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Questions de méthode, Patrice Bessac

Vous reprendrez bien une part de sondage ? Et allez, allons-y ! La machine à crétiniser le débat public est lancée. Vous êtes priés de ne plus parler que d'une seule chose : qui monte et qui descend ? Vive le journalisme yo-yo... Sérieusement, les sondages sont un indicateur... comme un autre... mais leur hyper-présence dans le débat public en pervertit la nature.

Pas nouveau me direz-vous ? Certes. Mais alors, il faut se faire une idée claire de la manière de rétablir la possibilité de raisonnements complexes alors que l'espace médiatique dominant est une machine à produire un spectacle dont la ligne d'horizon principale est dans le meilleur des cas le métalangage sur les stratégies de manipulation, pardon je voulais dire de communication.

Le journal Libération nous en fournit en ce début d'année un bon exemple avec la publication in extenso de la lettre aux Français de François Hollande suivi du fameux sondage à la une du même journal affirmant que 30% des Français étaient prêts à voter Marine Le Pen. Après ces deux unes, critiquer le Figaro va se compliquer pour Libération.

Revenons à nos moutons.  Où est la porte de sortie pour celles et ceux qui estiment, comme nous, qu'il doit exister en démocratie un espace de débat authentique ?

Personnellement, j'ai changé de point de vue en dix ans. Je croyais naïvement que la solution pour notre combat viendrait principalement d'une meilleure performance dans le jeu audiovisuel. Je ne le pense plus. À mes yeux, il est nécessaire de créer des nouvelles institutions du débat démocratique. Ma réflexion étant loin d'être achevée, j'évoque deux pistes assez classiques mais balbutiantes du point de vue de la pratique réelle.Premièrement, il faut considérer que le rapport direct avec les citoyens constitue notre problème numéro un. Pas seulement distribuer des tracts et coller des affiches, mais établir un rapport constant, durable de débat et de mobilisation. L'étude Terra Nova sur la campagne de Barak Obama fournissait des pistes intéressantes de ce point de vue. En effet ce rapport montrait comment les nouvelles technologies pouvaient devenir l'outil par lequel s'organisait efficacement le retour au terrain, au contact direct, à la mise en mouvement de nos concitoyens et nos concitoyennes. En clair, faire évoluer nos conceptions de campagne dans le sens de la primauté absolue donné à l'activité de proximité.

Cette orientation s'appuie sur un constat : la formation des idées politiques se construit de moins en moins dans la confiance dans les grands médias et les grands vecteurs d'opinion et de plus en plus dans les réseaux humains les plus proches.

Entendons-nous : la question à mon sens n'est pas de faire du porte-à-porte comme des brutes (quoique...) mais que le porte-à-porte, les rencontres de proximité soient en permanence versés au pot commun de la mobilisation à construire. Il faut considérer qu'un lien direct doit s'établir et se perpétuer entre nos organisations politiques et les citoyens.

Deuxièmement, il faut sortir de la réduction de la politique au fait électoral. Les partis politiques ne doivent pas être (seulement...) des machines électorales. Pour notre camp, la question de la coupure des appareils politiques d'avec le peuple est cruciale. La majorité des travailleurs sont des petits employés et des ouvriers qui ont disparu du discours et de la pratique de l'ensemble de la gauche. C'est la force de l'idéologie que d'arriver à faire disparaître ce qui pourtant existe.Il s'agit donc pour nous de placer le peuple, dans sa diversité, au centre du processus politique que nous proposons. C'est l'idée de Révolution citoyenne. C'est l'idée également que certains savants appellent réintroduire le peuple dans le roman national.

 

Quelles en sont les conséquences pratiques ? Considérer d'une part que les luttes locales pour la dignité du logement, contre les fermetures d'entreprises, pour la solidarité avec telle famille expulsée, d'autre part que les processus d'éducation populaire, enfin que le moment électoral forment ensemble notre conception de la politique.

 

Conclusion provisoire. Je ne suis pas certain que cet éditorial apportera beaucoup au lecteur. Mon obsession première est là : alors que les institutions actuelles, notamment médiatiques au sens traditionnel, verrouillent la capacité du débat politique à offrir des chaînes de raisonnement complexe, le salut pour nous me semble être dans la construction d'institutions nouvelles pour le débat et la mobilisation politiques.

 

Pendant un temps, le débat sur le changement des pratiques politiques à gauche, et singulièrement au Parti communiste, s'est fait sur le terrain de la normalisation avec les impératifs de l'idéologie dominante. Les oukases idéologiques divers et variés sur la nécessité de s'adapter aux "couches nouvelles", aux "nouveaux mouvements sociaux", aux "mobilisations en réseau" ont dominé. Le temps du renversement de cette réflexion est peut-être venu : comment se désadapter de l'idéologie dominante pour retrouver la politique ?

La Revue du Projet, n° 13, janvier 2012

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