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Société égalitaire ou Société d’ordre sexué ? Laurence Cohen*

La bataille idéologique fait rage, dans une situation de crise systémique, les conquêtes des femmes sont remises en cause au nom du « libre choix ». 

En 2011, n’est-il pas paradoxal de devoir écrire un article justifiant l’importante et incontournable place des femmes dans la vie des institutions publiques et politiques ?Faut-il rappeler l’héritage de la révolution française et notamment l’article 6 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui proclame « Tous les citoyens étant égaux aux yeux de la loi sont également admissibles à toutes les dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités et sans autre distinction que celles de leurs vertus et de leurs talents ». Ces droits universels sont en réalité des droits  essentiellement masculins. Et pourtant, certains philosophes « des Lumières », comme Condorcet, posent la question des femmes dans la sphère publique. Olympe de Gouges prête sa voix aux femmes dans une déclaration des droits de la femme. D’autres femmes sont dans la rue pour exiger du pain ! Mais la révolution les exclut de l’expression formalisée, institutionnalisée de la vie politique.

Le conservatisme de la société française a maintenu les femmes dans une situation d’infériorité juridique durant des décennies. Quelques rappels pour mémoire : les filles ne sont accueillies à l’école publique qu’en 1878, ce n’est qu’en 1944 que les femmes ont obtenu le droit de vote et d’éligibilité ; jusqu’en 1946, les réductions des salaires féminins étaient légalement autorisés ; jusqu’en 1965, les femmes n’avaient pas le droit de travailler sans demander l’autorisation de leur mari ; jusqu’en 1967, les moyens de contraception médicale, notamment la pilule, étaient interdits ; la dépénalisation (sous conditions) de l’IVG, n’a été adoptée définitivement qu’en 1979…Ainsi, outre les différentes formes de pressions culturelles ou religieuses, les institutions républicaines de notre pays joueront un rôle important dans l’existence et le maintien des dominations masculines sur les femmes.

 

Ce sont les luttes des femmes qui permettront qu’elles soient reconnues comme des citoyennes à part entière ! Mais la bataille idéologique fait rage et dans une situation de crise systémique, les conquêtes des femmes sont remises en cause au nom du « libre choix ». Parler de liberté de choix dans une société capitaliste est un leurre qui peut conduire à des positions fausses et dangereuses. Pour n’en rester qu’au sujet de la place des femmes dans les institutions, notre rôle de parti révolutionnaire n’est-il pas de créer les conditions favorisant la prise de pouvoir des femmes ?

On ne peut, en effet, en rester à ce constat accablant : les femmes occupent une portion congrue dans la sphère politique, même après le vote de la loi sur la parité le 6 juin 2000. Cette loi qui fait toujours débat au sein de la société française, jusque dans nos rangs : «  La parité serait une affaire de quotas, elle institutionnaliserait la différence des sexes, elle obligerait les femmes à assumer des responsabilités alors qu’elles ne sont pas prêtes ou pas capables… Une femme pour une femme, c’est un non sens. » Il est intéressant de noter qu’on ne s’interroge jamais sur les capacités réelles des hommes, elles sont « naturelles».

La bataille de la parité

 

Ces blocages, que l’on retrouve dans tous les partis politiques y compris au sein du PCF, ne sont-ils pas dus, pour une part, au fait que s’attaquer aux pouvoirs politiques, c’est aussi remettre en cause les comportements individuels, intimes qui touchent la sphère privée ?

Pourtant, au-delà des controverses concernant la parité, cette loi nous invite à construire de nouvelles avancées démocratiques. La parité n’est pas une fin en soi, il s’agit d’un levier, d’un outil permettant de remettre en cause l’exclusivité du pouvoir masculin et d’obtenir la reconnaissance de l’égalité des droits dans le domaine politique. Mais cette loi doit être modifiée, enrichie pour obtenir enfin le partage des pouvoirs. Les mesures financières ne sont pas suffisantes, elles sont même inefficaces. Les grands partis paient les pénalités, et rien ne change sur le fond. Mettons en place un bilan des candidatures et au-dessous des 50% de représentation des femmes, le parti concerné serait frappé par une interdiction administrative de concourir à telle ou telle élection. Ainsi, il serait pénalisé dans la représentation de tous ses candidats qu’ils soient hommes ou femmes. N’y aurait-il pas également besoin de mesures coercitives comme l’arrêt des modes de scrutins uninominaux au profit des scrutins de liste ? A titre d’exemple, les femmes ne sont que 107 femmes députées soit 18,7% à l’assemblée nationale, alors qu’elles sont 48,8% dans les conseils régionaux.

L’exemple de la réforme des collectivités territoriales illustre parfaitement combien le combat contre les discriminations de sexe reste un enjeu démocratique. Si cette loi n’est pas abrogée, de nombreux conseillers seront supprimés et remplacés par des conseillers territoriaux siégeant à la fois dans les conseils généraux et les conseils régionaux avec un titulaire et un suppléant. Il y a fort à parier que les titulaires seront des hommes, les suppléantes des femmes, ce que nous venons de vivre aux dernières cantonales ! Les choix des candidatures pour les élections législatives de 2012 étant en cours, il nous faut être particulièrement attentives à la représentation des candidates. Quand on se bat pour la pleine égalité entre les femmes et les hommes, on se bat pour faire évoluer la société tout entière. Ainsi, notre engagement va de pair avec celui en faveur de la proportionnelle, indispensable pour sortir du poids de la notoriété des sortants, permettant un vrai renouvellement, donc plus de femmes et de jeunes. Enfin pour donner un sens nouveau aux institutions il est indispensable de permettre aux hommes et aux femmes de toutes conditions sociales de participer aux affaires du pays, ce qui nécessite de mettre en place un statut de l’élu.

 

La situation des femmes, leurs conquêtes sont un baromètre de la civilisation, à nous de mener le combat ensemble pour faire en sorte que la société fasse un bond en avant en obtenant l’égalité politique.  *Laurence Cohen est responsable du secteur Droits des femmes/féminisme du PCF.

 

La Revue du Projet, n° 11, octobre-novembre 2011

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