Par Agnès Schwab
François Ruffin est journaliste à l’émission « Là bas si j’y suis » sur France Inter et au Monde Diplomatique.Son livre nous interpelle, nous communistes, dès les premières pages. C’est en effectuant des recherches sur internet autour de Marie-Georges Buffet et la luttes des classes qu’il trouve non pas un discours de la secrétaire nationale de l’époque mais la citation de Warren Buffett, avec deux t, (ce même W. Buffett dont on parle tant ces jours-ci à propos de sa proposition de taxer les riches) : « La lutte des classes existe et c’est la mienne qui est en train de la remporter ». Cette phrase sera le déclencheur du livre. Pourquoi le terme de « luttes des classes » a-t-il disparu à gauche ? À partir de cette question, Ruffin décrypte les formules, le vocabulaire en cours : modernisation = régression, internationalisation = délocalisation… Et il piste le glissement dans les discours des dirigeants socialistes, l’abandon d’un certain vocabulaire : capital…, place au dialogue, à la réconciliation… Les extraits de discours et relevés d’émissions n’ont pas besoin de commentaires tellement ces paroles ne répondent pas aux préoccupations, aux révoltes de ceux à qui elles devraient s’adresser. Les socialistes ne sont plus porteurs du combat des classes populaires. Ce n’est pas F. Ruffin qui le dit mais les urnes : 49% des ouvriers et employés, 42% des non diplômés ont voté pour S. Royal, 58% des électeurs « qui ont arrêté leurs études avant 20 ans » ont voté pour N. Sarkozy en 2007.F. Ruffin espère, implore, une réaction. Rien, bien au contraire ! S. Royal le 6 mai 07, lendemain de la défaite : « Il va falloir que le PS révise un certain nombre de ces dogmes ». B. Julliard : « Une gauche qui est trop à gauche », « un programme élaboré par les plus gauchistes du parti ». Devant tant de renoncement, la charge du journaliste devient terrible, surtout envers Vincent Peillon, le roi du discours moderniste dont (selon l’auteur) chaque soumission est convertie en une preuve d’audace, de courage.Les conséquences, elles, sont exposées dans la quatrième partie quand Ruffin revient dans sa région de Picardie où cette classe ouvrière (car elle existe) perd sa conscience, perd ses repères. Et donc perd ses armes pour se battre. Il conclut par un vibrant hommage à Jaurès qui disait : « Ce que la vie m’a révélé, ce n’est point l’idée socialiste c’est la nécessité de combat ». Gageons que la problématique de La guerre des classes restera d’actualité pendant la campagne de 2012.
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