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Une politique industrielle pour un développement émancipateur, Alain Obadia

La définition d’une politique industrielle novatrice mobilise des enjeux très concrets d’emploi, de prospérité du pays et d’indépendance.

 

La stratégie d’abandon industriel menée par la classe dirigeante depuis plus de trente ans a conduit à la destruction de  près de 3 millions d’emplois dans l’industrie. Le développement des services n’a pas apporté la solution miracle proclamée par les chantres de la société post industrielle. Entre 2002 et 2011,  le chômage s’est aggravé (+ 650 000) et la précarité du travail a explosé. La dégradation de la balance commerciale n’est pas qu’une statistique. Elle signifie que la France doit s’appauvrir pour se procurer les produits qu’elle n’est plus en mesure de fabriquer. Les échanges internationaux sont une excellente chose mais leur déséquilibre structurel est dangereux sur la durée. Nous en subissons désormais les conséquences. Notre déficit extérieur n’est pas dû uniquement au dumping social, aux pays à bas coûts. Le second poste déficitaire après la Chine est celui de l’Allemagne. Ce pays est, à l’inverse du nôtre structurellement excédentaire. Cela pèse sur le rapport des forces en Europe. Au-delà des rodomontades de Sarkozy, la France est désormais à la remorque des exigences allemandes par exemple en ce qui concerne la gestion de la crise de l’Euro.

 

Jouer sur les synergies

 

Ainsi, la nécessité de mener une politique industrielle au service de l’emploi et du développement humain est un des éléments importants conditionnant notre avenir.Il est faux d’opposer l’industrie et les services. Ils ne fonctionnent pas comme des vases communicants mais au contraire dans des relations d’interaction. Il est faux d’opposer industrie et enjeux écologiques. Dès lors que la bataille est menée pour intégrer ces enjeux aux objectifs de gestion, les mesures de protection de l’écosystème jouent avec efficacité. Les expérimentations de l’écologie industrielle dont la démarche est d’intégrer l’approche écologique dès l’origine des process est particulièrement prometteuse. L’une des manières les plus opérantes de diminuer l’empreinte carbone des productions est de les relocaliser. Les mensonges propagés il ya quelques années selon lesquels une nouvelle division du travail se serait instaurée qui nous permettrait de garder les activités à haute valeur ajoutée et  la recherche alors que les pays émergents se contenteraient d’être l’atelier du monde ont volé en éclat. La Chine, l’Inde, le Brésil etc. n’ont nullement l’intention de nous laisser être les têtes pensantes alors qu’ils seraient les petites mains. Ils ont bien raison. Chacun peut contribuer au progrès de tous et l’exigence de coopération est plus pressante que jamais. Ainsi, notre action pour l’industrie n’est pas un combat passéiste. Bien au contraire elle conduit à poser la satisfaction des besoins humains comme moteur d’un mode de développement émancipateur.

 

Un développement émancipateur

 

La politique industrielle n’a pas pour but de soutenir à coup de fonds publics des « champions nationaux »- en fait des multinationales à base française- qui  ensuite délocaliseraient les productions. Elle doit au contraire intégrer comme préoccupations prioritaires : la création d’emplois et notamment d’emplois qualifiés, la sauvegarde de l’écosystème, le développement des territoires, la synergie avec les services et les services publics.Elle doit s’appuyer sur des systèmes de financement profondément transformés.  La durabilité de l’activité industrielle est incompatible avec les exigences de taux de rentabilité à deux chiffres exigés par les actionnaires; incompatible également avec le primat du court terme qui caractérise leur logique. C’est pourquoi il est essentiel de se battre pour réorienter les financements et mobiliser de nouveaux moyens financiers. La création d’un pôle financier public au service d’une nouvelle politique du crédit, des Fonds Régionaux, National et Européen la mettant en œuvre pour promouvoir l’emploi, le développement territorial et la préservation des écosystèmes en constituent les instruments privilégiés.La politique industrielle doit s’inscrire dans une stratégie cohérente. A cette fin, il est primordial de doter notre pays de capacités prospectives au service de ces objectifs, d’outils de planification concernant les grands projets structurants et surtout de procédures de décisions novatrices pour que les choix conditionnant l’avenir relèvent de la démocratie et non des exigences des marchés financiers.La politique de recherche doit conjuguer une recherche fondamentale  de haut niveau n’obéissant pas à des objectifs de rentabilité à court terme et un développement de la R&D des entreprises aujourd’hui notoirement insuffisante. Les pôles de compétitivité doivent être transformés profondément pour devenir des « pôles technologiques de coopération » favorisant la production aval sur le territoire. Une véritable politique de développement des filières stratégiques favorisant les coopérations entre branches doit être mise en œuvre et être dotée des compétences humaines et des moyens financiers nécessaires. Une vingtaine de filières de ce type peuvent être identifiées de l’aérospatiale à la pharmacie en passant par l’automobile, l’énergie, les industries de la communication et du virtuel ou les transports etc. En lien avec les exigences d’efficacité sociale et de démocratie, des pôles publics doivent être constitués dans ces filières stratégiques pour entraîner des politiques structurantes d’investissements et de développement.Une attention particulière doit être portée aux nœuds technologiques qui conditionnent l’avenir des activités industrielles : des biotechnologies aux nanotechnologies en passant par les nouveaux matériaux, les technologies énergétiques etc.Plus généralement, les relations donneur d’ordres/sous-traitants doivent être profondément transformées dans un sens de coopération en rupture avec les relations actuelles fondées sur la brutalité des rapports de force.

 

La dimension européenne

 

Elle est d’une importance primordiale. Il est urgent que la France mène la bataille nécessaire pour que l’Europe se dote d’une politique industrielle répondant à des objectifs de progrès humain et écologique. Le Fonds de développement social européen proposé par le PGE peut devenir un outil de premier plan dans cette perspective. L’Europe est également un niveau d’action pertinent pour faire prévaloir l’introduction de clauses sociales et environnementales dans les échanges internationaux. Cela permettrait de s’opposer aux logiques de moins disant social et environnemental qui constituent le socle des stratégies de délocalisation.  n

Alain Obadia* est responsable du secteur Nouveau mode de développement au PCF.

 

La Revue du Projet, n° 10, septembre 2011

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