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Sortir de la crise ou dépasser le capitalisme, Alain Vermeersch*

Ces derniers temps, les discours abondent pour prétendre que la crise serait en voie de règlement. De sommet en sommet, les dirigeants européens adoptent des mesures qui ne font qu'aggraver la situation. La BCE fait mine de sortir du dogme intangible d'aides aux États en prêtant aux banques près de 500 milliards à 1 % d'intérêt. En réalité, celles-ci spéculent en prêtant aux Etats à 5, 6 voir 8 %. La clause de « non-sauvegarde » est ainsi conservée. Cette clause est la parfaite illustration de cette obsession néolibérale d'imposer aux États le carcan des marchés financiers. Ces politiques d'austérité en Europe sont de surcroît lourdes de dangers pour la démocratie et la paix.

 

À la fin janvier, le forum de Davos s'est satisfait de l'amélioration de la situation. Certains parlent de la crise au passé. Le gotha politique et financier a loué les vertus de la politique d'austérité imposée à tous les pays. En définitif, les dominants ne tiennent aucun compte de la réalité de la crise commencée en 2007.

 

Il n'y a pas un jour sans que le pouvoir de Nicolas Sarkozy n'annonce des mesures antisociales. Dans le droit fil de son discours à Toulon prononcé en janvier dernier, « la peur est de retour », avait affirmé le Président. Pour la « conjurer », de nouveaux efforts vont être demandés aux Français. Il faudra poursuivre « la réduction des déficits publics », « encourager le travail » et, surtout, « refonder l'Europe ». De fait, avec la proposition de loi sur le droit du travail qui sera voté en catimini à l'Assemblée nationale, le pouvoir veut en finir avec toute réglementation sur le temps de travail des salariés. En outre, l'offensive du pouvoir et du Medef sur la réduction du coût du travail, vise à mettre le travail dans un carcan au nom de la compétitivité. Il s'agit de soumettre le travail à la seule loi des marchés financiers.

 

Mais des inquiétudes pointent dans ce paysage, des voix s'élèvent pour prôner des alternatives. À Davos, un dirigeant d'un fond d'investissement américain, a prédit la mort du capitalisme occidental. « Nous avons trois ou quatre ans dans les pays occidentaux pour améliorer notre modèle économique, sinon nous aurons perdu la partie face au capitalisme des pays émergents ou au capitalisme d'État ». Patrick Artus, responsable de la recherche économique de Natixis, titre son dernier Flash économie (11/01/2012), « Une crise de type "marxiste" et d'expliquer, par cela, « nous entendons les enchaînements suivants : l'accumulation de capital productif conduit à une insuffisance de la rentabilité du capital ; pour lutter contre cette évolution, les "capitalistes" déforment le partage des revenus au détriment des salariés ; ceci conduit à un affaiblissement de la demande et malgré tout à la hausse des profits ; les profits […] sont investis dans des activités spéculatives ; ce développement des investissements spéculatifs conduit finalement à une crise financière. »Le Monde du 26 janvier peut titrer « Le "FT" ou la critique du capitalisme pur ». On peut y lire « Depuis plus de trois semaines, l'organe central du capitalisme intelligent, le quotidien britannique, The Financial Times, ausculte l'état de l'économie de marché. Le tournant reagano-thatcherien, celui qui allait  tordre le cou au capitalisme tempéré de l'après-guerre, a été précédé, à la fin des années 1970, d'une longue démonisation de l'État par les penseurs de ce qu'on appelait alors « la révolution conservatrice ». Couplée à la mondialisation des échanges qui allait suivre, elle a donné naissance à la version actuelle du capitalisme – et à la crise de 2008. Dans cette forme-là, l'économie de marché doitêtre abandonnée. « Elle s'est avérée non seulement instable mais, et de manière importante, aussi injuste », dit l'éditorial lançant la série. « Au cœur de l'acte d'accusation dressé par le FT, il y a ce constat : le capitalisme est en crise parce qu'il produit, massivement, de l'inégalité. »

 

Nous voyons bien par ces exemples la réalité des contradictions internes au capitalisme. Cela doit nous encourager à mener une campagne pédagogique sur « comment on sort du système capitaliste ». Il s'agit de lier dans nos discours et nos actes ce tryptique : les luttes, les idées et les alternatives. Il faut pousser la question de la sortie du système en réfléchissant à son rythme et sa direction. Nous espérons que le présent numéro de notre revue y contribuera.

*Alain Vermeersch est coordonnateur du présent dossier.

 

La Revue du Projet, n° 14, février 2012

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