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La mondialisation en chiffres, Clotilde Mathieu*

Désindustrialisation, inégalités, famine…, la mondialisation est sur le banc des accusés. À l’origine, c’était un slogan pour l’union de toutes les nations vers un monde plus sûr et plus prospère, s’appuyant sur l’idée selon laquelle le maximum d’ouverture aux échanges procure le maximum de possibilités de développement. C’était un rêve créé de toutes pièces pour obliger l’ensemble des pays du globe à emprunter le chemin du libre échange, de la mise en concurrence tous azimuts et des surprofits. Ainsi, entre 1948 et 1997, le commerce international a crû à un taux annuel de 6 % quand la production mondiale n’augmentait que de 3,7 % par an. Entre 1985 et 1997, le rapport entre les échanges extérieurs (importations et exportations) et le PIB est passé de 17 % à 24 % pour les pays développés et de 23 % à 38 % pour les pays en développement. Entre 2000 et 2010, le commerce des produits manufacturés a augmenté en moyenne de 4,8 % par an en volume. Le commerce mondial de marchandises représente plus de 15 200 milliards de dollars en 2010 contre 12 100 milliards après la récession de 2009, et 16 100 milliards en 2008, selon les chiffres de l’Organisation mondiale du commerce.

Pourtant, les inégalités Nord-Sud se maintiennent dans les échanges mondiaux. Une partie des pays du Sud restent à l’écart de la mondialisation. Alors que l’Europe de l’Ouest, l’Asie de l’Est et l’Amérique du Nord réalisent 80 % du commerce mondial, l’Afrique avec 14 % de la population mondiale ne représente que 2 % des échanges. Les pays du Nord, grâce à la domination de leurs bourses mondiales (New York, Tokyo, Londres, pour la finance, Chicago pour les matières premières) continuent de fixer les prix des matières premières produites par les pays du Sud (céréales, pétrole, gaz, café, cacao, coton, minerais, etc.).

Les entreprises multinationales des pays du Nord continuent de dominer les marchés mondiaux et délocalisent une partie de leur production dans les pays en voie de développement. Ayant des débouchés immenses à l’exportation, ils ne sont nullement contraints d’augmenter le pouvoir d’achat de leurs employés pour écouler leurs marchandises. De fait, les pays du Sud, émergents ou non, jouent le rôle de clients ou de sous-traitants des grandes entreprises des pays du Nord et les inégalités se creusent. Car au-delà de l’intensité des échanges, c’est surtout l’évolution de leur structure qui marque cette période. La montée du commerce de produits identiques, du poids des firmes multinationales dans le commerce mondial, et la participation d’un nombre toujours plus grand de pays aux échanges, et notamment des pays en développement ont impliqué une évolution sensible de la division internationale du travail. Si bien que la circulation des biens et services se substitue à celle des personnes. Et l’ouverture devient synonyme de concurrence entre les travailleurs du monde entier. La réduction du salaire pour assurer une plus forte rentabilité du capital est alors à l’œuvre au travers de toutes les réglementations émises par les organismes internationaux. Et pour ceux qui n’arrivent pas à se hisser aux niveaux exigés par cette hyper-concurrence, une seule voie : la faillite ou l’exclusion.

En France, selon les études de l’Insee, ce sont entre 13 500 à 36 000 emplois par an qui sont perdus du fait de la mondialisation. Et depuis 2002, le nombre de personnes pauvres au seuil de 50 % du revenu médian a augmenté de 760 000 (+ 20 %) et le nombre au seuil de 60 % a progressé de 678 000 (+ 9 %). Les taux sont passés respectivement de 6,5 à 7,5 % et de 12,9 à 13,5 %. Aux États-Unis, de 2000 à 2010, 15 millions de personnes ont basculé dans la pauvreté, leur nombre passant de 31,6 millions à 46,2 millions. Au total, ce sont 633 millions de travailleurs dans le monde qui vivent sous le seuil d’extrême pauvreté, moins d’un dollar par jour. Alors qu’à l’autre bout de l’échelle, Carlos Slim Helu, le plus riche du monde, vit avec 94 millions de fois le seuil de pauvreté mondial, ce qui représente 18 millions de fois la richesse médiane par adulte.

Mais la libéralisation des échanges est aussi une des causes majeures de la faim dans le monde. Si la part de population mondiale en situation de sous-alimentation a baissé en 40 ans, puisqu’elle était de supérieure à 30 % au début des années 70 pour passer aujourd’hui à 15 %, 925 millions de personnes dans le monde souffrent de faim chronique en 2010, selon l’Organisation des Nations unies.  Les émeutes de la faim qui se sont produites en 2007 et 2008 dans plusieurs pays pauvres importateurs de denrées alimentaires en ont fait un sujet d’actualité brûlant. Elles ont attiré l’attention de l’opinion internationale sur la grave crise qui résultait du renchérissement de produits de base. Cette crise alimentaire couvait depuis que le Fonds monétaire international (FMI), entre autres dispositions pour désendetter les pays notamment de l’Afrique subsaharienne, avait encouragé le développement des cultures d’exportation (éminemment spéculatives) au détriment des cultures vivrières traditionnelles. Au problème de la sécurité alimentaire s’ajoute la pollution des sols par le recours intensif aux engrais et pesticides et la déforestation massive.

 

*Clothilde Mathieu est journaliste à l’Humanité en charge des questions économiques.

Revue du Projet, n°12, décembre 2011

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