La revue du projet

La revue du projet
Accueil
 
 
 
 

Vivre la fin des temps. Flammarion, 2011 Slavoj Zizek

Par Florian Gulli

 

Le fatalisme du pire croit que les chances d’une transformation sociale s’accroissent à mesure que les situations se dégradent. S’il n’y a pas de révolution, ce serait parce que nos vies seraient encore trop confortables. On aime tant les bouleversements radicaux qu’on en vient vite à souhaiter la misère pour tous. Ce livre a le mérite de rappeler que la fin des temps peut se vivre de plusieurs manières dont la plupart n’ont aucune portée politique émancipatrice. Zizek évoque, entre autres, deux manières d’affronter les tragédies sociales. D’abord le déni, le refus d’accepter la réalité. L’utopie libérale multiculturaliste est le nom de cette réaction qui voit dans l’intolérance et les préjugés moraux des plus conservateurs les seules causes de nos maux. Nul péril réel par conséquent, seulement des manières archaïques d’appréhender la réalité nouvelle. Cependant, cette négation de la catastrophe présente participe elle-même de la catastrophe. La chasse à l’intolérance produit une société suspicieuse condamnée à voir le crime partout. N’importe quel discours peut être perçu comme du harcèlement dont on cherchera à se prémunir par le droit. Les sociétés libérales, loin de l’ambition originaire du libéralisme, croulent sous les règles légales et morales. Une autre réaction typique est la dépression, c’est-à-dire le renoncement et le repli sur soi. Si le « capitalisme du désastre » décrit par Naomi Klein peut considérer l’état de choc des populations comme des occasions de profits, c’est parce que les blessures traumatiques produisent des formes de subjectivités totalement désimpliquées du monde, incapables de s’y rapporter de manière active. Le sujet post-traumatique est le sujet à son niveau zéro, une sorte de maison vide, prête à subir, dans la passivité, la fin des temps. Les crises graves n’engendrent pas mécaniquement des mouvements émancipateurs, mais à l’inverse elles ne les empêchent pas. Au déni et à la dépression, Zizek oppose ce mot de Mao : « Tout se trouve en grand désordre sous le ciel, la situation est excellente ».

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.