La revue du projet

La revue du projet
Accueil
 
 
 
 

Investir massivement dans la recherche, Luc Foulqier*

Les chercheurs doivent disposer des moyens nécessaires pour accomplir librement leur travail sans être contraints par les intérêts immédiats des multinationales et du temps pour diffuser leurs résultats auprès du public.

Pour répondre aux besoins énergétiques de façon durable (enjeux climatiques) et écologiques (biodiversité) en économisant les ressources, il est impératif de développer la recherche et les technologies (cf. les travaux du Muséum d’histoire naturelle, du CNRS, des universités et du CEA1 qui jouent un grand rôle dans le GIEC), de revaloriser l’éducation, la formation et les filières industrielles. Tout ceci nécessite des choix financiers et l’augmentation notable du budget recherche et développement de l’État et des entreprises sur une législature. Les chercheurs doivent disposer des moyens nécessaires pour accomplir librement leur travail sans être contraints par les intérêts immédiats des multinationales et du temps pour diffuser leurs résultats auprès du public. Nous proposons de créer des forums citoyens de la technologie pour débattre de la science et de la technique et des enjeux de société. La démocratie dans la définition des thèmes de recherche, dans la gestion des personnels et des moyens est le gage de l’efficacité. Toute politique industrielle implique de tels efforts pour obtenir des innovations qui profitent aux hommes : production d’énergie, isolation, transports, recyclage des matériaux, traitement des déchets, agriculture économe en énergie… et économie de matières pour une production plus « circulaire ».

Interdisciplinarité et coopération

 

Pour une maîtrise publique de l’énergie, de grands services publics de la recherche sont indispensables. Il est urgent de transformer les « pôles de compétitivité » en « pôles de coopération » pour mutualiser les moyens et les intégrer dans le secteur industriel public de l’énergie. Et créer un établissement public de recherche technologique et industrielle qui s’appuiera sur les organismes de recherche existants tel le CEA où 1 000 personnes travaillent sur les technologies des énergies nouvelles, les centres techniques, les comités régionaux d’innovation et de transfert des technologies… en vue de développer les outils pour assurer un mix énergétique non producteur de gaz à effet de serre. Les axes de recherche sont nombreux et divers et font appel à l’interdisciplinarité et aux coopérations : l’utilisation des courants marins a besoin d’océanographie ; l’hydraulique impose de bien gérer l’eau (hydrogéologie, hydrobiologie,…) ; la géothermie profonde exige de nouvelles techniques pour ne pas produire les effets nuisibles de l’extraction des gaz de schiste ; les énergies solaires (thermique et photovoltaïque) ou les éoliennes impliquent des progrès significatifs dans la qualité des matériaux, le rendement des  panneaux et la baisse des coûts.

 

Dans d’autres domaines, des sauts technologiques sont nécessaires : le stockage de l’énergie et l’amélioration des batteries (véhicule électrique), l’hydrogène (pile à combustible) qui peut devenir un vecteur énergétique important. Le développement des nanosciences et des nanotechnologies est incontournable. Des progrès sont en cours dans la miniaturisation et les économies de matière, les transports moins gourmands en énergie, les capteurs, la conductivité électrique, l’isolation des bâtiments,… L’étude des matériaux à l’échelle « nanoscopique » est essentielle pour le secteur énergétique (comportement des matériaux sous irradiation, systèmes énergétiques « bio mimétique » à l’échelle de la protéine, les cellules photovoltaïques, etc.). Ces technologies modernes sont indispensables pour améliorer et adapter les réseaux de distribution d’électricité et gérer correctement l’offre et la demande.

 

Le charbon qui, du fait de ses réserves tiendra encore longtemps une place importante, a besoin d’expérimentation dans le piégeage, le stockage et le recyclage du CO2 et ce, dans le cadre de coopérations internationales (1 000 chercheurs et 70 instituts travaillent cette question dans les programmes de l’Alliance européenne de la recherche énergétique).L’utilisation des résidus agricoles, des sous produits de la forêt (d’ou l’importance de l’ONF2), de la décomposition de plantes entières peuvent être utilisés comme biocarburants de deuxième génération au lieu de gaspiller des terres et des denrées utiles à l’alimentation. Il est important que ces procédés nouveaux puissent être viables à grande échelle avec des usines alimentées par le solaire ou l’éolien.

