’auteur a partagé pendant près de deux ans le quotidien d’une brigade anti-criminalité de la région parisienne. Les  390 pages de cet ouvrage sont le fruit de son enquête, la première du genre en France. Pourquoi s’être lancé dans une telle aventure ? Parce que depuis trois décennies, tous les désordres urbains qu’a connus la société française sont survenus à la suite d’interactions meurtrières entre la police et les jeunes dans les quartiers dits sensibles. L’auteur au-delà de ces moments dramatiques a voulu savoir quels sont  les rapports réels entre les forces de l’ordre et les habitants des banlieues.
Le lecteur suivra donc le quotidien de ces brigades, son ordinaire, la formation et l’inadaptation des jeunes  policiers venus de province (« des immigrés de l’intérieur confrontés aux immigrés de l’extérieur » dira même un commissaire). Il découvrira comment les contrôles d’identité servent à autre chose que ce à quoi ils sont censés servir et s’avèrent plus efficaces pour perpétuer un ordre social que pour maintenir l’ordre public. Ou aussi qu’il est de multiples façons d’empêcher le traitement judiciaire des brutalités commises par la police, que les institutions témoignent de plus de tolérance à l’égard du racisme qu’à l’égard de ses victimes. Ou encore que les pratiques locales jouissent d’une grande autonomie par rapport aux consignes nationales mais que la politique gouvernementale n’est pas sans influence sur le travail quotidien des forces de l’ordre public. Il vivra les vexations, les insultes, les brutalités.
Après avoir accompagné sur le terrain les policiers de la BAC et l’auteur, le lecteur sera certainement stimulé par les interrogations de ce dernier : «  Comment finalement en est-on venu à faire jouer à la police ce rôle qui en fait la garante de l’ordre social plutôt que de l’ordre public ? [...] Le plus étrange est que la plupart des hommes ne s’en aperçoivent pas. Ils ne pensent plus qu’obscurément à cette jeunesse où il y avait eu en eux une force de résistance. »
Saluons la somme des références que le chercheur met à la disposition de tous ceux et celles qui voudrons approfondir leur connaissance en matière de police. C’est en tout cas un livre de chercheur… et de citoyen !

 

La Revue du Projet, n° 15, mars 2012
 

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