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Sarkozy a-t-il déjà perdu la présidentielle ? Alain Vermeersch

Au lendemain de la défaite de la droite au Sénat, l'ensemble des commentaires posait cette question. Un tour d'horizon des propos de la presse et un aperçu des querelles des droites.

La droite a peur… mais Sarkozy ira à la bataille

 

En Une France Soir annonce «  A-t-il déjà perdu ? » « Peut-il encore espérer faire un second mandat à l’Elysée ? Si l’on s’en tient aux éléments dont on dispose aujourd’hui, la réponse à cette question est non », affirme le journal. L. Joffrin estime «  Il a perdu parce qu'il mérite de perdre. Sa politique de baisse d'impôts et de retrait de l'Etat a débouché sur la crise financière que nous connaissons » (RTL 27/09). « La droite a peur », constate Libération en Une (27/09). « Sonnée par sa déroute historique aux sénatoriales, l’UMP cherche à enrayer la spirale de la défaite à sept mois de la présidentielle. » Attention toutefois, prévient Libération, la gauche ne doit pas claironner pour autant : « L’alternance n’est pas acquise en 2012, même si, à droite, c’est la dévastation » G. Courtois, Monde.fr (29/09) le pense « Il est trop tard pour que la droite imagine un scénario alternatif à une nouvelle candidature du président. Cela la mettrait dans une position de faiblesse impensable. » Mais estime-t-il “ Ces résultats témoignent d'une perte d'autorité du chef de l'Etat sur sa majorité. “ Certes, comme le rappelle le directeur de Libération N. Demorand, "l’alternance n’est pas acquise en 2012, même si, à droite, c’est la dévastation". Le Figaro, par la voix de P-H. du Limbert, martèle le même message : "la meilleure façon de perdre une élection présidentielle, c’est de se persuader qu’on l’a déjà perdue" et "le meilleur défenseur de N. Sarkozy, c’est N. Sarkozy" qui "se doit de réaffirmer le cap s’il ne veut pas que le parti majoritaire entame la campagne présidentielle avec un moral de vaincu". Et le journal d’appeler à un sursaut : “ les électeurs de l’UMP ne lui demandent pas de battre sa coulpe, ils lui demandent de donner des perspectives et d’expliquer ce que peut et ce que doit faire la France dans un monde en crise. “ La Croix partage cet avis : « des sénatoriales et une présidentielle ne se ressemblent pas. Ni le mode de scrutin des unes ni la personnalisation de l’autre n’autorisent beaucoup d’extrapolations. Après cette victoire, la prudence s’impose donc à gauche. » R. Dély écrit dans le Nouvel Observateur (27/09) « Pour s’imposer à son camp, N. Sarkozy n’a jamais joué sur la corde sensible. Il n’a pas vraiment cherché à séduire les élus de droite ; il s’est imposé à eux parce qu’il s’en est fait craindre et respecter. Il les a fascinés, galvanisés et, surtout, conduits à la victoire. Le problème, c’est que la machine à gagner s’est faite boulet. Piégée par l’esprit de la Ve République qui lui interdit de songer à changer de cheval si près du but, il n’est plus qu’un totem devant lequel l’UMP se prosterne pour se sauver, le dogme de l’infaillibilité sarkozyenne, cette croyance quasi-magique dans la capacité d’un (sur)homme à vaincre seul, envers et contre tous. Le souci c’est que même à droite, il n’y a plus guère qu’un individu à y croire encore. »

 

C'est la première fois depuis 1958 que la droite perd le Sénat

 

