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De l’utilité du vote communiste, Jean-Paul LECOQ*

Affirmer les valeurs que nous portons ne s’oppose pas au rassemblement, mais a contrario, le nourrit.

La question du vote utile a été réactivée, non sans succès, à partir de la présidentielle de 1981 à gauche par le PS, à notre détriment. Nous l’avons intériorisée, d’autant plus que le rapport des forces nous était défavorable et que la Constitution, en instituant l’élection du président de la République au suffrage universel, avec l’avènement de la Ve République entérinait ce phénomène. À cela s’ajoutent le système de circonscriptions (et de charcutage des circonscriptions) et bien sûr, l’inversion du calendrier plaçant la présidentielle juste avant les législatives. Autant de mesures favorisant cette présidentialisation.
Dans les faits, seuls comptent ceux qui peuvent gagner au 2e tour et le 1er tour est gommé. On l’a d’autant plus intériorisé qu’en 1965 et 1974, nous avons décidé – pensant qu’un communiste dans ce type d’élection ne pouvait pas gagner – de présenter dès le 1er tour, un candidat commun issu de la mouvance socialiste, puis du parti socialiste. Ce choix, dans cette bataille qui structure la vie politique française, n’a pas été,  en effet, sans conséquence... J’en tire comme conclusion à cette étape, qu’au contraire, il faut s’affirmer et affirmer les valeurs que nous portons. Que ce principe ne s’oppose pas au rassemblement, mais qu’a contrario, il le nourrit.

Le vote utile à quoi et à qui ?

 

Utile aux travailleurs, aux retraités, aux jeunes, aux familles. Utile aux côtés de celles et ceux qui souffrent des politiques libérales, du règne des marchés financiers.

 

Le lien qui est fait dans la réflexion qui m’est demandée tient au fait qu’en 2007, comme communiste, je suis le seul qui ait gagné une nouvelle circonscription. Le même scénario qu’en 2002, avec André Chassaigne.

 

Les premières interrogations que nous nous sommes posées c’est : quel combat mener ? Quelles propositions formuler ? Quelles lois porter, si j’étais élu, pour représenter les gens, les électrices et les électeurs de la circonscription ? Alors d’abord et avant tout, en quoi le député communiste serait utile pour les gens à l’Assemblée Nationale ? Sous l’intitulé « gens d’ici » nous avons décliné une démarche et des propositions disant concrètement ce qu’il fallait changer et comment, dans une circonscription, diverse dans la nature de ses activités, la sociologie de sa population, son rapport au développement et aux nécessités écologiques, en s’appuyant sur les propositions de notre Parti, popularisées lors de la campagne présidentielle par Marie-George Buffet. La priorité aux couches populaires, au monde du travail, mais sans rien négliger, y compris les questions de l’agriculture et de l’environnement.

 

Cette circonscription issue du charcutage électoral de Pasqua en 1986 intègre une partie très populaire du Havre, un canton de sa banlieue non moins populaire, dont une commune où je suis maire, comme la commune limitrophe de la mienne. Ces deux cantons sont représentés au Conseil général par deux conseillers généraux communistes. Deux cantons de droite et un canton socialiste composent le reste de la circonscription. Circonscription plutôt taillée sur mesure pour la droite ou, en cas de perte de celle-ci, pour le PS.

Être une gauche combative qui ne renonce pas

 

Même face à cette situation, nous avons, à toutes élections, présenté des candidates et candidats communistes, et en toutes circonstances, mené campagne pour gagner. Ce qui nous a permis d’avoir toujours un score pas trop affaibli, quelles que soient les vagues présidentielles qui précédaient les législatives. Pour ma part, j’ai été candidat trois fois dans cette circonscription. Malgré de bons scores, nous étions toujours devancés par le candidat de la gauche socialiste. Mais, nous avons toujours maintenu une structure de circonscription du Parti, réfléchissant et prenant des initiatives et moi-même dans mon mandat de vice-président de la région Haute-Normandie, je participais à ce « travail » communiste et militant.
En 2007, cette famille socialiste se trouva divisée, notamment du fait d’un parachutage d’un candidat parisien, alors que celui qui fut le député socialiste – avant d’être battu par la droite – avait rejoint le PRG. Trouvant sa candidature la seule légitime, il est allé à l’affrontement avec le candidat officiel du PS. La droite qui avait repris en 2002 cette circonscription, y trouva là un espoir certain de la conserver. Or, dans les faits, les divisions nées d’ambitions personnelles de l’ancien député PS, recouvraient, sur le fond, des divisions beaucoup plus profondes dans l’électorat, comme l’a révélé le vote en 2005, sur le traité constitutionnel, pour lequel les électrices et les électeurs de la circonscription se sont prononcés massivement contre.
Le déclencheur fut sans doute aussi la question sur l’avenir de l’industrie, puisque cette circonscription est la plus industrielle de France. La réalité de ces divisions est tellement vraie qu’elle est au cœur du nouveau découpage des circonscriptions et que les deux cantons communistes réintègrent l’une des deux circonscriptions du Havre.
En 2007, le candidat que j’étais s’est donc trouvé en tête de la gauche au 1er tour avec 16,74 %. Toute la diversité de la gauche et de l’écologie, répartie sur 7 candidats, ne faisant que 46,3%. La droite, au regard de la faiblesse du total de la gauche, avec de plus, cette fois-ci, un représentant communiste « n’étant pas rassembleur par essence » dans certains esprits, lui laissait penser à sa victoire au second tour. Ce fut exactement l’inverse.

