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Trans : là aussi l’humain d’abord !

Avancer dans l’émancipation humaine en refusant le formatage et en reconnaissant la multiplicité des cas.

La récente « marche Existrans » le 1er octobre dernier a – pour un trop bref moment – braqué quelques projecteurs sur la vie difficile des personnes trans. À bien des égards, tout leur est refusé, chaque pas en avant vers la reconnaissance de ce qu’est chacune d’entre elle, dans sa complexité particulière, tient de l’exploit. Voilà des êtres humains qui, dès leur naissance et l’éveil de leur conscience, se sentent d’un genre différent de celui qu’on leur a donné lorsqu’ils sont venus au monde, au vu de leur physique. « Pas normal ! » proclame-t-on dans cette société où la norme n’est que l’expression de l’idéologie dominante et l’exigence de formater l’humain pour servir les puissants. Alors, c’est pathologie et psychiatrie, tutelle médicale et diktat bureaucratique de l’État, stérilisation forcée ou pas de papiers… et toujours du fric, du fric, du fric.

 

Pénaliser la transphobie

 

Le PCF est fier d’être depuis plusieurs années – par le biais d’une proposition de loi de Marie-George Buffet – à l’initiative d’exigences de pénalisation et de luttes contre la transphobie génératrice de souffrances, de violences et de meurtrissures ; transphobie dont l’État lui-même donne en quelque sorte l’exemple en corsetant et bâillonnant ces hommes et ces femmes comme je viens de le souligner. Mais nous devons aller plus loin.Constatons en premier lieu que la dépsychiatrisation annoncée en mai 2010 par la ministre de la Santé de l’époque, Roselyne Bachelot, n’a rien changé à la relation entre la personne et les médecins qui ont à voir avec son dossier. La décision appartient toujours à ces derniers. Unilatéralement, cet arbitraire doit être banni. Il est contraire à la citoyenneté qui appelle la résolution de tels problèmes. La mise en œuvre de ce concept – inédit de ce point de vue – pourrait, dans chaque cas, se traduire par l’installation d’un atelier où, avec les différents médecins ad hoc, la personne concernée recevrait les moyens de construire, assumer et réaliser sa décision dans toutes les dimensions par elle voulues.

 

Refonte des processus et principes judiciaires et administratifs

 

À l’évidence, cela suppose des formations universitaires spécialisées et nécessaires, la prise en charge des soins par la Sécurité sociale, une totale refonte des processus et principes judiciaires et administratifs – longs et coûteux d’inadmissible façon – concernant l’identité de genre et ses changements. Certains aspects évoqués peuvent prendre du temps ? Raison de plus pour s’y mettre au plus vite et pour l’heure assurer l’accès aux dispositifs existant à l’étranger avec les prises en charge nécessaires et la reconnaissance juridique et administrative immédiate et gratuite dans notre pays, une fois établi le parcours décidé.

Assurer la protection des migrants

 

La France jouerait ainsi un rôle majeur pour en finir avec l’intolérable que constitue la classification des spécificités trans dans la liste des maladies internationales dressée par l’OMS. Patrie des droits humains, elle doit aussi assurer la protection des migrant-e-s trans au lieu de les renvoyer dans leur pays d’origine lorsque la prison, la lapidation ou encore la mort les y attendent.Enfin, aborder cette question, c’est aussi et surtout souligner la multiplicité des cas. Nous l’avons dit : refus du formatage. Certains, certaines souhaitent aller « jusqu’au bout » d’un parcours trans et changer à tous égards de sexe. D’autres souhaitent autre chose et veulent être reconnu-e-s d’un autre genre que celui avec lequel on les a marqués. La notion de « genre social » doit intervenir dans notre législation ! Là aussi, créer du neuf est à l’ordre du jour afin que pour ces personnes comme pour toutes les autres, ce soit d’abord l’humain qui compte.Avancer ainsi dans l’émancipation humaine – car c’est bien de cela qu’il s’agit, même si là, le chemin est plus étroit et escarpé que d’autres, donc plus dur à défricher – telle doit être l’ambition des communistes, et l’annonce de la préparation d’une proposition de loi par Marie-George Buffet avec le concours des associations concernées va y contribuer.C’est une exigence de notre temps.

 

Richard Sanchezmembre du CN du PCF, en charge des questions LGBT.

 

La Revue du Projet, n° 11, octobre-novembre 2011

 

 

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