La revue du projet

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Homosexualité et genre : un combat contre l'homophobie, Jean-Claude Raffy*

La diversité de l'être humain est niée,  et au delà, la diversité de la société humaine.

Le genre, dans son contenu exacerbé pendant des siècles l'a été pour justifier, dans la société patriarcale, la domination masculine. Elle a imposé dans un machisme bien présent encore, une vision de la masculinité, de sa virilité qui sont à la base de l'homophobie toujours présente et des discriminations dont continuent d'être victimes les personnes LGBT (Lesbiennes, Gais, Bi-sexuel-le-s et Trans-sexuel-le-s). Un homme, un vrai, doit être fort, ne pleure pas, n'est guère sensible, domine et donc pénètre et n'est pas pénétré. C'est l'homophobie « primaire » telle qu'elle est  proférée trop souvent sur les stades et dans les milieux sportifs... mais qu'on retrouve aussi dans l'éducation familiale, en particulier de père à fils. Mais c'est aussi la femme tenue dans son rôle exclusif de mère et qui  doit rester au service de l'homme.

 

Le projet communiste

 

Chacun-e  n'a sa place  que dans un  rôle rigide, réducteur  et pré-déterminé. La diversité de l'être humain est niée,  et au delà, la diversité de la société humaine. C'est  là en particulier que le combat contre l'homophobie et ses discriminations conséquentes, s'intègre totalement dans le projet communiste. L'émancipation humaine de toutes les formes d'aliénation combat donc le machisme dont sont victimes les femmes et les personnes LGBT. Émancipation pour permettre l'épanouissement de chacun-e, et cela passe par le respect de ses différences, le respect de ce qu'il-elle est, non pas seulement dans les apparences, mais au plus profond de lui-même-d'elle même (ce qu'on appelle « l'identité de genre » ) – le respect de son orientation sexuelle. C'est pourquoi les députés communistes étaient les seuls, en 1960, à  voter contre l'amendement Mirguet  qui faisait de l'homosexualité un « fléau social ».C'est pourquoi le PCF a voté en 1981 la dépénalisation de l'homosexualité, présentée par François Mitterand, puis le pacs en 1999.

 

Au cours de ces dix dernières années, les élus communistes – Marie-George Buffet, Nicole Borvo, Odette Terrade... – ont déposé plusieurs propositions de loi :

 

• contre les propos homophobes, lesbophobes et transphobes  (juillet 2004)

 

• pour supprimer les inégalités contenues dans le pacs (déc 2009)

 

• pour le droit à l'adoption pour les couples pacsés (mars 2010)

 

• pour ouvrir le droit au mariage à tous les couples, quelle que soit leur orientation sexuelle (mars 2010)

 

• pour l'accès à la filiation pour toutes les formes de famille (avril 2011)

 

Dès les années 1990, la direction du PCF inclut le combat des LGBT dans sa lutte contre toutes les discriminations, aux côtés du racisme, du sexisme et du handicap. C'est pour approfondir ce combat et proposer des actions concrètes qu'a été crée , au sein du parti, le Collectif « Fier-e-s & Révolutionnaires ». Un collectif qui rassemble toutes les personnes communistes et sympathisantes – homo ou hétéro – voulant lutter pour l'égalité et contre les discriminations dont sont victimes les personnes LGBT.

Le travail du collectif LGBT

 

Sous l'angle de la question du genre, le travail de notre collectif  se poursuit dans une triple direction :

 

• de façon générale,  l'enrichissement du contenu de la notion de genre, pour y  inclure la diversité et son respect. C'est  dans cette perspective que s'inscrit la lutte permanente contre l' homophobie sur tous les terrains de la vie quotidienne – au travail  (le regard, les sous-entendus, voire les moqueries des collègues sont souvent en lien direct avec leur vision du genre) ; dans les écoles où les injures homophobes sont parmi les plus courantes entre ados ; dans les quartiers où l'homosexualité sert souvent de bouc-émissaire au mal être d'une population démunie.C'est aussi  la reconnaissance de toutes les formes de famille – familles recomposées, couples de lesbiennes, couples de gays, aux côtés de la famille hétéro – et leur droit à la filiation : la diversité, la complémentarité du couple  y remplacent aisément la fameuse tradition « d'un père et d'une mère ». À de nombreuses reprises – notamment lors du Forum de mai 2006, puis de débats tenus aux Fêtes de l'Humanité – le collectif a abordé ces thèmes sur l'homophobie et pour l'égalité des droits.

 

• le combat des lesbiennes, victimes de la double discrimination, en tant que femme et en tant que lesbienne. C'est pourquoi  le collectif est solidaire de la cause et des revendications féministes : égalité au travail – responsabilités, avancement de carrière et salaires –  droit à maîtriser ses maternités et donc le soutien  de  leur lutte contre les menaces qui pèsent sur le droit à l'avortement ; liberté dans le respect et la dignité de disposer de leur corps  ce qui exclut toute marchandisation du corps des femmes(mais aussi des hommes), notamment dans le système prostituteur, et la gestation pour autrui (« mères-porteuses »).Dans l'optique  de ces  combats des lesbiennes, le collectif garde en projet la tenue d'un débat sur la lesbophobie, et par ailleurs il est signataire de l'appel « Abolition 2012 » en application concrè­te de la position abolitionniste du PCF.

 

• Le combat des personnes trans-sexuel-le-s et transgenres. Sommet du défi du genre patriarcal : le refus du genre apparent donné à la naissance ! C'est pourquoi la société a bien du mal à accepter ce qui est pourtant réalité : au plus profond de leur être, ces personnes ne peuvent s'épanouir dans le genre assigné dans l'acte de  naissance, et vivent de profondes souffrances. Soit elles désirent s'épanouir dans le genre opposé (trans-sexuel-le-s, opérées ou non)  soit elles ne veulent pas s'enfermer dans un genre déterminé (transgenres). Aujourd'hui le décret de « dépsychiatrisation » du transexualisme n'a pratiquement rien changé pour les personnes concernées. Leur parcours médical reste sous l'emprise du lobby des psychiatres  officiels, et la contrainte de « ré-assignation sexuelle » (opération irréversible) reste la condition du changement d'identité sociale.Par ailleurs, la transphobie n'a pas été retenue parmi les motifs de propos discriminatoires punis par la loi du 30 décembre 2004 : rien n'a été fait depuis pour supprimer cette criante inégalité..Le collectif continue de soutenir cette lutte comme il l'a fait ces dernières années, colloques ou débats sur la trans-identité en mai 2009 et décembre 2010, participations actives aux marches « Existrans ». Il travaille en collaboration avec Marie-George Buffet à la rédaction d'une nouvelle proposition de loi sur les questions trans-sexuelles et transgenres.

 

Le genre dans sa version rigide traditionnelle fait partie des piliers d'une société  que nous combattons, perpétuant les aliénations et les discriminations dont sont victimes les femmes et les personnes LGBT, en particulier. C'est une lutte très actuelle, mais certainement encore pour très longtemps.

 

*Jean-Claude Raffy est secrétaire du Collectif « fier-e-s & révolutionnaires ».Contact du collectif : lgbt@pcf.fr La Revue du Projet, n° 15, mars 2012

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