La droite constate que Sarkozy avait déjà perdu toutes les élections intermédiaires depuis 2007 : municipales, européennes, régionales, et maintenant sénatoriales. Une série noire dans une période sombre avec l’affaire Karachi et ses rebondissements désormais quasi quotidiens, la hausse du chômage, la crise budgétaire... Les difficultés s'accumulent et la grogne aussi. Les premiers coups sont partis hier soir. Le sénateur UMP P. Marini a brisé le tabou : poser la question d'un autre candidat pour l'UMP que Sarkozy, c'est une « question légitime », a-t-il dit. (RFI 26/09) Mais elle nie la comparaison avec la présidentielle. « Ça n'a pas de conséquences au niveau des électeurs et électrices qui vont élire le président de la République », estime ainsi P. Ollier, le ministre des Relations avec le Parlement. « Ça a simplement une valeur symbolique. Mais je reconnais que ça ne nous fait pas plaisir. Nous avons cru sincèrement que nous pourrions garder la majorité, mais nous ferons avec. C'est vrai que c'est un changement qui, sur le plan symbolique est fort, mais qui n'a pas de conséquences directes pour 2012 » (RMC 27/09)Dans le Télégramme de Brest (27/09), H. Couturier constate « l'enchaînement des élections intermédiaires régulièrement perdues dessine les contours d'un vote-sanction constamment réitéré par les Français. Plusieurs conséquences secondaires peuvent en être tirées comme l'inscription désormais impossible de la règle d'or budgétaire dans la Constitution. Ou encore le parachutage compromis de F. Fillon à Paris. Mais il faut reconnaître que la crise demeure l'élément majeur du trouble des Français auxquels l'actuel président avait promis de « travailler plus pour gagner plus ».. De surcroît, malgré la multiplication des réformes et son activisme diplomatique, N. Sarkozy ne donne pas toujours les clés de ce qui se passe. Tant pour la dépendance à l'égard des marchés que pour les contraintes qui pèsent sur la politique dans une économie mondialisée. Entre l'affirmation des pays émergents que le libéralisme n'effraie pas et les vertus d'une régulation qui protégerait les salariés sans tuer la production, il y a sans doute une palette d'options et une voie moyenne à trouver. Ainsi, l'élection présidentielle se jouera-t-elle sur la crédibilité. N. Sarkozy, qui ne s'est toujours pas déclaré, ira-t-il jusqu'au bout? »

 

Les dissensions à l'UMP

 

Médiapart (26/09) a mené une enquête auprès de secrétaires départementaux UMP. Le moral n'est pas au beau fixe. « À huit mois de la présidentielle, ils sont inquiets, conscients que la réélection de N. Sarkozy sera « difficile » car il « a suscité des déceptions ». Nommés par la direction nationale, ils en dépendent et leur liberté de parole n'est donc pas franchement libre. Bernadette Thiébaut, à la tête de la fédération du Bas-Rhin, a une drôle de formule pour le dire : « J'ai la parole libre dans la mesure où je suis d'accord (avec la direction de l'UMP). Sinon je m'en vais. ». Marie Aphatie, secrétaire départementale de la fédération des Landes et ouvrière : « Copé n'est pas Sarkozy ! Ça ne démarre pas. La dernière fois (en 2006), on avait déjà mis la machine en marche. On avait des ordres qui venaient d'en haut, des référents partout (qui faisaient remonter les contributions au national), chaque adhérent recevait une lettre de Sarkozy. On a perdu des adhérents l'année après l'élection. (...) L'erreur a été de supprimer le poste de président de l'UMP », tranche-t-elle. « On a connu une sacrée hémorragie, explique le député du Nord Thierry Lazaro. On était entre 9.000 et 10.000 en 2007, je ne sais pas si on est 3.000 aujourd'hui. La pente est difficile à remonter », raconte-t-il. Au Campus UMP de Marseille, début septembre, des militants s'inquiétaient du retard de l'UMP dans la bataille des idées. « Ce projet de Le Maire est inexistant. J'ai été déçu par son discours à Marseille, deux heures pour rien! », déplore Jérôme Dumont (Meuse). « Il a donné quelques grandes lignes, c'est totalement insuffisant, ça manque de souffle », estime Jean-Sébastien Vialatte, rappelant que « le projet de l'UMP et celui du candidat sont deux choses différentes ». Parmi nos interlocuteurs, deux voies apparaissent clairement pour 2012. Certains imaginent une « campagne très à droite ». « Sarkozy doit être un président rassembleur », explique le député du Nord T. Lazaro, mais « la meilleure façon de ne pas trahir, c'est d'être à droite, il ne fera pas croire qu'il est ailleurs ». Pour gagner, répètent-ils, « il faudra un mix des trois fondements: immigration, sécurité, justice sociale ». Par justice sociale, ils entendent d'abord « taper sur l'assistanat ». « Le débat sur la laïcité, ça nous a gonflés, les militants sont lassés de cela, raconte Jérôme Dumont, de la fédération de la Meuse. On est un département rural, on n'est pas touchés par l'immigration, mais en revanche de plus en plus de gens touchent le RSA et ne font rien, ça c'est un vrai sujet.» D. Reynié est pessimiste (Le Monde 28/09) «  Le PS est devenu un parti modéré, central, voire centriste. C'est comme ça qu'il peut gagner en 2012. Plus un seul candidat sérieux à la primaire ne conteste la nécessité de lutter contre la dette et les déficits. C'est une révolution dont la droite n'a pas mesuré l'importance ni les conséquences pour elle. Un PS central mord sur les terres de l'UMP ». Selon lui la droite « est allée d'errance doctrinale en erreurs stratégiques. L'UMP ne peut pas prendre le risque de subir une saignée sur ses deux flancs : à gauche victime du PS, à droite victime du FN. L'autre problème est le rapport au populisme. Le débat sur la laïcité, la loi sur la burqa, le discours de Grenoble ont été contre-productifs : ils ont créé un malaise au sein de l'électorat modéré. »

