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Pierre Laborie, Le chagrin et le venin (La France sous l’occupation, mémoire et idées reçues), éditions Bayard

par Adrien Tiberti

Le titre de cet ouvrage fait écho au film de Marcel Ophuls, Le chagrin et la pitié. C’est un effet recherché car Pierre Laborie étudie la mémoire des années d’occupation en France depuis la Libération, et ce film est pour lui représentatif du soupçon de lâcheté qui pèse sur nos consciences. Les années d’occupation sont désormais décrites comme un moment d’indignité collective où attentisme et collaboration sont l’apanage de la majorité des Français. Ne parle-t-on pas aujourd’hui de « mythe résistancialiste » au point de faire des résistants une petite minorité de héros ?Le livre pose donc la question de la différence entre Histoire et mémoire. La première tente d’établir objectivement les faits du passé et d’en construire des interprétations à partir de démarches scientifiques alors que la seconde n’est que le souvenir autour duquel se retrouvent des groupes sociaux ou même un peuple entier comme dans le cas qui nous préoccupe. Mais cette mémoire n’est pas neutre, bien moins que ne peut l’être l’Histoire. Ainsi pourquoi faire des Français un peuple majoritairement enfoncé dans l’opportunisme, dans le soutien à Pétain ? Les historiens les plus sérieux avancent à pas mesurés sur ces questions car il semble difficile de mesurer objectivement le soutien ou le rejet de Pétain, le soutien à la Résistance ou à la Collaboration. Mais la mémoire véhicule un discours convenu (par les journaux, les manuels scolaires, la télé ou la radio) qui ne fait pas dans la nuance et s’appuie sur le film de Marcel Ophuls.

C’est que les enjeux de la mémoire sont très politiques, ce que Pierre Laborie ne fait malheureusement qu’effleurer. Réserver la Résistance à une mince élite coupée du peuple, accuser les communistes d’avoir construit un « mythe résistancialiste », c’est nier la Résistance comme formidable mouvement social et politique dont le débouché est le programme du CNR mis en place à la Libération et c’est permettre aujourd’hui de détruire ce qui a été construit quand des communistes étaient au gouvernement.Malgré un style souvent illisible où les questions s’enchaînent sans réponses et des concepts bien étranges comme « l’air du temps », ce livre montre que l’Histoire est un champ de bataille idéologique et qu’il nous faut l’investir.

Il y a actuellement 2 réactions

  • le chagrin et le venin

    Adrien Tiberti a lu un livre différent

    Par Fabre Michel, le 17 September 2013 à 17:17.

  • Après un résumé acceptable de

    Après un résumé acceptable de cet ouvrage que vous avez, à juste titre, remarqué, vous dérapez étonnamment.

    Effleurer les enjeux politiques de la mémoire, Pierre Laborie… en êtes vous bien sûr ? Ou n’auriez-vous pas du politique une conception des plus réductrices : celle du seul jeu des rapports de force entre partis.

    Débusquer tous les enjeux politiques de la construction de la mémoire, Pierre Laborie n’a-t-il pas été un des premiers à le faire et n’est-ce pas une des raisons d’être de ce livre ? Dans le rappel plus que bienvenu de « l’affaire Aubrac », un exemple auquel vous pourriez être sensible, l’enjeu politique  n’est-il pas mis en avant, au sens restreint de libre existence des partis mais surtout au plus large, celui des lois qui régissent (ou le devraient) la Cité ?

    Encore un méfait de la lecture rapide : le résistancialisme « mythe construit par les communistes », vous ne trouverez nulle part dans le texte une allégation aussi simpliste ; les gaullistes y ont aussi leur part.

    Les phrases interrogatives vous dérangent ? Dommage, je viens d’en user moi aussi. Savez-vous qu’en bon français elles peuvent valoir affirmation ? Affirmations discrètes et non vociférations au mégaphone… L’élégance du style (je parle pour Pierre Laborie, pas pour moi) serait-elle politiquement incorrecte ? Vous semblez capable de le défendre. Style toujours : vous mégotez sur « l’air du temps »… vous auriez préféré « main stream » ? Et vous ne dites rien de « non-consentement », de la finesse et  de la pertinence de  ce concept.

    Si vous vous lancez dans le combat idéologique annoncé avec de pareilles armes - mauvaise foi,  simplifications outrancières, virulence gratuite - le pire est à craindre.

    Le « champ de bataille » mérite mieux que d’être investi à coup de slogans. Votre « idéologique » a quelques chances de valoir votre « politique »…

    Ne serait-t-il pas plus raisonnable de laisser ce champ aux historiens ? 

       « Il n’y a plus d’histoire quand on ne cherche plus à comprendre, mais seulement à juger ou stigmatiser », Pierre Laborie, p. 42.

    Par averdet, le 15 December 2011 à 09:31.