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LA QUESTION TRANS’ : CONSTATS ET PERSPECTIVES, Arnaud Alessandrin*

La question trans’ est passée en quelques années de la composante LGBT invisible à un élément central de la militance pour l’égalité des droits et pour la libre disposition de son corps.

Interroger la transidentité nécessite alors de revenir brièvement sur l’apparition de la clinique actuelle du « transsexualisme » avant d’écouter les critiques émises par les militants eux-mêmes à l’encontre des contraintes qui leur sont imposées par l'État et les protocoles psychiatriques.

Du « transsexualisme » aux transidentités :

 

En 1979 était mis en place le premier protocole de changement de sexe en France. La psychiatrie, clé de voute de ces protocoles hospitaliers publics, permettait alors aux personnes diagnostiquées « transsexuelles » de bénéficier d’une opération remboursée dite de « réassignation ». Aujourd’hui, quelques centres hospitaliers en France proposent ces protocoles. Ils basent leurs diagnostics sur la souffrance provoquée par le « transsexualisme » et sur la persistance de la demande à changer de sexe. Les conditions d’accès à ces opérations sont à ce point strictes et les résultats des chirurgiens à ce point controversés que l’immense majorité des personnes trans’ quittent la France pour se faire opérer à l’étranger : ne pas avoir d’enfants, ne pas être homosexuel dans le sexe d’arrivée, ne pas être prostitué ou séropositif… Par les exclusions aux­quelles ils procèdent, ces protocoles maltraitent et invisibilisent des vies. Par exemple, pour bénéficier d’un changement d'État civil, une personne trans’ devra obligatoirement être diagnostiquée par ces protocoles, c'est-à-dire faire la preuve d’un syndrome de « transsexualisme », en plus d’être stérilisée : hystérectomie pour les garçons trans’ et vaginoplastie pour les filles trans’.

 

Dans ces circonstances, le combat pour la libre disposition des corps devient central. Pouvoir choisir la forme et la fonction de son corps ne devrait pas être corrélé à la tutelle psychiatrique. S’entendre dire que son identité est psychiatrisable est extrêmement pathologisant. Et la pathologisation fait souffrir. C’est contre la psychiatrisation de leurs corps et la vulnérabilisation de leurs vies que les personnes trans’ opposent aujourd’hui un certain nombre de propositions théoriques, politiques et cliniques.

Quelles demandes du côté des militants trans’ ?

 

La question trans’ ne peut plus être prononcée sans les mots des personnes trans’. Les nouveaux parcours trans’, liés aux différents modes de vie transidentitaires, ne permettent plus de penser comme « vraies » et « universelles » les observations et les théorisations psychiatriques actuellement en vigueur en France. Reprenons alors les propositions de STP 2012 (Stop Trans Pathologisation) et de l’existrans (collectif de la marche des fiertés trans’).

STP 2012  insiste sur plusieurs points :

 

• le retrait du « trouble de l’identité sexuelle » des manuels internationaux de diagnostic

• l’abolition des suivis psychiatriques, qui constituent une normalisation binaire, imposés aux personnes transgenres et intersexuées (appelés « protocoles »)

• le libre accès aux traitements hormonaux et chirurgicaux, sans tutelle psychiatrique

• la prise en charge par les organismes de santé des aspects médicaux spécifiques à la population trans’ : accompagnement thérapeutique volontaire, suivis gynécologiques et urologiques, traitements hormonaux, chirurgie

• la mise en œuvre d’actions contre la transphobie, ainsi que la reconnaissance de la transphobie comme discrimination.

L’Existrans  rajoute :

 

• la suppression des stérilisations obligatoires des personnes trans’ ainsi que des exper

 

• un changement d'état-civil facilité, libre et sans condition

 

• le respect du libre-choix du médecin et le remboursement des soins

 

• la possibilité de parcours hors-centre de référence, en France et à l'étranger,

 

• un parcours de soins facilité

 

• l'ouverture d'un droit de séjour et d'un droit d'asile pour les personnes trans’.

La question trans’ : quelles perspectives ?

 

La question trans’ impose une révolution copernicienne des représentations liées aux sexes, aux genres et aux sexualités. La différence, la complémentarité, la binarité et la fixité des sexes et des genres sont mises à mal par le fait accompli des transidentités. L’horizon des corps complexes (hommes enceints, personnes intersexuées non assignées à la naissance etc.) doit être saisi dans l’intersection des questions soulevées, en lien bien évidemment avec la libre disposition de son corps, mais aussi en lien avec « des politiques de prévention, de sensibilisation et d'accompagnement ».

 

*Arnaud Alessandrin, est sociologue. Il est doctorant à l'Université Bordeaux-Segalen et co-responsable de l'Observatoire des transidentités.

 

La Revue du Projet, n° 15, mars 2012

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