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L’Homme selon Marx. Pour une anthropologie matérialiste, éditions Kimé, 2011 Yvon Quiniou

Par Stéphanie Loncle

Ce livre est conçu comme une réponse, argumentée, respectueuse et très convaincante, aux travaux anthropologiques de Lucien Sève. Il s’agit de prouver la vérité théorique et l’importance pratique de la prise en compte de « ce qu’il peut y avoir de “nature” en l’homme » et de réunir ainsi Sève et Althusser dans une même critique, celle d’un historicisme invalide sur le plan de la science.
Lucien Sève a mis au cœur de la théorie marxiste et communiste une réflexion anthropologique, participant ainsi à la promotion politique de l’idée que c’est une vision trop économiste de la pensée de Marx qui avait conduit à commettre et à légitimer des erreurs politiques. Si ses travaux n’ont pas connu l’écho médiatique et académique à la hauteur de l’enjeu, ils ont eu à l’échelle du PCF une importance théorique et politique majeure. Ce n’est donc pas à un détail que s’attaque Yvon Quiniou.
Le philosophe soutient une triple thèse. La première est la radicale vérité du matérialisme, qui autorise « à exclure toutes les représentations de l’homme qui y contreviennent, de nature idéaliste ou spiritualiste » : exit donc Platon, Descartes et Sartre. La seconde thèse est que la compréhension de l’homme, dans le cadre du matérialisme, suppose la prise en considération de trois champs dont aucun n’est réductible à l’autre et dont aucun n’est radicalement autonome, ni d’une nature ontologique différente des autres (« tout est matière »). La biologie, l’histoire, la psychologie (en particulier dans sa dimension psychanalytique, voir Freud) sont les trois éléments du déterminisme qui caractérise la nature (matérielle) de l’homme. Enfin, dans le cadre de la matière historique de l’homme, c’est bien la production matérielle (la pensée aussi est matière) et donc les moyens de cette production, c’est-à-dire l’économie qui est déterminante « en dernière instance » : c’est elle qui libère l’homme de la nature non au sens où elle l’en abstrait mais parce qu’elle lui permet de se produire dans un système de contraintes comprises et donc maîtrisées, voire à leur tour transformées par son action. Ce n’est donc pas à la promotion d’une pluralité relativiste des facteurs historiques que conduit l’anthropologie matérialiste mais à la nécessité de la prise en compte du multidéterminisme (biologique, historique et psychologique) de la vie sociale de l’homme pour toute action politique visant à son émancipation.
Les démonstrations sur le matérialisme historique, la liberté, la notion d’intérêt et le communisme font de ce livre, au delà de la polémique avec Sève et de ses implications politiques, un grand manuel de marxisme. L’extrême souci du lecteur – le communiste – confère une véritable douceur à l’expérience philosophique proposée.

La Revue du Projet, n° 15, mars 2012
 

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