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Dossier sur l’euthanasie, Michel Vovelle nous écrit

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Je vous adresse les commentaires que ce dossier sur l'euthanasie m'a inspiré. Voyez-y une preuve de l'intérêt que je porte à votre revue. J'accepte (votre sollicitation) avec reconnaissance, non seulement parce que j'ai eu à aborder le problème dans plus d'un article, lors de la mise à jour de « Mort et Occident de 1300 à nos jours » en 2002, voire comme premier intervenant auditionné par la commission Léonetti... et pour avoir pendant quinze ans participé aux conférences de formation aux soins palliatifs à l'Hôpital Paul Brousse de Villejuif. Cela me donne le privilège de bénéficier de la lecture du dossier qui fait le point sur l'état actuel de la question, en croisant différents regards. Il serait présomptueux de ma part d'arbitrer entre ces points de vue, mais un certain nombre de conclusions s'imposent. Il y a « dissensus ». (…) Brutalement formulé, dans le cadre de nos sociétés « privilégiées » l'impact de l'allongement de la durée de vie s'inscrivait jusqu'à peu de temps dans le dilemme entre le cancer ou l'accident cardiovasculaire (…) et voici qu'une troisième voie se profile de plus en plus envahissante celle des maladies de « dégénérescence » devenant l'échéance redoutée des fins de vie, s'associant à la solitude, la perte d'autonomie, la dépendance. (…) Les retraités deviennent un fardeau pour la société néolibérale. (…) Nous nous heurtons là aux héritages anciens comme aux réflexes nouveaux qui suscitent le dissensus. D'un côté le respect sacré de la vie, comme impératif absolu d'ordre religieux ou d'ordre étatique (le serment d'Hippocrate) quelles que soient les infractions constantes et majeures à ce principe dont l'histoire est tissée. La référence contemporaine aux massacres et génocides du XXe siècle renforce cette attitude, qui veut se targuer de trouver sa légitimité dans une disposition innée de l'humanité, le dur désir de durer, ce réflexe vital qui frappe de suspicion le vœu fait en santé : qu'en sera-t-il au dernier moment ? (…) En contrepoint de cette tendance, aisément majoritaire, la libre disposition de son droit à la vie, impliquant celui d'y mettre fin lorsqu'elle est devenue insupportable, renvoie à une histoire élitiste, nourrie des ses référents antiques ou historiques, au fil de l'histoire si occultée du suicide, objet de proscriptions et d'interdits majeurs, sujet de réflexions philosophiques ou littéraires de l'humanisme à nos jours. La survie du corps social implique-t-elle de défendre cet interdit ? Le suicide héroïque des personnages de l'Antiquité ou des héros de la Révolution française est à admirer de loin. (…) Nos auteurs évoquant le cas de Paul Lafargue et de son épouse quittant la vie ensemble, de propos mûri et délibéré ne citent pas le commentaire de Lénine : un révolutionnaire n'a pas le droit de déserter ainsi !C'est bien sur ce butoir que nos parlementaires, qui ne sont pas léninistes, se sont arrétés, même si l'on assiste chez les responsables de la gauche à la volonté de promouvoir l'exercice de l'assistance au départ volontaire et assumé de la vie. (...) Je ne partage pas les conclusions formulées par Axel Kahn en défense des aménagements trop limités de la loi Léonetti : conserver les interdits en tolérant les infractions et manifestant de l' « indulgence » envers les médecins volontaires qui franchiront la barrière, comme c'est actuellement le cas, n'est pas une mesure digne. C'est en faire comme les médecins qui pratiquent l'IVG les francs-tireurs d'une société qui demeure enfermée dans les barrières de tabous anciens, alors même qu'elle transgresse de plus en plus ouvertement les règles d'un humanisme à promouvoir.

Extraits 1) Historien spécialiste de la révolution française,  directeur honoraire de l’IHRF et professeur émérite à Paris I, Michel Vovelle a réalisé des travaux d'histoire sociale et religieuse sur la mort

Il y a actuellement 1 réactions

  • soins palliatifs ou euthanasie

    Je viens de lire les differents articles sur l'euthanasie qui sont tres interessants.  .Mais il y a un discours un peu choquant pour les personnels qui comme moi ont travaille dans le secteur.

    J'ai partage le discours à mes debuts d'infirmiere en oncologie dans les annees  1972-1980.Depuis j'ai

    travaille en soins palliatifs de 1992à 2002 etmes idees ont evoluees:la question du respect des volontes du

    patient est primordiale mais comment l'obtenir avec l'assurance de la verite?J'ai vu des gens se contredire

    dans la meme journee.....

    J'ai retrouve dans le service des adherents de la DMD.Au moment de la fin de vie il se posaient plein de

    questions.

    J'ai ete infirmiere du journal l'Humanite de 19890à01992 et quand je suis partie certains journalistes se sont

    moques de mon choix.Quand l'un d'eux a ete sur le point de partir il m'a dit qu'il avait compris mon attitude.

    Bref j'aimerai que l'on donne l'avis des personnels qui tous les jours

    Par baud marie claire, le 13 December 2011 à 13:22.