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Un développement humain durable pour un nouvel ordre international, Jacques Fath*

Si la notion de démondialisation peut avoir un sens c'est celui d'un nouvel ordre international pour le développement humain dans toutes ses dimensions et contre toutes les dominations

 

Certaines réalités ne changent guère au fil du temps : 1 milliard d'êtres humains dans le monde souffrent de la faim, 1,6 milliard n'ont pas accès à une forme moderne d'énergie ; 2,5 milliards ne bénéficient pas d'installations sanitaires ; un enfant de moins de 10 ans meurt toutes les cinq secondes... De tels indicateurs sont en eux-mêmes une condamnation de ce que le capitalisme a engendré dans ce qu'on appelait hier le rapport Nord/Sud.

 

Les indépendances politiques gagnées sur le colonialisme apparaissent bien loin mais le strict minimum de prospérité nécessaire à la vie et à la dignité humaine semble toujours impossible à atteindre pour nombre de pays. Même les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) décidés à l'unanimité des pays membres de l'ONU en 2000, qui devraient garantir un niveau de décence humaine incompressible, ne seront pas atteints à l'horizon prévu de 2015. L'aide publique au développement stagne ou régresse, bien au dessous des nécessités et des annonces tant de fois rappelées (0,7% du PNB) depuis au moins cinquante ans.

 

Des politiques de régression

 

Lorsque le G20 se réunit en sommet des chefs d'État et de gouvernement le 4 novembre dernier, il produit le communiqué habituel. Il n'est question que « des plus vulnérables », des « crises humanitaires », du « manque d'infrastructures », du « rôle crucial de l'aide au développement » et de « nouvelles sources de financement » (seule « nouveauté »... si c'en est une). Pas un mot, évidemment, sur l'essentiel : les institutions financières internationales (FMI, OMC, Banque mondiale...) conditionnent leurs aides et leurs annulations de dette aux pays les moins avancés (PMA) à la mise en œuvre de programmes néolibéraux d'ajustements structurels qui aggravent la pauvreté et les inégalités, qui déstructurent les sociétés et fragilisent les États. Ces politiques de régression se cumulent avec les vulnérabilités de longue durée induites par le sous-développement et par les héritages du colonialisme. Dans de telles conditions, certains États et régions, en particulier en Afrique, sont en processus de déliquescence et restent dans la durée de vastes lieux de non droit, de tensions, d'ingérences multiples, de diffusion d'armements, de conflits armés, de crises internes violentes, de migrations massives...

 

L’enjeu du développement

 

On aurait tort de croire, cependant, que rien n’a changé. Les bouleversements géopolitiques engagés dès la fin des années 80 avec la chute du mur, l'extension du néo-libéralisme à l'échelle planétaire, la montée des émergents, le processus de mondialisation néolibérale... tout cela a profondément transformé la donne mondiale. L'idée qu'il y aurait une politique spécifique des pays développés du Nord face à un Sud identifié comme une réalité d'ensemble cohérente n'est globalement plus d'actualité. La rose des vents géopolitiques Est/Ouest et Nord/Sud du XXe siècle a vécu.

L'enjeu du développement n'est plus seulement celui du Sud. Il est devenu un enjeu mondial dans une très grande diversification de situations nationales ou régionales. Mais partout, pour les moins avancés, pour les puissances émergentes, pour les pays capitalistes développés... le même type de question se pose. Comment sortir des millions de personnes de la pauvreté, de la précarité et de l'exclusion ? Comment ne plus mettre des peuples et des salariés en concurrence ? Comment installer un État de droits politiques, civils et économiques, voire une vraie démocratie sociale ? Comment assurer une maîtrise financière alimentaire, industrielle, technologique, dans un mode de croissance durable ? Comment construire des contextes de sécurité internationale en réglant les conflits et en poussant au désarmement ?

 

 

Des réponses très exigeantes

 

L'alternative se situe de plus en plus entre une configuration dramatique de crise incontrôlable et un mode de co-développement humain durable capable d'assurer la sécurité humaine, la démocratie et le niveau de vie auxquels chaque être humain a le droit d'accéder en ce début du XXIe siècle. Les réponses nécessaires sont très exigeantes. L'option du protectionnisme et du repli national est une régression impraticable. Il faut   une alternative de portée globale à la hauteur pour transformer radicalement toutes les politiques et leurs cadres institutionnels : nouvelle architecture financière et taxes sur les transactions financières, monnaies communes mondiale et zonales, gouvernance multilatérale du commerce mondial, audits et annulations des dettes, croissance solidaire et durable par et pour la création d'emplois qualifiés, coopération dans la recherche, la technologie et la formation, contrats de développement et coopérations d'intérêt mutuel pour dépasser la logique de la compétitivité et des délocalisations, démocratisation des organisations financières internationales et du système des Nations Unies...

Il faut, en vérité, concrétiser ce qui constitue fondamentalement aujour­d'hui une communauté de destin etd'in­­­térêt des peuples. Des peuples qui, aujourd'hui, en Amérique latine, dans le monde arabe, mais aussi en Afrique et en Europe se soulèvent ou se mobilisent et montrent une volonté d'intervenir pour changer leur avenir. L'enjeu démocratique se mêle avec insistance à l'exigence essentielle d'un nouvel ordre international. Si la notion de démondialisation peut avoir un sens c'est donc bien celui d'un nouvel ordre international pour le développement humain dans toutes ses dimensions et contre toutes les dominations. ­

 

*Jacques Fath est responsable du secteur des relations internationales du PCF.

 

La Revue du Projet, n°12, décembre 2011

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