 

Au-delà des centrales nucléaires actuelles, à améliorer en permanence, il faut reprendre plus fortement le travail sur les réacteurs du futur (comme le recommande le forum international de IVe génération avec des nouveaux concepts de réacteurs). C’est indispensable pour produire 50 à 100 fois plus d’électricité avec la même quantité d’uranium, pour décroître les volumes et la radioactivité des déchets. La construction d’un prototype est urgente.Depuis des années, le travail des physiciens sur la domestication de l’énergie de fusion se poursuit sans relâche (la fusion des noyaux légers comme dans le soleil donne de la lumière et de l’énergie). Depuis les « Tokomaks » en URSS (1968),  les travaux au Royaume Uni, les rencontres internationales et européennes, le prototype Tore Supra au centre de recherches de Cadarache (Bouches-du-Rhône), les coopérations de l’Europe avec les États-Unis, la Russie, l’Inde, la Chine, le Canada… et maintenant le projet ITER (10 ans de chantier et 20 d’expériences), les études se poursuivent ; c’est un exemple du temps long nécessaire pour certaines recherches sans s’obnubiler sur les bénéfices immédiats ! Il en est ainsi pour la recherche spatiale.

Promouvoir la sobriété énergétique

 

Et ce n’est pas tout ! Toutes les possibilités d’utilisation, des innovations et de temps sont nécessaires pour affronter l’après-pétrole. Les écologues (écologie scientifique) nous alertent sur le manque de moyens pour cette discipline. Il ne suffit pas d’ajouter le préfixe « éco » partout, pour que les connaissances avancent ! Que dire de notre retard dans la toxicologie qui étudie les modalités de fixation et de transfert des polluants et des nanoparticules et leur effet sur la santé humaine ?

 

Il faut avancer en termes de sobriété énergétique afin d’utiliser l’énergie nécessaire et pas afin d’éviter les gaspillages. De manière complémentaire, l’efficacité énergétique a besoin de techniques qui rendent des services en consommant le moins d’énergie possible : le fret ferroviaire, l’électrification avec des appareils moins gourmands, des usages efficaces comme les téléphones portables, les pompes à chaleur ou la cogénération pour utiliser simultanément la chaleur et l’électricité. Le développement de la maîtrise de gestion des risques, la radioprotection, la place des sociétés savantes, des revues et de la culture scientifique et technique, sont des éléments essentiels pour exercer sa citoyenneté en connaissance de cause.

 

Beaucoup d’économies sont à réaliser dans le domaine militaire, la mise en commun des moyens et des connaissances, la transparence, la politique du secret, la « dictature » des créneaux porteurs… Il y a beaucoup à faire pour planifier les urgences, les investissements immédiats et ceux du long terme, qui est le rythme de la science.On voit bien que les « temps courts » du profit, de l’utilitarisme et de la rentabilité immédiate, liés au système capitaliste lui-même, sont incompatibles avec les besoins de recherche dans le domaine de l’énergie comme dans les autres.Ni scientisme, ni pédagogie des catastrophes ou récupération politicienne des peurs et des angoisses, ni techno-phobie, ni fétichisme du marché pour le capitalisme vert… mais une révolution sociale et écologique, une autre conception du progrès pour un développement humain durable.

 

*Luc Foulquier est chercheur en écologie, membre de la commission écologie du Conseil national du PCF.

 

1) CEA : Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives.2) ONF : Office national des forêts.

 

La Revue du Projet, n° 13, janvier 2012

Il y a actuellement 1 réactions

  • Monsieur Foulquier, Tout ce

    Monsieur Foulquier,

    Tout ce que vous énoncez est vrai sauf que ces recherches d'Etat ont abouties depuis longtemps, notamment auprès des militaires, mais on été enterrées par les mêmes intérêts, notamment l'Etat français lui même qui avec sa TIPP qui lui rapporte 23 milliards par an, ne peut et ne veut aucunement favoriser l'avènement d'énergies alternatives qui ne soient pas centralisées donc taxables en amont par l'Etat.

    Pour info, début 2012, Alors que notre laboratoire de Thomery travaillait sur la Fusion Froide avec des résultats probants en matière d'énergie propre et d'hydrogène, nous nous sommes fait retirée la qualification d'Entreprise innovante, (JEI), notre crédit d'Impôt recherche a été refusé, nous avons bénéficié d'un contrôle fiscal, d'un contrôle URSSAF, et d'un contrôle fiscal sur la société qui finançait les travaux aux fins de les mettre sur le marché dans des délais courts (2 ans).Si dans ces conditions le message n'est pas clair pour nos travaux.... Du coup, comme des milliers de chercheurs, devant un tel accueil, nous quittons purement et simplement le pays, pour des contrées plus accueillante d'une énergie propre, illimitée et pas chère comme l'hydrogène que nous avions réussi à produire en masse. On pourrait croire à un cas isolé, une exception, mais il est de même pour des milliers d'inventeurs ou de laboratoires qui tirent les mêmes conclusions après les mêmes pérégrinations.

