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La terreur, Edito de Patrice Bessac

Nous vivons une époque où les dirigeants des grandes démocraties, les principaux éditorialistes, les responsables économiques regardent les peuples avec terreur.

Quoi que l’on pense de Silvio Berlusconi, les manchettes des journaux annonçant son départ au nom de la volonté des marchés sont d’une légèreté incroyable au regard de l’esprit démocratique. L’accueil fait au chef du gouvernement grec au G20 par la France, l’Allemagne, les États-Unis est une insulte insupportable. Je ne parle même pas de la perspective d’un référendum qui a suscité des commentaires chez les bien-pensants dont le fond était un mépris désormais établi, normalisé du fait démocratique.

Sous nos yeux, une des grandes idées du Conseil national de la Résistance se trouve validée à nouveau par l’expérience : il n’y a pas d’État démocratique sans la maîtrise publique et démocratique des grandes féodalités économiques, financières, bancaires, industrielles.

La France est désormais engagée dans un scénario à la grecque. Le deuxième plan de rigueur du plan Fillon a provoqué la hausse des taux d’intérêts de notre dette publique. Le spread avec l’Allemagne n’a jamais été aussi grand. Nous sommes devant l’injonction contradictoire des marchés : ils veulent à la fois la rigueur et la relance de l’activité. Ils n’auront ni l’un, ni l’autre. Les dix années de douleur que promet Angela Merkel se solderont à la fois par un appauvrissement des États et par un appauvrissement de l’activité économique.

La prédominance de l’Allemagne dans le débat européen, et des pays émergés dans le débat mondial ne durera pas. Les pays créditeurs sur le plan du commerce extérieur ont besoin des pays débiteurs. Le système est profondément instable d’un point de vue commercial, industriel, écologique et social. En réalité, la restructuration capitaliste commence à peine.

Cette réalité rend encore plus dérisoire les gesticulations visant à retrouver l’équilibre du système. Le non-dit du débat public actuellement en cours en France est que le soi-disant équilibre précédent a provoqué le déséquilibre actuel. Et ainsi, car il faut appeler les choses par leurs nom, concentrer sur les finances publiques l’essentiel du débat présidentiel est une pure gesticulation. L’issue est dans une réforme-révolution profonde des conditions actuelles de production, de commerce et donc de financement intégrant le triple enjeu du développement social contre le développement financier, du développement écologique contre la liberté commerciale, du développement mondial contre les politiques de compétitivité.

La complexité du monde est aujourd’hui un prétexte pour enfermer toute alternative dans le binarisme. Fermer les frontières, les ouvrir, sortir de l’euro, y rester, gouvernement mondial, pouvoir des nations. Le discours du capital enferme toute alternative dans l’impossibilité de gouverner le monde.Et pourtant. Cet enfermement ne résiste pas à l’examen précis. Il est possible pour le premier espace commercial du monde, l’Europe, de renégocier la fiscalité des grandes entreprises multinationales qui accèdent à nos marchés. Il est possible pour un pays comme la France de réorienter sa politique agricole dans le sens de sa souveraineté alimentaire, de la rémunération des producteurs, d’une agriculture plus écologique sans se défaire de la totalité de ses engagements internationaux. Au fond, contre l’enfermement binaire, tout ou rien, nous devons montrer que l’engagement conflictuel et intelligent de notre pays dans le sens d’une nouvelle organisation économique est possible. Le cas de l’Allemagne notamment avec la place de la machine-outil et du soutien bancaire aux innovations industrielles montre que les politiques nationales ont un poids bien réel à travers notamment le système financier, d’éducation ou de recherche universitaire.

Ces mots maladroits, et qui seront critiqués pour leur imprécision, visent un but : personne ne se nourrit d’idées généreuses, sauf ceux qui sont déjà bien nourris et qui peuvent s’offrir le luxe de la charité. Entrer dans le débat des possibles, de la crédibilité des transformations que nous proposons, c’est répondre à la seule question qui fait véritablement obstacle aujourd’hui dans les têtes : est-il possible de faire autrement ?

 

La Revue du Projet, n° 12, octobre-novembre 2011

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