 

La droite populaire se recompose

 

« La création d'une carte Vitale biométrique pour lutter contre ceux qui fraudent à la sécurité sociale, la mise en place d'un service civique de la nation pour chaque jeune entre 16 et 18 ans, davantage de cours d'Histoire de France à l'école, la suppression de l'aménagement systématique des peines de prison... Voilà quelques-unes des 12 propositions pour 2012 que dévoilera la Droite populaire avant la fin du mois. S'activant jusqu'à présent uniquement à l'Assemblée, celui-ci va devenir une branche de l'UMP, à laquelle tous les Français et tous les élus, y compris ceux qui ne sont pas adhérents du parti majoritaire, pourront adhérer. « Nous allons nous ouvrir à tous ceux qui se reconnaissent dans une droite sans complexes », annonce T. Mariani.. Son seul objectif: la réélection de N. Sarkozy en 2012. Et, pour ses animateurs, celle-ci ne se fera qu'à une condition : l'ancrage à droite du président candidat..  Mariani et ses compères n'ont pas oublié que, si N. Sarkozy est à l'Elysée, c'est parce qu'il a siphonné les voix de J-M. Le Pen. Depuis le début du quinquennat, ils ont vérifié, à l'occasion de chaque élection locale, que l'ouverture à gauche entreprise par le chef de l'Etat n'avait jamais rapporté la moindre voix. » (Paris Match 15/09)

 

Le FN à l'affût

 

La crise qui secoue la majorité est un scénario rêvé pour le Front national, qui mise à terme sur une implosion de l'UMP et compte bien tirer profit de ces dissensions dans la perspective de la présidentielle et des législatives. — Qu'il s'agisse du débat sur la laïcité ou des consignes de vote pour le second tour des cantonales, entre « ni FN, ni front républicain » ou « front républicain » — l'attitude à adopter face au parti d'extrême droite et à ses thématiques favorites suscite des épisodes récurrents de cacophonie à l'UMP. Cette fois, elles mettent en scène les plus hauts représentants de la majorité, comme F. Fillon, sur fond de défaite aux cantonales. Dans le même temps, le parti d'extrême droite, donné moribond en 2007 et en 2008, a retrouvé à la faveur des sondages et de ses résultats électoraux sa capacité à polariser autour de lui le débat politique. Plus confiante que jamais, M. Le Pen prédit ni plus ni moins une « implosion » à l'UMP, dont elle se veut au moins pour partie à l'origine. « Pour nous, le bénéfice essentiel de l'ensemble de ces débats » sur l'immigration ou l'insécurité, « c'est que ça met en lumière l'absence totale de résultats du gouvernement », affirme la présidente du FN à l'AFP l'(29/09). Mais ces débats « mettent également en lumière les fractures idéologiques au sein de l'UMP. » Moi, j'agis comme un révélateur, au sens chimique, de ces fractures », assure-t-elle. Au-delà des questions de stratégie politique, « le FN est en train de précipiter une crise sur une question fondamentale : la définition de l'identité française telle que doit la concevoir la droite », estime, auprès de l'AFP, J-Y. Camus, chercheur à l'Iris et spécialiste de l'extrême droite. « La droite n'a pas compris ou feint de ne pas comprendre que la définition de l'identité nationale que donne le Front national est une définition contraire à un peu plus de deux siècles de tradition républicaine et qui est fondée sur le contrat », ajoute-t-il, en citant le concept de « préférence nationale » défendu par le FN. « L'UMP est dans un étau », poursuit F. Dabi, directeur du département opinion publique de l'Ifop: « d'un côté, les électeurs du centre ne peuvent pas se reconnaître dans la séduction de l'extrême droite, et de l'autre, on a une part croissante d'électeurs qui sont tentés par le FN ». M. Le Pen assure que pour les législatives de 2012, la marque « Front national » laissera la place à un « rassemblement des patriotes de droite et de gauche », dont elle dit ne pas avoir encore décidé quel nom il prendrait.

 

 La Revue du Projet, n° 11, octobre-novembre 2011

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