    Pour votre information, Le micro éolien et le photovoltaïque n'étaient que des os à ronger lachés par EDF pour ne pas être taxé d'anti écologie primaire, mais il est patente que la filière n'a été que mieux contrôlée et torpillée en 2010 quand il a fallu arrêter ce que les lobbies en place considéraient comme une dérive écologique. Idem pour la filière du micro éolien, idem pour la micro cogénération. Entendez le discours d'EDF actuellement qui vous dit à l'oreille, que la CSPE a augmenté de 30 % en un an à cause des énergies renouvelables, sous entendu revenez vite au tout nucléaire et laissez nous dériver sur l'EPR et Flamainville, même si la rallonge budgétaire que l'on vient de constater se chiffre déjà en milliards....

    Pour avoir été le dernier collaborateur de Jacques BENVENISTE, et l'avoir vu se faire sabrer par l'INSERM elle même, dans sa bataille ô combien légitime en matière de Biologie Numérique, débouchant actuellement du seul fait de l'intervention de personnes privées comme moi même et Luc MONTAGNIER sur des découvertes fondamentales, je peux vous dire qu'il n'y a malheureusement en France du moins, de salut pour les innovations en rupture que par l'avènement de réseaux de micro laboratoires privés, relevant avant tout de la démarche de scientifiques ou d'inventeurs passionnés, entêtés, convaincus, et souvent privés de tout, y compris de subventions et de Crédit d'Impôt Recherche, pour avoir justement osé s'attaquer à des domaines qui remettaient en cause le paradigme ambiant.

    Je rends à cet égard hommage à tous les inventeurs et scientifiques français qui ont subis cette répression, et notamment Jacques BENVENISTE, André GERNEZ, BELJANSKI, Loïc le RIBAUT, Gaston NAESSENS, Philippe LAGARDE, SOLOMIDES, QUINTON.... A leurs équipes, qui ont dû pour la plupart se réfugier en Suisse, en Italie, en Espagne, aux USA, au Canada. Aux scientifiques étrangers qui ont cru dans l'ouverture d'esprit de la France et qui en ont fait les frais, je pense notamment au Dr HAMER qui a payé sa témérité d'établir un lien entre Cancer et Choc psychologique de deux ans de prison à Fleury Merogis, à Nicola TELSA, à Georges LAHKOVSKY, etc et à tous ceux que j'oublie, qui ont du quitter le pays, qui ont connu l'oprobre, qui ont connu pour certain la prison,(BELJANSKI, Loïc le RIBAULT) le démantellement de leur laboratoire( BENVENISTE, BELJANSKI, LAGARDE) la confiscation de leur outils,(GERNEZ, BELJANSKI, BENVENISTE) des mandats d'arrêts internationaux (Loïc le RIBAULT)

    Dans les mois futurs, la France va payer le lourd tribu de ses carences à ne pas avoir sur promouvoir ou retenir les meilleurs de ses scientiques, simplement parce qu'ils avaient découvert ce qu'ils n'auraient pas du découvrir.

    Lisez et relisez à cet égard l'excellent triptyque de Pierre LANCE au sujet des " Savants maudits, chercheurs exclus", et vous comprendrez les propres organismes de recherche d'Etat constituent en cas de découverte des guillotines d'autant plus perverses qu'elles affichent un objet social dans le sens de la recherche et de l'innovation alors que dans les faits, il en va tout autrement.

    Immanquablement, l'INSERM, CNRS, CEA déclencheront l'apoptose des recherches faites en leur sein dés lors que celles ci menaceront le cohérence du paradigme ambiant. Revisiter l'Affaire BENVENISTE, l'Affaire NAESSENS, l'Affaire BELJANSKI, HAMMER, etc et vous verrez si j'ai tort.

    Comprenez que le dogmatisme en matière de "principe de conservation de l'Energie de Carnot" tue radicalement toute ouverture d'esprit sur la Fusion Froide ou l'Energie libre. Que la vision Pasteurienne et mécanique en matière de biologie a mené dans le mur pendant des décennies la recherche Française avant que nous menions en 2005 les travaux avec Luc MONTAGNIER sur les hautes dilutions de filtrats de micro organismes, travaux qui remettent de facto toutes les connaissances actives en matière de contamination et qui adhèrent plus à la vision de Claude BERNARD et de Stanislas BIGNAND sur l'importance du milieu que sur la dangerosité des micro organismes eux même.... Réhabilitant au passage l'Homéopathie d'une manière totalement scientifique. Que la recherche même sur le SIDA s'est vue littéralement leurrée par le rôle indu conféré au virus HIV par cette même vision mécanique.

    Notre système de recherche Français est totalement ensuqué dans des paradigmes qui sont faux, dépassés, et qui obstruent la recherche, l'innovation.

    Regardez en revanche, l'activité totalement libre des forums, des sites en open source, de publications spontanées, des vidéos qui constituent dorénavant le front de la connaissance, de l'innovation, du génie humain, à l'échelle planétaire.

