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David Harvey, Le nouvel impérialisme Les prairies ordinaires, 2010

Par Florian GulliIl existe deux manières d’accumuler du capital. La première, celle que tous les marxistes ont mis au centre de leurs analyses, est l’exploitation du travail. La seconde est « l’accumulation par dépossession », selon l’expression du géographe marxiste américain David Harvey. Ce concept cherche à décrire la façon dont le capitalisme se reproduit selon la logique prédatrice de l’appropriation privative des biens communs : services publics, terres, eau, savoir-faire ancestraux, ressources naturelles, matériel génétique, etc. Marx, en son temps, avait perçu le phénomène dans le fameux chapitre du Capital consacré à l’« accumulation primitive ». Mais ce moyen d’accumulation renvoyait à ses yeux à l’enfance du capitalisme et se voyait peu à peu supplanté par l’exploitation du travail. C’est la raison pour laquelle le marxisme a pu avoir tendance à sous-évaluer cette question. La thèse de David Harvey est la suivante : l’accumulation par dépossession n’est pas un stade du capitalisme (son stade primitif ou son stade suprême), mais une part essentielle et constante de son fonctionnement. Le capitalisme est toujours accumulation par exploitation et par dépossession. La question importante pour comprendre notre présent est alors celle de la relation entre ces deux formes d’accumulation. Jusqu’aux années 1970, le capitalisme fonctionnait de manière équilibrée en recourant aux deux formes d’accumulation. Depuis, l’équilibre semble rompu en faveur de l’accumulation par dépossession. Le capitalisme revient à sa violence originelle. La lutte anticapitaliste ne peut donc se réduire à la lutte contre l’exploitation. Elle concerne en premier lieu aujourd’hui, par exemple en Amérique du Sud et en Afrique, ceux qui luttent localement contre l’appropriation privative de leurs terres et pour le maintien de leur communauté.

Il y a actuellement 1 réactions

  • L'énigme de la capital par David Harvey

    Travailler toujours de son point de vue en tant que géographe économique, "L'énigme du capital» qu'il utilise à l'occasion de la crise financière actuelle pour donner un aperçu longue et très accessible populaire de la théorie du capital. Il analyse ce qu'est le capital, d'où il vient, comment il s'accumule, comment il se rapporte à des marchés, quel est le rôle de la rente foncière et la localisation dans son mouvement (à la fois métaphorique et réel), et combine enfin tout cela dans un politique très convaincante narrative économique. Excellente capacité Harvey pour expliquer l'orientation générale de l'économie politique marxiste d'une manière qui est plus facile à comprendre par le journal de lecture publique et sans utiliser pratiquement n'importe quel de la terminologie spécifique technique du marxisme. Ce n'est pas un mince exploit compte tenu de la nature complexe de la capitale et les différents niveaux d'analyse, il semble exiger d'être parfaitement compris. Harvey ajoute à l'image traditionnelle marxiste son propre accent sur la place et l'espace comme éléments essentiels de médiation en circulation du capital, à la fois économiquement et politiquement.

    Par Wolfie, le 02 October 2012 à 14:46.