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Changer le monde, Elisabeth Gauthier*

 

Le terme de « démondialisation » cible essentiellement les évolutions dans la sphère de la circulation du capital et des marchandises en proposant de nouvelles régulations nationales et internationales

Le débat autour de la « démondialisation » a pu prendre de l’ampleur au moment où la « mondialisation » apparaît comme un puissant facteur de crise et où l’échec des dogmes néolibéraux est visible. Il s’agit de fait d’un débat autour des grands principes régissant les évolutions récentes du monde ainsi que des stratégies pour s’y opposer. Dans le monde entier se propagent la contestation des logiques actuelles, l’exigence de démocratie et de profonds changements. L’impact populaire de l’approche proposant une « démondialisation » révèle – malgré les imprécisions et limites du terme – que des « réponses light » face à la crise perdent du terrain. Mais comme dans d’autres débats, comme par exemple croissance/décroissance, les réponses ne peuvent être binaires et se résumer par « pour » ou « contre ».

Émergence d’un nouveau type de capitalisme

 

Depuis la fin des années 1990, un débat assez vif quant au sens et à la pertinence du terme de « mondialisation » traverse la gauche et le mouvement altermondialiste. Un nouveau type de capitalisme – financiarisé et globalisé – avait émergé, régi par un mode d’accumulation et de reproduction dominé par la logique financière et soutenu par la grande offensive néolibérale. L’usage du terme « mondialisation » a permis de conceptualiser les réalités les plus visibles, notamment la libéralisation de la circulation des marchandises et des capitaux.  En réponse, de nombreuses batailles « altermondialistes » se sont développées autour de ces questions (AMI, OMC, paradis fiscaux, taxe Tobin….). En même temps, l’usage du terme « mondialisation » a voilé le cœur de la transformation du capitalisme contemporain, la transformation du mode d’accumulation. C’est aussi la période de la soumission de l’économie réelle à la logique financière, la victoire des actionnaires dans la gestion des entreprises, l’organisation de flux sans cesse plus importants vers les actionnaires et la finance. C’est la période des privatisations massives, de l’instauration du chômage de masse et de la précarisation du travail, de la baisse de la valeur de la force de travail, de la réduction de la taxation des profits et des revenus du capital, de l’assèchement des recettes publiques. Cette logique qui s’étend à travers le monde nous a conduits dans la grande crise systémique actuelle. Elle ne peut se résumer par le concept de « mondialisation ». Par conséquent, le terme de « dé-mondialisation » ne peut identifier la logique alternative que nous cherchons à définir. Le terme de « démondialisation » cible essentiellement les évolutions dans la sphère de la circulation du capital et des marchandises en proposant de nouvelles régulations nationales et internationales. Or, « changer le monde » suppose de transformer la totalité des rapports sociaux, de s’émanciper de l’ensemble des dominations dont celle du capital sur le travail.

Une stratégie de transformation globale

Si on veut faire reculer le pouvoir des grands actionnaires et des marchés financiers, il faut développer une double stratégie pour les prendre en tenaille : d’un côté des régulations réellement contraignantes pour les banques, le crédit, les marchés financiers, la circulation des marchandises et des capitaux, et de l’autre une grande offensive de revalorisation du travail et des salaires, de relance de l’économie réelle dans le sens d’un nouveau développement social, solidaire et écologique. Avancer selon ces deux axes suppose de changer les pouvoirs, d’inventer une nouvelle qualité de la démocratie. Un certain nombre de mesures dans une telle stratégie de transformation globale pourraient éventuellement être qualifiées de « démondialisation » sélective, mais l’ambition dans son ensemble ne peut se réduire à cet aspect des choses. Pour prendre un exemple : la mise en concurrence des salariés et des territoires s’organise aujourd’hui au sein de chaque entreprise, de chaque groupe, sur chaque territoire. Face à l’insécurisation des conditions de leur existence, les salariés, chômeurs ou retraités, les jeunes, les migrants, les femmes et les hommes, l’ensemble des populations ont besoin de multiples protections face aux logiques de plus en plus destructrices, dans l’entreprise, dans la localité, au niveau d’un pays ou de l’Europe, à l’échelle mondiale.

 

Dans ce débat sur les moyens de changer de logique, il importe également de considérer les changements intervenus au sein des États-nations. Nous sommes aujourd’hui très loin des « États sociaux », garant d’un modèle social relativement intégratif. En Europe, la logique de « market-state » (État pour le marché) a pris le dessus, avec des institutions excluant de plus en plus et une représentation politique de plus en plus éloignée de la volonté des citoyens. Les États-nations ne constituent par conséquent pas tels quels des protections mais participent du démontage social et démocratique.

 

Vouloir changer le monde suppose une stratégie de rupture avec la logique actuelle partout où elle sévit. Il s’agit de modifier partout où c’est possible les rapport de forces, les pouvoirs, les politiques afin de contribuer à bâtir une nouvelle civilisation, une civilisation solidaire.

 

*Elisabeth Gauthier est chargée des enjeux de la mondialisation au Conseil national du PCF, directrice d’Espaces Marx, co-éditrice de la revue Transform !

 

Une crise de civilisation ? Les contributions d’un colloque en janvier 2011 sont publiées dans un Supplément de Transform ! 2011. 220 pages. Voir aussi http://www.espacesmarx.net/spip.php?article703Espaces Marx organisera samedi 28 janvier une journée d’étude « Que révèle le débat sur la démondialisation ? Comment concevoir une alternative aux logiques complexes du capitalisme financiarisé et mondialisé ? »

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