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Le vêtement : marqueur local, marqueur social, Gérard Legrip

Chacun est un être la fois différent et identique aux autres. Le vêtement est un marqueur. Plus généralement, la façon dont se montre le corps est une composante de la culture. 

 

Outre son rôle premier de protecteur du corps, le vêtement renvoie à la notion de pudeur et/ou de nudité et à celle d’identification. Cet acte de dissimulation est une règle culturelle et religieuse. De son rôle initial de protecteur à celui de marqueur social, il est présent tout au long de l’histoire, adapté aux climats, aux fonctions ou aux statuts sociaux. Il s’est spécialisé, est devenu uniforme, code, affichage, symbole des pouvoirs militaires, religieux, bourgeois, ou­vriers, mais aussi contes­tataires et révoltés. Ostentatoire ! Le vêtement affichait un lieu d’origine, une région ayant un style propre. La révolution industrielle a créé une classe ouvrière au vêtement adapté à ses fonctions : le bleu de travail, qui se généralise à la fin du XIXe siècle dans les usines. Tenue standard de l’ouvrier (poches à outils, veste et pantalon, couleur indigo obtenu en 1883 par synthèse, peu fragile, résistant aux lavages quotidiens, peu salissant, au faible coût de production). Les classes sociales urbaines se sont encore plus visuellement différenciées. La bourgeoisie industrielle et commerçante affiche, quant à elle, sa richesse par la qualité de ses vêtements et celle de leurs étoffes. La mode, dont le vêtement n’est qu’un des éléments, conforme la société, situe l’humain à la place qui est a priori la sienne, lui dicte ce à quoi il doit ressembler. 

Dans un contexte de mondialisation, l’incitation à perdre une partie de sa personnalité est forte. Vouloir conformer son apparence à celles des images imposées par les marques et diffusées par les média, ressembler aux autres en ne se ressemblant plus pour devenir une copie des mannequins de magazines. Cette uniformisation voulue, imposée, est due à la capacité des marques à scénariser leurs produits en utilisant « des célébrités » comme image corporelle figée. Se perdre afin d’être perçu, se transformer afin d’être regardé. Essayer comme tant d’autres de se donner une apparence afin de correspondre aux idées reçues d’une société mondialisée de consommation modélisante. Cette société montre une addiction au modèle, à l’image, à la perfection figurée, que cette faiblesse de choix amène à se fier aux idées reçues, à se projeter sur des apparences qui sont loin de la réalité socioculturelle. La communication politique l’a bien compris. Elle utilise les mêmes engrenages que le commerce ! 

Les visions de soi vont définir notre comportement et la place que l’on s’attribue dans une société. Aimer notre image ou la détester régit l’impression que nous donnons dans un groupe. Le regard des autres participe à cette problématique. Un corps vêtu définit notre apparence, notre appartenance. Il classifie, donne parfois une indication sur l’origine géographique et ethnique, et participe aux idées reçues des autres groupes. 

L’humain s’informe d’un regard, évalue, apprécie ou rejette, en fonction de la kinésique. Réaction épidermique ou rassurante déclenchée par une autre présence physique. Seul le cerveau incite à voir une différence. Si la peau n’est pas représentative de ce qu’elle enveloppe, le vêtement l’est trop souvent. Les influences familiales, le développement intellectuel, affectif, le contexte social et la pression des média mènent à une ségrégation assimilant l’enveloppe du corps aux valeurs de celui qu’elle recouvre ! Sujet majeur de la figuration plastique, le corps, de l’art rupestre jusqu’aux figurations contemporaines, reste une vision sociétale perçue de façon individuelle. La figuration est alors un reflet des sociétés perçu en fonction de nos capacités à en accepter le concept de corporéité. 

On pourra se reporter au n° 38 (juin 2014) de La Revue du projet, dont le dossier était consacré au « Corps » : http://projet.pcf.fr/55446. 

 

*Gérard Legrip est professeur d’arts plastiques.

La Revue du projet, n°68 juin 2017

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