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Droits nouveaux contre capitalisme financier, Eric Corbeaux*

Il nous faut avoir l'ambition de trois exigences politiques de conquête de pouvoir : sur les institutions, sur l'argent et sur la gestion des entreprises

Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste français déclarait, lors de la Fête de l'Humanité : « Nous voulons de nouveaux droits pour les travailleurs, nous voulons des pouvoirs pour la gestion des entreprises, nous voulons la démocratie sociale, car sans elle, la gauche se brisera sur les puissances de l'argent ». N'est ce pas l'une des conditions majeures pour redonner le pouvoir au peuple sur le terrain stratégique des lieux de travail !Quand nous écrivons dans le programme populaire partagé que les institutions ont éloigné le pouvoir du peuple, provoquant une grave crise démocratique nous expliquons là une des raisons de l'abstention. Mais ne faut-il pas souligner également l'éloignement des décisions stratégiques des entreprises hors des murs du groupe, à l'échelle mondiale où de plus en plus les marchés financiers dictent les choix industriels. En pleine crise du capitalisme structurant une situation sociale catastrophique, pouvons-nous convaincre de placer "l'humain d'abord" sans nous attaquer aux pouvoirs des banques et des actionnaires ? Il nous faut avoir l'ambition de trois exigences politiques de conquête de pouvoir: sur les institutions, sur l'argent et sur la gestion des entreprises. Sinon, point de salut possible pour la gauche qui se fracassera sur les marchés financiers. La constitution dispose, en alinéa 8 du préambule de 1946 que « tout travailleur participe par l'intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu'à la gestion des entreprises ». Cette participation n'est guère effective !

Dans son livret spécifique aux syndiqués, la CGT Renault souligne la double stratégie du groupe Renault : opacité et éloignement des décisions stratégiques des instances et déstructuration des collectifs de travail avec une politique d'isolement, de concurrence entre les travailleurs associée à une remise en cause du droit syndical. Outre les dégâts occasionnés sur les conditions de travail, cette recette connue mais intensifiée en période de crise, vise à augmenter le taux de profit, dans une vision à court terme.L'actualité, avec les conflits à PSA, la Fonderie du Poitou, Mittal, Fralib, Still Montataire ou M Real met en lumière l'enjeu décisif de faire entrer la démocratie dans les entreprises pour stopper la course à l'argent roi qui démantèle les outils de production sur notre territoire. 2 millions d'emplois industriels ont été supprimés en 30 ans ! C'est une question politique majeure qui est au cœur des mouvements sociaux. Les salariés de Montupet, après avoir refusé l'odieux chantage d'une baisse de salaire contre le maintien de leur emploi, voient aujourd'hui leur entreprise en redressement judiciaire. Demain, c'est une restructuration complète des usines de culasse qui risque d'arriver, Montupet investissant 40 millions d'euros en Inde et en Irlande.

Fatalité industrielle ou fatalité financière?

 

­­L'État qui participe à la hauteur de 20% au groupe Renault et qui siège au Conseil d'Administration, a accepté, il y a quelques années, de vendre la filière culasse à des financiers misant sur une baisse des prix par la mise en concurrence. Cette même logique entraîne aujourd'hui le groupe Montupet à délocaliser. Nicolas Sarkozy et Carlos Gohn sont donc complices d'une politique qui détruit des emplois mais qui surtout affaiblit la France de ses atouts industriels ! Les syndicats des Fonderies du Poitou avec la CGT Renault exigent la reprise de la fonderie par le constructeur automobile français qui est son principal client (75% des commandes). Et ils ont raison !

Le Front de gauche des luttes s'emploie à être très présent dans ces conflits très durs de l'industrie qui risque de perdre 300 000 emplois ces prochains mois. Derrière un mot d'ordre qui fleurit sur les frontons des usines occupées: « Ouvrier contre Financier » : Quel débat engageons-nous pour mettre en perspective en amont des casses industrielles, une proposition majeure du Parti communiste français : l'avènement d'une réelle démocratie économique et sociale, grâce à la reconnaissance de droits nouveaux donnés aux salariés et à leurs représentants dans la gestion des entreprises.

Nos députés ont déposé un projet de loi allant dans ce sens. Saisissons nous de cette proposition dans les ateliers législatifs avec les candidats du Front de gauche pour lui donner de la crédibilité à partir du vécu des salariés, à partir d’un territoire, à partir de situations concrètes. Ne peut-on pas imaginer également une rencontre nationale de syndicalistes des banques et de l'industrie sur l'intervention des salariés sur les choix stratégiques de leur entreprise : levier qui pourrait nourrir des convergences autour de l’exigence d’un pôle public financier pour le développement de filières industrielles ?

Placer l'humain et les citoyens d'abord, ce n'est pas limiter notre intervention à la résistance aux marchés financiers mais surtout avoir l'ambition de changer le rapport de force entre le capital et le travail, par la conquête de nouveaux pouvoirs. Ce sera sans conteste le terrain idéologique et politique d'affrontements en 2012, dans le contexte de crise que nous traversons. À nous de l'occuper pour contrer le sentiment qui domine, d'impuissance face aux délocalisations et aux fermetures d'entreprises et qui peut nourrir abstention ou colère noire.

*Eric Corbeaux est responsable du secteur Luttes sociales et activité politique sur les lieux de travail du PCF.

 

La Revue du Projet, n° 11, octobre-novembre 2011

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