 

Un peu avant les législatives, entre les deux tours de la présidentielle, nous avions, en tant que parti et moi en tant que candidat, poursuivi le combat sur la base de nos propositions, autour de la candidature de gauche au 2e tour, mené une vraie bataille contre Sarkozy, son programme, ses idées. Le score au second tour des législatives fut de 51,11%, c’est-à-dire, que nous avons fait plus que le score de toute la gauche au 1er tour. À noter également, que le seul meeting que Nicolas Sarkozy a tenu pendant la campagne des législatives a eu lieu dans la partie havraise de cette circonscription. On peut estimer que cela a compté dans le fait que la région havraise a désormais deux députés communistes. Comme a aussi compté le premier essai de la droite sur « la TVA sociale » et je crois que les images diffusées à la télévision d’une chambre « bleu horizon » au soir du premier tour des législatives a effrayé les démocrates.

 

La conclusion que j’en tire, c’est  qu’il faut être nous-mêmes, communistes, plus encore dans ce temps de crise profonde du capitalisme. C’est-à-dire la gauche combative, qui ne renonce jamais, qui porte ses valeurs transformatrices, qui maintient le lien avec le monde du travail, le mouvement syndical, associatif et les couches populaires. C’est aussi cette proximité qui est reconnue comme nécessaire et utile. Depuis, c’est la même logique qui m’a inspiré dans l’exercice de mon mandat, dans le compte rendu, dans les initiatives....

 

Une autre réflexion, c’est que la diversité dans le peuple de gauche, même si elle est marquée et masquée pendant un temps par le vote utile, est une réalité très profonde, traduisant un sentiment d’appartenance de classe.

A l’époque déjà, les prémices de la phase de la crise sociale, économique, démocratique, politique, que nous vivons aujourd’hui le confirmait. C’en est le fond. On a réveillé des réflexes d’appartenance de classe. En 2005, des villes comme Le Havre ou ma commune ont été à la tête, chacune dans sa strate, du vote NON contre le traité constitutionnel européen. À la fois dans sa dimension du rejet du traité, l’exposé d’une autre politique de l’Europe, comme dans sa dimension protestataire dans la situation faite aux gens à cette période. Les luttes et le rassemblement dans les luttes, dans la région havraise, ont été d’une puissance inégalée, inédite. Ce fut le cas contre la réforme des retraites, pour la défense des activités portuaires, dans l’automobile, dans le raffinage et la pétrochimie...

 

N’est-ce pas la démonstration d’un réveil de la conscience de classe et d’un regain de combativité, dans une crise qui s’approfondit ? Il apparaît qu’il ne s’agit pas seulement de lutter pour garantir les acquis sociaux, pour contrer le système capitaliste, mais qu’il existe une réelle aspiration au changement, à une autre société. Ce combat que nous menons au plan national ne s’arrête pas à nos frontières. Nous le poursuivons au plan international, auprès des peuples en lutte, pour un autre monde. C’est aussi là être « utile ».

 

Et pour clore mon propos, je constate que le lien entre les élus communistes que nous sommes avec ce développement du mouvement social en est d’ailleurs ressorti renforcé, car il est « utile » dans le moment que nous vivons, ainsi que pour construire une perspective concrète de changement. Comme quoi le terme « utile » peut recouvrir de nouvelles ambitions populaires. 

 

*Jean-Paul Lecoq est député communiste de Seine-Maritime.

 

La Revue du Projet, n° 16, avril 2012
 

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