La revue du projet

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Changer de logiciel, Arnaud Montebourg*

La démondialisation, c’est le constat que la mise en concurrence de tous contre tous n’est un progrès pour personne, ni au nord, ni au sud.

Le thème de la démondialisation s’est implanté dans l’opinion à l’occasion des primaires socialistes car il est le fil qui relie des millions de citoyens. Les ouvriers écrasés par les délocalisations ou menacés de délocalisations, les chauffeurs routiers mis en concurrence avec leurs homologues des pays de l’est, les téléconseillers des plateformes téléphoniques à qui l’on explique que leur travail pourrait être fait à moindre coût en Afrique francophone, les paysans qui voient arriver sur nos marchés des produits élevés et ramassés dans des conditions de quasi-esclavage, comme les fleurs venant du Kenya ; tous sont concernés.

 

Concept venu du sud et du penseur philippin Walden Bello, la démondialisation bouscule le libéralisme libre-échangiste. On voudrait nous faire croire que la démondialisation, c’est le repli sur soi et la guerre. Nous croyons au contraire que c’est la concurrence sauvage qui pousse les travailleurs d’ici et ceux de là-bas à se menacer, se détester et finalement s’affronter. La démondialisation est l’exact inverse, la respiration d’un monde asphyxié et la possibilité d’une concorde.

 

Un nouvel espace politique

 

La gauche s’est progressivement laissée prendre au piège d’un monde pensé par d’autres et pour d’autres, admettant au fur et à mesure chacun de leurs concepts et de leurs mots. La démondialisation ouvre un nouvel espace politique, créé un imaginaire différent et propose aux citoyens de retrouver le pouvoir de choisir là où ils ne sont pour l’heure que ballotés par des marchés prédateurs et des dirigeants qui ont organisé leur propre impuissance.

 

Qu’est-ce que démondialiser ? À l’évidence, ce n’est pas sortir du monde, mais au contraire créer les conditions d’un échange équitable de par le monde, à travers le respect de règles sociales et écologiques. La démondialisation, c’est l’internationalisme du nouveau siècle.

 

Face aux ravages d’un système économique brutal, la gauche doit se doter d’une nouvelle pensée et d’un projet alternatif pour une Europe enfin utile aux peuples, puisqu'elle aura pour but la convergence sociale et fiscale du vieux continent ; pour une écologie en acte qui consistera à taxer les marchandises produites dans des conditions environnementales scélérates ; pour une politique sociale décourageant le recours au travail des enfants et à la production dans des conditions scélérates ; pour une nouvelle forme de solidarité internationale puisqu’une partie des sommes collectées aux frontières de l’Europe sera reversée au sud pour financer le développement. C’est ce projet-là que le terme de démondialisation recouvre.

Remettre en marche l’industrie

 

Mais je voudrais surtout insister sur l’un des points fondamentaux de la démondialisation : c’est le moyen de protéger l’industrie, l’innovation et l’emploi ouvrier. Ouvrier, ce n’est pourtant pas un « gros mot » avait dit Pierre Mauroy dans la campagne de Lionel Jospin en 2002. L’ambition industrielle nationale s’est arrêtée avec le Concorde et le TGV. Pour être un pays moderne, on nous a répété que la France devait être un pays sans usine, transformé en grand musée ou en parc d’attraction géant. Notre histoire industrielle est alors devenue une litanie de plans sociaux que Nicolas Sarkozy a été incapable d’arrêter. Les salariés de Gandrange s’en souviennent. On nous a expliqué que la mondialisation l’imposait et qu’il fallait rester compétitif en affrontant à mains nues la concurrence déloyale des pays émergents. Sur les chantiers navals qui ont construit le Queen Mary II, pour soutenir la concurrence, on a supprimé la cantine, et les vestiaires. Les ouvriers se changeaient dans le coffre de leurs voitures. La mondialisation, c’est l’autre nom de l’impuissance et de la dégradation. Depuis 2001, plus de 500 000 emplois ont été détruits dans l’industrie. Et avec eux le « travail fier ». Je me souviens que le Parti communiste français défendait le « produire français » avec Georges Marchais. En effet, celui qui ne produit pas est dans la main de celui qui produit. Je me souviens encore qu’avec le concours des résistants communistes et de Maurice Thorez, la France de 1945 a pu gagner la bataille de la production. Pour gagner aujourd’hui cette nouvelle bataille de la production, de l’innovation et de l’industrie, il faut une stratégie nouvelle. L’histoire industrielle de notre pays doit se remettre en marche.

 

*Arnaud Montebourg est député socialiste et président du Conseil général de Saône-et-Loire.

 

La Revue du Projet, n° 12, décembre 2011

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