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Évaluation des enseignants : les enjeux d’une réforme

L’évaluation individuelle occulte la responsabilité collective, sociale et politique : il faut remarquer qu’au moment même où le gouvernement veut mettre en place cette nouvelle évaluation, il cherche à détruire les outils de l’évaluation sociale des politiques scolaires, en s’attaquant notamment à la statistique publique.

Lors de ses vœux à la communauté éducative, Nicolas Sarkozy a fait de la transformation du métier d’enseignant l’un des points forts de son programme. La réforme de l’évaluation des enseignants est emblématique de cette transformation. Il s’agit de donner aux chefs d’établissement le pouvoir d’évaluer les enseignants sur la base d’un entretien individuel. L’évaluation par le corps indépendant des inspecteurs, qui repose sur de réelles compétences disciplinaires et pédagogiques et se fonde sur une visite dans la classe, serait ainsi remplacée par une évaluation managériale créatrice de nouvelles pressions hiérarchiques. En transformant le métier, ce sont les missions de l’école que la droite veut changer.

Mode de gouvernance propre aux entreprises privées

 

Il s’agit d’abord d’imposer dans l’école un mode de gouvernance propre aux entreprises privées : l’enseignant est tenu pour individuellement responsable des résultats de ses élèves, et dans le même temps, il est soumis à une pression hiérarchique accrue et à des injonctions de plus en plus autoritaires. L’évaluation individuelle occulte la responsabilité collective, sociale et politique : il faut remarquer qu’au moment même où le gouvernement veut mettre en place cette nouvelle évaluation, il cherche à détruire les outils de l’évaluation sociale des politiques scolaires, en s’attaquant notamment à la statistique publique.Il s’agit ensuite de minimiser le rôle de la pédagogie et des compétences disciplinaires dans le système éducatif. La réforme est en parfaite cohérence avec la casse de la formation des enseignants d’une part et avec la mise en place du « livret individuel de compétences » pour les élèves d’autre part : les processus d’apprentissage permettant d’acquérir une maîtrise des savoirs transmis sont remplacés par l’évaluation permanente des capacités de l’élève à exécuter une consigne. Tout cela permet de faire des économies, en faisant travailler plus les enseignants : les pouvoirs nouveaux du chef d’établissement, la concurrence entre les personnels et les établissements, sont autant d’outils pour obliger les enseignants à accepter l’accroissement de leur charge de travail ou la prise en charge de nouvelles tâches, forcément au détriment de la réussite de tous.François Hollande affirme que s’il gagne les élections présidentielles, il reviendra sur cette réforme. Mais comment comprendre alors qu’il défende l’autonomie des établissements et la diversification des tâches des enseignants ? Toutes ces mesures s’inscrivent dans un même projet. Pour redonner aux enseignants la maîtrise de leur métier qui leur permettra d’œuvrer à la réussite de tous les élèves, il faut renforcer le statut de fonctionnaire d’État qui garantit la liberté pédagogique, reconstruire une formation initiale et continue ambitieuse, donner du temps aux enseignants pour réfléchir sur leurs pratiques et surtout pas diversifier leurs tâches.

 

Marine Roussillon responsable du secteur école du PCF.

 

La Revue du Projet, n° 13, janvier 2012

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