    Même quand nous collons devant les yeux de ces scientifiques Français des résultats probants ou des maquettes fonctionnelles, ils ne les intégrent pas. Regarder la réaction de l'Académie des Sciences en mars 2012, aux travaux et résultats sur l'Autisme relevant de nos travaux sur la Mémoire de l'Eau. Et pour se dédouaner de leur propres carences sur le sujet, ces scientifiques concluent à l'escroquerie, à l'artefact, à la magie (Typiquement John MADDOX, Rédacteur en chef de NATURE qui délègue James RANDHI au laboratoire de Jacques BENVENISTE en Juillet 1988).

    Attendez vous à ce que les réelles innovations de rupture parviennent non pas d'institutions d'Etat officiellement mandatées pour mener ces recherche, mais au contraire de cette "smart grid informelle, cette grille d'intelligence, constituée par des millions de conributeurs de par le monde, qui avancent à pas de géant à chaque nuit, à chaque journée pour débusquer et développer et mettre sur le marché les innovations de demain. Renforcées par les moyens que le crowdfunding leur met à disposition dés qu'ils tiennent une bonne idée.

    Rassurez vous, il y aura de toutes façons de la place pour nos bons vieux scientifiques et nos bons vieux laboratoires, qui mettront bon an mal an une vingtaine d'années, voire plus, à accréditer les thèses et les expériences menées par ces pionniers. Mais en aucun cas, ce ne seront ces laboratoires publics de l'Etat Français qui seront, avec de telles oeillères culturelles, en pôle position sur le front de rupture scientifique, tels que la Mémoire de l'Eau, la Fusion Froide, l'Antigravité, l'Energie libre. C'est une question de génome des scientifiques qui y travaillent, c'est une question de culture, presque de religion.

    En encore, je ne parle là que des aspects scientifiques, et pas industriels. Notre système de recherche est quasiment incapable de migrer ses quelques innovations sur le terrain industriel. Un gachis immense par manque de préparation de nos scientifiques à la chose "industrielle". Quand de plus notre industrie est elle même en plein déliquescence, les probabilités de la France de marquer des points à l'échelle mondiale par son système actuel de recherche relève littéralement du miracle.

    Nous restons campés sur des gloires du passé que nous travestissons à l'envie pour se donner du courage pour l'avenir, en se gargarisant de la qualité de notre schéma de recherche, mais pardon, que ce soit le Minitel, le Concorde, le TGV, le Rafale, ou d'autres "fleurons" de notre recherche ou de notre industrie nous avons grand peine à les exporter.

    Nous vivons encore sur un doux rêve de vendre nos TGV aux Chinois, alors que les nôtres restent en rase campagne plantés dés qu'il fait -5° C, pendant que les Chinois eux, inaugurent la ligne Pekin Lahssa qui culmine à 4000 m d'altitude avec des températures avoisinant - 40 ° C. A ces températures, laisser un train en panne en rase campagne ne pardonne pas et nous serions vite considérés comme des fous furieux d'insister pour vendre nos solutions trop fragiles.

    Aussi, plus tôt que de s'ancrer sur des système obsolètes qui ont donné maintes fois la limite de leur efficacité, tout en coûtant une fortune au pays, il convient à mon sens de privilégier dans la Recherche et l'innovation, le pouvoir latéral des citoyens européens, cher à Jeremy RIFKIN, notamment à travers les réseaux informels de contribution, par un système adapté de financement et de protection de leur savoir faire plutôt que de miser encore sur une recherche étatique totalement centralisée.

    Rallonger la durée de protection des brevets de 20 à ++ années, assurer le cofinancement de ces brevets, notamment dans leur extension à l'étranger, développer des plateformes d'éco entreprises dans des pépignières efficaces, voire dans des anciennes friches industrielles, proches des universités et des entreprises, tout en bénéficiant d'un matériel de pointe en syndication (imprimantes 3D, CNC, matériel d'investigation (scanner, microscope électronique) voilà, à mon sens ce qui doit être fait plutôt que de miser sur une système éculé qui a montré ses limites dés qu'il s'agit d'affronter les vrais enjeux du futur (proche).

    Je serai intéressé pour vous déroulé ce que nous avons découvert avec moins d'un millon d'euro en 7 ans, sans un deniez de l'Etat puisque notre seul CIR a été refusé. Vous constateriez que ce n'est pas une question de moyens financiers mais d'orientation de ces moyens, et que la piste de institutions de recherche de l'Etat n'est qu'un puit sans fond et qu'il faut dorénavant privilégier les nouvelles voies qui s'offrent à nous plutot que de repenser nationalisation de la recherche !!! comme en métallurgie.

    Je reste à votre disposition pour tout renseignement complémentaire au besoin.

    Par Bruno ROBERT, le 14 décembre 2012 à 11:08.