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Quelle(s) (dé)mondialisation(s) pour un projet émancipateur ? Renaud Boissac*

Poser la question de quelles (dé)mondialisations pour un projet émancipateur montre à quel point la gauche politique, mais aussi associative et syndicale, se retrouve face à un enjeu majeur : quelle alternative proposer face à la gravité de la crise du capitalisme, dans sa forme actuelle : financiarisé et mondialisé ?

Arrivée à grands renforts médiatiques à l’occasion des primaires socialistes, l’idée de démondialisation, soufflée de manière discrète par quelques-uns auparavant, est venue chambouler le débat à gauche. Portée par le score d’Arnaud Montebourg, alimentée par des débats au sein des mouvements altermondialistes, la popularité de ce concept traduit aujourd’hui le besoin d’une part croissante de la population de trouver des réponses face aux effets désastreux de la crise. Ainsi, les délocalisations, le chômage, la précarité apparaissent non pas comme les conséquences du capitalisme mondialisé mais comme les conséquences de la mondialisation elle-même. En outre, cette idée, pouvant se définir comme un retour « sur les libéralisations généralisées : en tout premier lieu celles des marchés de biens et services et celles des circulations de capitaux » (Frédéric Lordon), se caractérise par certaines “mesures-phares” telles que les relocalisations et la reterritorialisation de la plus-value et des profits des firmes, un retour à l’idée de l’État-Nation comme expression privilégiée de la souveraineté populaire, la ré-industrialisation, des droits de douane sélectifs et ciblés, la taxation sérieuse des activités financières... La démondialisation se construit donc sur une critique ferme du libre-échange et de la dérèglementation financière, coupable de porter atteinte aux droits sociaux et à l’environnement. Elle s’attache à dénoncer le mythe d’une mondialisation « heu­reuse », qui aurait permis le développement des pays du sud. Dès lors la démondialisation se traduit in fine par une cristallisation des angoisses populaires envers la mondialisation et /ou l’Union Européenne.

La construction de l’alternative demande cependant d’adopter une certaine cohérence idéologique. Ne pas opposer, par exemple,  la régulation financière et la bataille pour l’emploi. Au contraire, l’ensemble de la gauche – syndicale, associative et politique – qui conteste l’offensive ultra-libérale doit être en mesure de travailler communément dans les luttes sur des mesures de régulation des marchés et de l’actionnariat, de protections écologiques et sociales comme sur un nouveau mode de production, avec l’ensemble des exploités, de l’agriculteur africain au salarié européen.

L’intérêt est donc de créer du commun en dépassant l’idée que la critique du capitalisme financier et mondialisé doit se travailler indépendamment entre associatifs, syndicalistes et politiques mais que face à une droite de plus en plus extrême qui divise la classe exploitée entre les pays, les origines... les différentes composantes doivent être en capacité de se rassembler autour d’une analyse de classe.

Non pas proposer un simple protectionnisme face à d’autres États vus comme des « adversaires » mais faire émerger un peu partout de nouveaux droits pour les salariés, les jeunes, les populations.

Non pas se replier sur nos frontières, mais permettre la reconquête du politique face à l’économique grâce à une démocratie et une République refondée qui intègre à tous les niveaux les citoyens aux prises de décision donc grâce à une souveraineté populaire retrouvée.

Non pas incanter une sortie de l’euro, mais poser l’urgence d’un nouveau rapport capital/travail et de la sortie du néolibéralisme et du productivisme à outrance. Quand a-t-on vu que les pays non membres de la zone euro étaient plus protégés des logiques du capitalisme ?

Non pas seulement réindustrialiser, mais changer les rapports de forces au sein de l’entreprise comme le contenu même de l’industrie.

Toutefois, l’apparition du concept de démondialisation permet de mettre au cœur du débat public l’idée d’un projet alternatif, l’idée que la mondialisation ultralibérale ne serait pas la fin de l’histoire. Certaines propositions sont en outre intéressantes et méritent d’être discutées car même si les finalités divergent, des convergences existent.

Un projet émancipateur demande donc de s’inscrire dans un processus général. C‘est aujourd’hui tout l’enjeu face auquel se trouve la gauche de transformation sociale. Conquérir le pouvoir sur le capital en articulant nécessairement les luttes et mouvements sociaux au travail d’élus dans les institutions, à tous les niveaux (local, national, européen).C’est là la leçon qu’il faut tirer des différentes luttes en Grèce, en Égypte ou en Espagne.

*Renaud Boissac est coordonnateur du dossier « Démondialisation ».

 

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La Revue du Projet, n° 12, décembre 2011        

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