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La gauche doit aussi défendre les nouvelles classes populaires, Olivier Ferrand*

Le terme de « classes populaires » est source d’une grande confusion politique. Cette confusion est à l’origine de la polémique qui a entouré la publication du rapport de Terra Nova sur la stratégie électorale1.

 

On nous a accusés de vouloir abandonner les classes populaires au Front national. Rien n’est plus faux. Ce que nous avons dit, c’est que les classes populaires d’aujourd’hui ne sont plus celles d’hier. Les classes populaires de 1981, c’étaient les ouvriers et employés en emploi. Leur cœur : la classe ouvrière. Leur figure emblématique : l’OS à l’usine. Ils étaient tous intégrés, en emploi stable (CDI), car ils vivaient dans la société du plein emploi. Dans la société en crise de 2012, la réalité des classes populaires n’est plus celle-là. À côté de ces classes populaires intégrées, il y a aujourd’hui une masse nouvelle de classes populaires déclassées, qui ont une relation plus ou moins éloignée à l’emploi. Le phénomène récent, c’est l’explosion du précariat. En 2010, sur 19 millions de contrats de travail signés en France, 12 sont des contrats de moins de … un mois ! Au total, il y a aujourd’hui en France six millions de précaires (CDD, interim, temps partiel subi), auxquels s’ajoutent trois millions de chômeurs, et encore trois millions d’exclus qui ne cherchent même plus un travail. Soit douze millions d’outsiders, 40% de l’ensemble de la population active.

Quels sont les visages de ces nouvelles classes populaires ?

 

Ce sont des jeunes peu qualifiés en galère de petits boulots en CDD, des mères célibataires employées à temps partiel fragmenté, des blacks et des beurs de banlieue discriminés à l’embauche, des ouvriers en chômage de longue durée… Les nouvelles classes populaires sont les principales victimes de notre société en crise. Elles ont les revenus les plus modestes et vivent le plus souvent sous le seuil de pauvreté. Elles sont les variables d’ajustement à la crise : 80% des destructions d’emploi subies depuis 2008 ont été subies par les travailleurs précaires. Ce sont eux, les « gueux » dont parle Jean-Luc Mélenchon.Pire encore, ces populations sont violentées politiquement, en butte à la vindicte populiste du FN et de l’UMP radicalisée. Elles sont agressées dans leur identité culturelle : les « jeunes » fainéants, la « racaille » de banlieue, les Français de l’immigration rejetés comme des étrangers sur leur propre sol. Et elles sont stigmatisées socialement comme des « assistés ». À 466 euros, nous avons pourtant les minima sociaux parmi les plus faibles d’Europe : 35% à peine du revenu médian, une misère, contre 60% en moyenne dans l’Union européenne et 80% dans les pays les plus solidaires (pays nordiques, Allemagne, Pays-Bas). Le problème, c’est que la plupart des politiques et des intellectuels de gauche continuent à faire référence aux classes populaires de 1981. Quand ils parlent des « classes populaires », ils pensent en fait « classes populaires intégrées » et ils ne voient pas les nouvelles classes populaires déclassées. « Les classes populaires, c’est le salariat », dit Olivier Dartigolles, le porte-parole du Parti communiste. Or justement, la majorité des classes populaires actuelles ne fait pas partie du salariat ! Les nouvelles classes populaires sont un angle mort du discours politique de gauche, dont l’imaginaire demeure associé aux référents d’hier, incarnés par l’ouvrier à l’usine en CDI.Le message de Terra Nova est simple. La droite sarkozyste a dressé la « France qui se lève tôt » contre les « assistés ». Il ne faut pas la suivre dans cette voie délétère. La gauche doit défendre aussi les nouvelles classes populaires.  n

Olivier Ferrand* est président de Terra Nova

 

La Revue du Projet, n° 10, septembre 2011

 

1) Olivier Ferrand et Bruno Jeanbart, Gauche : quelle stratégie électorale pour 2012 ? (rapport de Terra Nova, www.tnona.fr, mai 2011).

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